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A vos marques ! Pour un départ responsable

22.06.2020 - 23:16
Les citoyennes et citoyens marocains entrevoient la lueur au bout du tunnel. Enfin presque. Après des mois de confinement, l’ensemble du Royaume passe au vert excepté les provinces et préfectures de Tanger-Asilah, Larache, Kénitra et Marrakech. En clair, à compter du 24 juin, les habitants de la zone 2 n’auront plus à supporter les taquineries de leurs compatriotes de la zone 1. Blague à part, le pays s’achemine doucement mais sûrement vers la seconde phase d’un déconfinement progressif attendu fébrilement par sa population. Même si sur le papier, l’Exécutif évoque un allégement du confinement, en réalité, c’est tout comme. Dans un cas comme dans l’autre, et a contrario des préfectures en rouge précitées, dont les mesures de confinement auraient été durcies, cela reste à prouver, la vie reprendra ses droits dans les villes relevant de la zone 1. Et dans un cas comme dans l’autre, les mesures d’allégement sont farcies de contradictions. De zones d’ombre. Pis, elles comportent tous les ingrédients d’une résurgence de l’épidémie et donc un fâcheux retour en arrière. Détails. 

Une reprise et des questions

Dans cette première salve de mesures que nous allons vous lister, le communiqué conjoint émanant des ministères de l’Intérieur, de la Santé et du Commerce et de l’Industrie, ne fait pas de différence entre les deux zones. Pour le coup, on imagine bien le bonheur et le soulagement des propriétaires des cafés et restaurants. Après une ouverture tronquée car uniquement réservée à la vente à emporter, même quand il s’agissait d’un jus d’orange ou d’un café, dès jeudi, les clients pourront s’attabler en terrasse pour profiter de leurs plats ou boissons préférées. Il est fort probable que le moment soit encore plus agréable eu égard à la condition apposée par l’Exécutif, à savoir ne pas dépasser 50% de la capacité d’accueil des cafés et restaurants. Une condition sur laquelle devront également s’aligner les centres de loisirs et de divertissements, dont les salles de sports et les hammams. Sans oublier la reprise des activités liées à la production audiovisuelle.
Jusqu’ici précises, les directives de l’Exécutif, et aussi étonnant que cela puisse paraître, le sont un peu moins concernant des secteurs d’activités où les risques d’attroupements, de foules et d’absence de distanciation sociale sont encore plus plausibles. A commencer par la reprise des activités dans les centres commerciaux, les malls et les kissariats « selon des conditions qui seront précisées par ailleurs », dixit le communiqué. Cette dernière mention, très approximative, et ne laissant quasiment aucune chance auxdits secteurs d’activités de s’organiser en conséquence d’ici au 24 juin, englobe également la reprise du transport public entre les villes, ferroviaire ou routier, ou encore celle des vols aériens intérieurs. En gros, on marche sur des œufs avec cet allégement du confinement. C’est encore plus le cas avec les mesures spécifiques à la zone 1 et leurs applications.

Relâchement et irresponsabilité  

« Je suis outré par le relâchement, l’inconscience et l’irresponsabilité affichés par certains », s’insurge un habitant de la zone 1. « Depuis que la ville est en phase de déconfinement progressif, le port du masque est passé de la règle à l’exception. Idem pour la distanciation sociale. Je crains qu’il y ait une résurgence de l’épidémie », s’est inquiété notre interlocuteur. Il faut avouer qu’il n’a pas tout à fait tort. Et l’inquiétude risque de s’amplifier avec les nouvelles mesures. Outre la possibilité de se déplacer entre les régions appartenant à la zone 1, sous condition de présenter sa carte d’identité électronique, les terrains de sport de proximité situés en plein air vont rouvrir, à l’instar des établissements touristiques et les plages. Là encore, il est difficile de s’assurer du respect de la distanciation sociale et des capacités d’accueil (50%). 
Et que dire de cette contradiction alarmante représentée par la possibilité accordée aux habitants de la zone 2 de quitter leurs provinces ou préfectures, quand bien même nécessite-t-elle une autorisation préalable des autorités locales ? Un cas asymptomatique ne représente-t-il pas une menace pour la zone 1 dans le cas où cette autorisation lui était accordée sans dépistage préalable ? D’autant que dans la zone 2, d’une part les déplacements seront possibles à l’intérieur de la province ou de la préfecture sans autorisation préalable, et d’autre part, les espaces publics en plein air rouvriront, tout comme les salons de coiffure et de beauté (50% de la capacité). Des possibles nids à foyers. Mais comme vous l’aurez certainement remarqué, l’Exécutif n’est pas à une contradiction près. 
Preuve en est, le maintien de la fermeture des musées, des salles de cinéma, des théâtres, des piscines collectives publiques, ainsi que l’interdiction des rassemblements, des fêtes de mariage et des rassemblements lors des funérailles. Autant la position du gouvernement est justifiée quand il s’agit de mariage, de funérailles ou des piscines collectives publiques, autant elle est déconnectée de la réalité pour ce qui est de la culture. Depuis quand, au Maroc, les cinémas, musées et salles de théâtre accueillent plus de monde que les souks et les centres commerciaux ? C’est un non-sens total. Incompréhensible, au même titre que le timing de l’annonce des nouvelles mesures d’allègement du confinement, qui est, pour le moins, étonnant. 

Un timing étonnant 

Il convient de rappeler que vendredi dernier, en fin d’après-midi, le bilan épidémique dans le pays a fait un bond record. 539 nouveaux cas ont été recensés en 24h dont 475 enregistrés à Rabat-Salé-Kénitra, en l’occurrence au sein d’unités de valorisation de fruits rouges, dans la province de Kénitra, non loin de Moulay Bouselham. Alors qu’une enquête a été ouverte pour établir les responsabilités de ce fiasco, dont les autorités locales ne seront évidemment pas exemptées, tout comme les industriels en question, Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur, a annoncé dans la foulée la mise sur pied d’un hôpital de campagne à Sidi Yahya El Gharb afin de recevoir les cas de contamination enregistrés, qui se comptent désormais à plus de 700.
Hier matin, la pression est quelque peu retombée. Le ministère de la Santé a annoncé 118 nouveaux cas (9957), 26 guérisons (8249) et aucun décès (213). Mais la flambée de vendredi, jumelée à la situation critique vécue à l’autre bout du monde par les habitants de Pékin, nous rappelle qu’en ces temps de coronavirus, les certitudes peuvent être ébranlées du jour au lendemain. Autrement dit, il y a toujours un risque que l’on s’enfonce encore une fois dans un tunnel que nous venons juste de quitter. 

» Source de l'article: liberation

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