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Le « contact tracing » ou comment suivre le virus à la trace

05.06.2020 - 13:19
La stratégie de « contact tracing » est un dispositif clé. Dans l’optique d’endiguer la progression de l’épidémie au Maroc, dont 33 nouveaux cas ont été recensés mardi à 18h, pour 517 rémissions, etéviter la formation de nouveaux foyers de contamination, le dépistage des cas positifs est un impératif non-négociable. L’objectif est on ne peutplus clair : casser les chaines de transmission. Comment ? Lorsqu’on identifie un cas Covid-19, on doit l’isoler pour éviter qu’il ne transmette le virus. Puis, grâce à des outils numériques ou en enquêtant, on va tenter de retrouver tous les gens qu’il a pu infecter. Une fois identifiés, on leur demandera à leur tour de s’isoler, se faire dépister, et s’ils sont positifs, on recommence. Classique pour lutter contre les épidémies infectieuses, le traçage de contact n’a, en revanche, jamais été utilisé pour des crises sanitaires d’une telle ampleur. Son efficacité face au nouveau coronavirus est encore à évaluer.
Il existe deux options pour concrétiser cette stratégie :le traçage de contact classique par des humains utilisé depuis plusieurs semaines sur le territoire national ou bien l’utilisation d’une application smartphone. Dans le premier cas, il s’agit detraceurs dont la mission estd’interroger les malades pour tenter d’identifier les contacts à risque qu’ils ont pu avoir. Dans le second, à savoir l’application smartphone «Wiqayatna » lancée le 1er juin et téléchargée plus de 100.000 fois sur le Playstore, ces contacts sont enregistrés automatiquement dès qu’ils ont lieu grâce à la technologie Bluetooth. On vous explique en détails.
La méthode classique
Avant tout, pour assimiler ces systèmes de traçage, il est crucial de garder à l’esprit que le Covid-19 se manifeste différemment d’une personne à l’autre. Mais les scientifiques se sont accordés pour dire que généralement avant qu’une personne ne développe des symptômes, elle traverse une période de latence qui dure trois jours après l’infection lors de laquelle elle n’a aucun symptôme et n’est pas contagieuse, avant de pouvoir transmettre le virus sans le savoir pendant les quatrième et cinquième jours. A partir du 6ème, les symptômes font leur apparition. Dès lors, elle décide d’alerter les autorités sanitaires pour se faire dépister. Elle s’isole en attendant les résultats. Quand elle apprend qu’elle est positive, le traçage de contact peut alors commencer.
En suivant la méthode classique, un traceur va se rendre à son chevet ou bien la joindre par téléphone pour l’interroger. Cela lui permettra de reconstituer son emploi du temps ainsi que la liste de toutes les personnes qu’elle a pu infecter, en s’intéressant à une période allant du jour même jusqu’à deux ou trois jours avant l’apparition des symptômes. Puis, le traceur contacte les personnes probablement infectées pour leur demander de se confiner tant qu’un test ne prouve pas qu’elles sont saines. Cette méthode demande la mobilisation d’importantes ressources humaines. Et bien évidemment, plus il y a de cas, plus il faudra de traceurs.
L’application pour smartphone
Dans le cas où le traçage de contact a eu lieu par le biais de l’application pour smartphone, la personne infectée aura préalablement installé l’application. Une fois activée, le smartphone émettra constamment un signal Bluetooth contenant un identifiant unique. Si elle se tient à proximité d’une autre personne pendant une durée suffisamment longue, leurs téléphones enregistrent l’identifiant de l’autre. Du coup, lorsque la personne est testée positive, son identifiant est enregistré dans une base de données qui centralise les cas Covid-19. L’ensemble des smartphones équipés de l’appli ont la possibilité de surveiller régulièrement cette base de données. Mais pas que. Les contacts à risque qu’a eus la personne infectée lors des deux semaines écoulées apprennent de manière instantanée via leurs applications qu’ils ont été exposésà une personne porteuse du virus sans forcément savoir de qui il s’agit. Par conséquent, Ils serontégalement invités à se confiner.
Les failles des deux systèmes
Deux à trois jours, c’est la différence entre les deux systèmes de traçage. Une différence aux conséquences importantes. Ainsi, le traçage de contact via une application offre une réactivité capitale. Néanmoins, il a plusieurs faiblesses en termes de rigidité notamment. D’abord, le téléphone ne jugera risqué et n’enregistrera un contact que s’il reste très proche suffisamment longtemps de son interlocuteur. Mais comme tout le monde sait, le virus peut se transmettre dans d’autres circonstances et dans des laps de temps très courts. Il suffit qu’une personne infectée éternue sur un collègue de travail avec lequel elle n’a discuté que deux minutes pour que l’application n’enregistrepas cette interaction. En outre, il n’est pas impossible que les personnes croisées ne soient pas équipées de l’application. Elles ne seront donc pas informées du fait qu’elles ont croisé une personne malade. Par conséquent, elles ne se confineront pas. Et si l’une d’entreelles contracte le virus, elle prolongera la chaîne de transmission.
Au Nord-Ouest de Londres, des scientifiques de l’Université d’Oxford ont estimé qu’il faudrait qu’au moins 60 à 70% de la population soient équipés de ce genre d’appli pour qu’elle soit efficace et que l’épidémie stagne. Un prérequis difficilement atteignable alors qu’en 2018, 75% des Marocains possédaient un smartphoneselon l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT). Et puis, on n’est pas sûr qu’ils sachent tous utiliser l’application en question.A l’inverse, avec la méthode classique, prévenir les contacts à risque croisés par la personne infectée ne dépend pas de l’installation de l’application. Théoriquement, il est possible de tous les retrouver. Malheureusement, cette méthode présente également des faiblesses,car toutes les informations obtenues par les traceurs proviennent de la personne infectée qui n’est pas infaillible et encore moins omnisciente. Elle peut ne pas se souvenir de toutes les personnes qu’elle a croisées, volontairement ou pas. Un problème qui pourrait être résolu parla mémoire exhaustive d’une application et son utilisation à grande échelle.
La protection de la vie privée
Vous l’aurez certainement compris, combiner la méthode de traçage classique et l’application Wiqayatna semble être la meilleure solution. Toutefois, se pose la question de la vie privée. Dans les deux méthodes, les citoyennes et citoyens consentent à confier aux autorités sanitaires des informations personnelles sur leur vie privée, comme l’emploi du temps et les personnes rencontrées. Pour ce qui est de l’application Wiqayatna, elle nous demandera a priori un renoncement minime à notre vie privée car elle respecte plusieurs critères. D’abord, en utilisant uniquement la technologie Bluetooth, cela limite considérablement les données produites. Volontaires, ses utilisateurs seront connus par l’application seulement via des identifiants chiffrés et la seule donnée produite sera un historique de rencontres d’autres identifiants. Un moindre mal en comparaison aux informations données quotidiennement et sans le savoir à Facebook ou à Google (localisation, identité, relations, habitudes…). Puis, le fait de publier en source ouverte le code de l’application permet de s’assurer que tous ces critères sont respectés et qu’il n’existe pas de failles ou de pièges.
» Source de l'article: liberation

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