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L’Afrique, plaque tournante du trafic de stupéfiants

10.03.2020 - 14:11
Le Coronavirus n’est malheureusement pas la seule menace qui plane sur la santé des citoyens marocains sachant qu’un second cas positif au virus a été recensé. Redoutée car méconnue, l’épidémie du COVID-19 vampirise, à tort, toutes les attentions, et par ricochet, éclipse des sujets de santé publique qui ne sont pas moins importants, notamment les stupéfiants.
Tout compte fait, les quelque 3000 personnes victimes du virus aux quatre coins du monde, ne pèsent pas bien lourd dans la balance par rapport aux ravages causés par la consommation des drogues. Hors alcool et tabac, les stupéfiants ont coûté la vie à 450.000 personnes en 2015, dont 167.750 overdoses, contre 183.000 décès en 2012.  
L’Afrique n’est pas étrangère à ce constat. Elle est considérée par le dernier rapport publié par l’organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), comme une plaque tournante et une importante région de transit pour le trafic de drogue vers l’Europe en l’occurrence. Pis, c’est un marché illicite en expansion avec comme figure de proue, le trafic de cocaïne. Pour preuve, les saisies record sur des navires en provenance d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud à destination de l’Afrique du Nord et de l’Europe, symbolisées par la plus grande saisie de cocaïne jamais réalisée à Cabo Verde, en janvier 2019, lorsque la police judiciaire a saisi plus de 9,5 tonnes de cette substance sur un navire parti du Panama ou encore les saisies réalisées en 2018 par le Maroc (1,7 tonne).
Mais il n’y a pas que la cocaïne qui est en cause. Au Maroc, à l’instar de plusieurs pays africains, l’héroïne, le cannabis et les analgésiques opioïdes gagnent du terrain. Pour ces derniers, notamment le trafic de Tramadol, l’inquiétude est à son comble du côté de l’OICS, principalement vis-à-vis des pays d’Afrique du Nord, d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Les 45 millions de comprimés de Tramadol saisis au Maroc en 2018 nourrissent en toute logique les craintes de l’OICS.  
Ce discours alarmiste est amplifié par le trafic et la culture illicite du cannabis. En 2018, le Maroc a signalé la saisie de près de 72 tonnes de résine et de 252 tonnes de maâjoun, défini comme un produit composé essentiellement de cannabis mais qui peut également contenir d’autres drogues, ainsi que des graines de pavot et d’autres éléments comestibles. Rien qu’en juin 2019, les autorités marocaines ont indiqué avoir saisi 12 tonnes de cannabis et 800 kg de résine. Deux semaines plus tard, une autre opération menée a permis de mettre la main sur 600 kg de cannabis découverts dans des canalisations à Taghbalt.
Au Nord, l’héroïne est consommée comme nulle part ailleurs au Maroc, mais pas autant que dans les pays bordant l’océan Indien. Selon le Rapport mondial sur les drogues 2019 de l’ONUDC, le trafic d’héroïne transitant par l’Afrique semble avoir pris de l’ampleur, les saisies étant passées de moins de 0,5 tonne en 2013 à près de 1,5 tonne en 2017.     
Le rapport précité prend des allures de registre continental de saisies record. Mais en réalité, il est bien plus que cela. Pour s’en persuader, il suffit de jeter un coup d’œil sur le chapitre thématique de cette année. L’idée n’est pas seulement d’alarmer, mais aussi de « faire comprendre la complexité du problème, et donner aux Etats membres et à la société civile des orientations sur la manière de promouvoir le développement sain et équilibré des enfants, des jeunes, des familles et des communautés. Comment ? Par le biais de la prévention et du traitement efficace de l’usage de drogues», expliquent les auteurs, en écho au trentième anniversaire de la Convention relative aux droits de l’enfant, dont l’article 33 prévoit que les Etats parties prennent des mesures pour protéger les enfants contre l’usage illicite de stupéfiants et de substances psychotropes et pour empêcher que des enfants ne soient utilisés pour la production et le trafic illicites de ces substances. Or, c’est un secret de polichinelle, les jeunes, en particulier ceux qui ont entre 18 et 25 ans, sont les plus concernés par l’usage de stupéfiants et par ses conséquences sanitaires.
Cependant, plusieurs difficultés s’opposent à cette volonté. A commencer par le manque d’informations et de données sur la prévalence. Opacité qui empêche toujours de déterminer l’ampleur de l’usage des drogues en Afrique et complique également la tâche des gouvernements et de la communauté internationale lorsqu’ils s’emploient à mettre en place des programmes de prévention et de traitement reposant sur des données factuelles pour s’attaquer efficacement au problème. Cela dit, le rapport indique que le cannabis reste la première drogue consommée, et le Tamadol, analgésique opioïde non soumis au contrôle international, fait aussi l’objet d’un abus important dans certaines zones d’Afrique.
Justement, dans ce sens, le rapport pointe du doigt les médicaments placés sous contrôle et qui font l’objet d’une prescription excessive dans certains pays, alors que leur disponibilité demeure insuffisante dans de très nombreuses nations et régions. De fait, en dépit de la hausse générale de la disponibilité aux fins de consommation à l’échelle mondiale, les inégalités et les déséquilibres restent frappants, et ils ont de graves conséquences sur la santé des patients et de leurs familles.
Remédier à ces difficultés n’est pas du domaine de l’impossible. Dans le rapport, les experts de l’OICS recommandent, entre autres, de rendre disponibles, à des prix abordables, les médicaments contenant des substances placées sous contrôle, de sensibiliser le personnel des services de santé et les patients et leurs familles, et de limiter les campagnes menées par l’industrie pharmaceutique pour promouvoir des formulations onéreuses, notamment d’opioïdes synthétiques. En sus, l’OICS demande à tous les Etats de lui communiquer périodiquement et aux autres organisations internationales concernées, des données sur la prévalence de l’usage des drogues et toutes autres informations officielles concernant leurs efforts de prévention de cet usage et l’offre de services de traitement aux usagers.
A la lumière de ces éléments, il est évident que le sujet n’est pas pris à la légère par l’Organe international de contrôle des stupéfiants, pour qui l’abus de drogues, la fabrication illicite, le trafic et l’apparition constante de nouvelles substances psychoactives, d’opioïdes synthétiques à usage non médical et de précurseurs non placés sous contrôle, ainsi que leurs incidences sur la santé publique, font partie des défis mis en avant dans la partie du rapport consacrée aux questions d’intérêt mondial.
» Source de l'article: liberation

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