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La Libye cible de folies hégémoniques

07.08.2020 - 13:16
Depuis des semaines, le Maroc multiplie les initiatives visant à débloquer la situation politique en Libye due, en grande partie, aux ingérences des puissances étrangères, régionales et internationales.
« La situation en Libye devient de plus en plus difficile, car plusieurs acteurs régionaux et internationaux y sont impliqués, ce qui pourrait entraver toute recherche d’une solution à cette crise », a tenu à préciser Moussaoui Ajlaoui, expert au Centre d’études pour l’Afrique et le Moyen-Orient (AMES Center).
Ce chercheur a brossé le tableau de la situation géopolitique en Libye en relevant le rapprochement entre la Turquie qui affiche clairement ses visées hégémoniques en Libye et l’Algérie. La preuve en est le fait de livrer l’ancien secrétaire particulier du défunt chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, l’adjudant-chef Gharmit Benouira, par la Turquie aux services de sécurité d’Algérie. « Il y a sûrement une contrepartie que l’Algérie paierait à la Turquie» surtout en ce qui concerne la question libyenne. L’on sait qu’Alger était farouchement opposé à toute ingérence turque en Libye.
« L’Egypte ne voit pas d’un bon œil ce rapprochement entre Ankara et Alger », a mis en exergue Moussaoui Ajlaoui dans une déclaration à Libé. 
Quant aux Russes, il a souligné qu’ils  s’installent doucement mais sûrement en Libye. Ce positionnement stratégique en Libye permet à la Russie de contrôler l’espace maritime du Sud de l’Europe.
Devant cette situation géopolitique difficile, ce chercheur a souligné que le Maroc peut jouer un rôle important dans cette crise en tant qu’ « arbitre » ou « médiateur » qui garde la même distance vis-à-vis des parties en conflit dans ce pays nord-africain.
Selon lui, toutes les initiatives du Royaume du Maroc visent à encourager les parties libyennes concernées à trouver une solution politique à la crise, soulignant que le Maroc souhaite un rôle plus important de la Ligue arabe dans ce sens. D’où la proposition de la formation d’un groupe arabe restreint chargé de l’élaboration d’une vision stratégique ouverte sur les parties libyennes pour contribuer à la résolution de la crise dans ce pays.
« La différence entre les initiatives marocaines et les autres (émanant d’autres pays), c’est que celles-ci estiment que la solution de la crise libyenne passe nécessairement par des consensus entre les puissances internationales et régionales, alors que le Maroc table sur un consensus libo-libyen », a souligné, pour sa part, Driss Lagrini, professeur des relations internationales à la FSJES-Marrakech dans une déclaration à Libé, affirmant que le Maroc, depuis le début de la crise libyenne, ne s’est positionné ni dans un camp ni dans l’autre.
Il a rappelé l’accord de Skhirat qui a été signé en 2016. « De toutes les initiatives qui ont été prises depuis le début de la crise libyenne en 2011, l’on peut dire que l’accord de Skhirat est le plus important », a souligné en ce sens Driss Lagrini.
L’importance de cet accord, selon lui, réside dans le fait qu’il met en exergue l’unité territoriale libyenne. « Ce qui importe pour le Maroc, c’est la stabilité de la Libye et, partant, la stabilité de la région toute entière », a mis en avant Driss Lagrini. Et d’ajouter : « L’importance de l’accord de Skhirat ne réside pas uniquement dans le consensus entre les différentes parties libyennes et le rétablissement de la paix en Libye, mais elle réside essentiellement dans le fait qu’il a mis en place une feuille de route pour le processus politique via le renforcement des institutions et l’organisation d’élections ».
Toutefois, Driss Lagrini a considéré que les évolutions ultérieures à l’intérieur du pays et les ingérences des puissances régionales et internationales ont rendu cet accord dépassé, mais « il peut être aujourd’hui une plateforme pour parvenir à une version remaniée de cet accord », a-t-il souligné. 
Selon lui, « le Maroc dispose de tous les atouts lui permettant de jouer un rôle important dans le rapprochement entre les parties en conflit en Libye ». 
Il convient de rappeler que Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, a affirmé récemment à l’issue d’une rencontre avec le président de la Chambre des représentants libyenne, Aguila Saleh, que l’initiative fondamentale dans la résolution de la crise libyenne demeure « celle sur laquelle les Libyens se mettront d’accord et qui émane des Libyens eux-mêmes », notant que « le Royaume ne dispose d’aucune initiative concernant le peuple libyen » et assurant, à cet effet, que « le Maroc s’oppose à l’exacerbation de la situation libyenne et aux initiatives étrangères ».
Pour sa part, le président de la Chambre des représentants, Habib El Malki, a affirmé récemment à l’issue de ses entretiens avec son homologue libyen, Aguila Saleh, que « nous suivons toutes les évolutions de la scène libyenne et aspirons, dans le cadre du respect de la souveraineté nationale de l’Etat libyen, à rapprocher autant que possible les visions et les points de vue de toutes les parties ». Il a également souligné que « les dernières initiatives en faveur d’une solution à la crise ne sont pas contraires à l’accord de Skhirat, ni dans le fond ni dans la forme ». Habib El Malki a considéré que le dialogue et le rapprochement des points de vue sont la clé de voûte « pour que la Libye recouvre sa stabilité et sa prospérité qui font partie intégrante de la stabilité régionale ». 
» Source de l'article: liberation

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