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Reportage. Le terrorisme frappe Imlil, le village a une seule source de revenu : le tourisme

20.12.2018 - 18:01

Notre journaliste s’est rendu à Imlil, ce petit village sur lequel les caméras sont braquées depuis quelques jours. Les habitants, ne comptant que sur le tourisme pour vivre, sont inquiets. Eléments de reportage et reconstitution des faits post meurtre des deux touristes scandinaves.

Notre journaliste s’est rendu à Imlil, ce petit village sur lequel les caméras sont braquées depuis quelques jours. Les habitants, ne comptant que sur le tourisme pour vivre, sont inquiets. Eléments de reportage et reconstitution des faits post meurtre des deux touristes scandinaves.

La piste terroriste dans le drame d’Imlil, ce petit village jadis paisible du haut Atlas, a bel et bien été confirmée par les autorités. Quatre suspects ont été arrêtés : le premier, le 18 décembre, tandis que les trois autres, le 20 décembre, par les agents du BCIJ à Marrakech, et ce après un avis de recherche lancé suite à la découverte des corps de deux touristes scandinaves : Maren Ueland, norvégienne âgée 28 ans et Louisa Vesterager Jespersen, danoise de 24 ans, le lundi 17 décembre.

Imlil, un village jadis tranquille, est désormais terrorisé 

Nous nous sommes rendus à Imlil, le village du haut Atlas, considéré comme la porte du très visité Mont Toubkal, au matin du 19 décembre, 48 heures après le drame. La pression, l’angoisse et la peur d’un avenir incertain sont perceptibles sur les visages des habitants du village. Smartphones entre les mains, les gens d’Imlil suivent les informations que les médias annoncent sur leur village qui, avant la découverte des deux corps, était considéré comme un lieu de paix et de tranquillité pour des touristes du monde entier. « C’est un endroit tranquille. Certes, on a eu peur mais les gens d’ici sont accueillants et chaleureux« , nous dit un touriste anglais. « Je vais revenir ici malgré ce qui s’est passé, il faut être raisonnable« , ajoute-t-il.

Des touristes qui affirment revenir camper dans la région sont nombreux. Mais à Imlil, la détresse demeure palpable. Comme dans une salle d’attente d’un hôpital, les gens du village, constitués en petits groupes , discutent discrètement guettant faits et gestes des passants dont nombreux ne sont pas de la région. Quand on les approches pour discuter du meurtre et de son impact, les mots leur échappent pour décrire ce qu’ils ressentent. « Ne nous sommes pas habitués à ce genre d’événements« , murmure un habitant du petit village. « Ces gens veulent nous détruire. Nous vivons grâce aux étrangers qui viennent ici pour le mont Toubkal« , se désole le propriétaire d’une boutique d’équipements d’escalade.

D’autres habitants, envahis par l’angoisse et la tristesse, refusent catégoriquement de parler aux médias. « Nous ne voulons pas que notre village soit sali. Ces gens, qui ont tué, ne sont pas des nôtres« , nous a balancé de loin un homme visiblement irrité, faisant partie des guides de la région.

« J’ai peur pour mes enfants et ma famille. J’ai peur également pour mon gagne pain. Dans ce village, on se nourrit tous du tourisme », nous a confié un habitant d’Imlil.

Omar Touimi, gouverneur de la ville de Marrakech, s’est rendu sur place pour suivre de près les évolutions de cette sordide affaire, rassurer les habitants du village et les inciter de ne pas céder à la panique.

Armed, un petit village transformé en check-point 

Pour arriver à Toubkal depuis Imlil, il n’y a pas d’autre chemin pour s’y rendre que Armed, un petit village perdu dans les montagnes du Haut Atlas. Situé à quelques kilomètres de la scène du crime, il s’est transformé dès l’arrivée des autorités administratives et sécuritaires, en un check point. Ici, les autorités ont investi un garage, tout près d’un parking, où les passagers, tant marocains qu’étrangers, sont obligés d’attendre, présenter leurs passeports ou cartes d’identité nationale et, surtout, être accompagnés par un guide que ces mêmes autorités désignent.

Selon des habitants de ce village, où la tension est à son summum, c’est à ce niveau que se trouve une des caméras qui a filmé les accusés du meurtre des deux touristes scandinaves.

Il s’agit, tout de même d’une ouverture progressive du chemin vers le Mont, puisque depuis que le drame a éclaté, le passage, vers le Mont Toubkal, avait été interdit.

Reconstitution des faits post meurtre 

D’après nos informations, Maren Ueland et Louisa Vesterager Jespersen ont quitté Marrakech, et plus précisément l’hôtel Faouzi, où les deux touristes logeaient, le 10 décembre. Elles ont dû passer quatre nuits au niveau de la montagne. Mais, c’est à leur 5ème nuit que le drame a eu lieu.

A la tombée de la nuit du 16 décembre, les deux touristes scandinaves ont décidé de s’installer dans un endroit « non surveillé », à 10 km d’Imlil. Non loin d’elles, les tueurs se sont également installés. Après avoir commis leur crime, les tueurs ont pris la fuite vers Marrakech. Ils ont, en effet, été filmés par la caméra se trouvant sur le chemin, à Armed.

Une fois à Imlil, ils ont été filmés par quelques caméras. Toutes les caméras installées dans le village ne fonctionnaient pas puisque le village connait, à présent, des travaux d’éclairage public, qui provoquent des coupures d’électricité. Sauf que, à la sortie du village, ils ont été filmés par une caméra d’un établissement hôtelier, vers 3h07 du 17 décembre, pour se rendre à Asni, une commune rurale de la province d’Al Haouz, à 52 km de Marrakech.

Selon une source fiable que nous avons consultée sur place, les deux corps des deux victimes ont été repérés, dans un premier temps, par deux touristes français. Alors qu’ils se rendaient à Imlil pour alerter la police, ils ont croisé un habitant du village à qui, « ils ont raconté ce qu’ils ont vu et photographié », ajoute la même source.

Nous avons également appris, d’après une source autorisée, que l’autopsie a été réalisée à Marrakech et que les corps des deux touristes scandinaves sont toujours à la ville ocre, en attendant que l’enquête soit bouclée par les autorités.

» Source de l'article: lavieeco

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