«Le père de la négritude» entre au Panthéon
Aimé Césaire, le père de la négritude, est entré, mercredi dernier, au Panthéon. Mais celui qui a clamé «je suis nègre et je le resterai» s’est aussi accroché à sa terre natale, la Martinique où il est resté pour l’éternité. Aussi l’entrée du poète dans «la dernière demeure des grands hommes» a-t-elle été «symbolique». Une fresque monumentale et une plaque au nom d’Aimé Césaire y ont été inaugurées. 1 000 invités, dont Nicolas Sarkozy, ont assisté à la cérémonie durant laquelle une lycéenne a lu un de ses poèmes.
En fait, cette «entrée symbolique» est le compromis que la France cherchait depuis la mort du poète, le 17 avril 2008, à l’âge de 94 ans. Car, accueillir Aimé Césaire au Panthéon a tout de suite fait polémique. Son Discours sur le colonialisme, publié en 1950, dans lequel il avait établi, à juste titre, une similitude entre nazisme et colonialisme, a pesé en faveur de ses détracteurs qui n’étaient autres que des nostalgiques de la France coloniale. Mais l’universalité de l’œuvre du poète et sa dimension – il fut l’un des fondateurs du mouvement littéraire de la négritude- ont aussi eu leur poids. Pourtant, si la France avait pu regarder son histoire et ses vérités et, surtout, les assumer, elle ne se serait aucunement hérissée à la lecture du Discours sur le colonialisme ou les autres écrits d’Aimé Césaire qui, dans un livre publié fin 2005, actualisait son Discours, en gardant la trame intacte : «Au lycée Louis-le-Grand, Senghor et moi, nous discutions éperdument de l’Afrique, des Antilles, du colonialisme, des civilisations. Il adorait parler des civilisations latine et grecque. Il était fort bon helléniste. Autrement dit, on s’est formé ensemble, au fur à mesure, jusqu’au jour où nous nous sommes posé une première question essentielle : qui suis-je ? Qui sommes-nous ? Que sommes-nous dans ce monde blanc ? Sacré problème. Deuxième question, plus morale : que dois-je faire ? La troisième question était d’ordre métaphysique : qu’est-il permis d’espérer ? Ces trois questions-là nous ont beaucoup occupés […]. Ce qui comptait le plus pour nous, c’était de rencontrer une autre civilisation moderne, les Noirs et leur fierté, leur conscience d’appartenir à une culture. Ils furent les premiers à affirmer leur identité, alors que la tendance française était à l’assimilation, à l’assimilationnisme. Nous nous sommes donc constitués un monde à nous […]. Nous nous sommes intéressés aux littératures indigènes, aux contes populaires. Notre doctrine, notre idée secrète, c’était nègre, je suis, et nègre je resterai.» Il y avait dans cette idée celle d’une spécificité africaine, d’une spécificité noire. Mais Senghor et moi, nous nous sommes toujours gardés de tomber dans le racisme noir. J’ai ma personnalité et, avec le Blanc, je suis dans le respect, un respect mutuel […]. Malheureusement, l’éducation, telle qu’elle a été donnée, telle qu’elle est donnée encore, est souvent responsable […]. Il s’agit de savoir si nous croyons à l’homme et si nous croyons à ce qu’on appelle les droits de l’Homme […]. Je crois que l’homme, où qu’il se trouve, a des droits en tant qu’homme. Peu m’importe qui a écrit le texte de la ‘‘Déclaration des droits de l’Homme’’ ; je m’en fiche, elle existe. Les critiques contre son origine ‘‘occidentale’’ sont simplistes. En quoi cela me gênerait-il ? Il faut s’approprier ce texte et savoir l’interpréter correctement. La France n’a pas colonisé au nom des droits de l’Homme. On peut toujours raconter n’importe quoi sur ce qui s’est passé : regardez dans quel état sont ces malheureux. Ce serait un bienfait de leur apporter la civilisation. D’ailleurs, les Européens croient à la civilisation, tandis que nous, nous croyons aux civilisations, au pluriel, et aux cultures. Le progrès, avec cette Déclaration, c’est que tous les hommes ont les mêmes droits, simplement parce qu’ils sont des hommes. Et ces droits-là, tu les réclames pour toi et pour l’autre.»Aimé Césaire est né en 1913 et est resté, jusqu’en 1993, député-maire de Fort-de-France. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Cahiers d’un retour au pays natal et Discours sur le colonialisme. Nègre je suis, nègre je
resterai.
H. G.
Autres articles
- Publié le: 03/05/2013
- Publié le: 17/11/2011
Des inconnus ont lancé des pierres et des bouteilles contre des centaines de chrétiens coptes qui manifestaient aujourd'hui au Caire, d'après d'un responsable de la sécurité.
- Publié le: 17/11/2011
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a limogé aujourd'hui le PDG de la compagnie pétrolière nationale Sonatrach, Noureddine Cherouati et l'a remplacé par un autre haut cadre de l'entrepris
- Publié le: 09/11/2011
Vingt-sept candidats à l'immigration clandestine, dont une femme et son enfant âgé de 5 ans, ont été interceptés aujourd'hui au large d'Annaba, à 600 km à l'est d'Alger, alors qu'ils cherchaie
- Publié le: 17/06/2011
La visite de Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, avant-hier à Alger, est venue « lever les malentendus et continuer la
- Publié le: 17/06/2011
Un cuiseur solaire à double exposition (CSDE1) et le système hybride hydrogène solaire-gaz naturel sont en tête des projets de rec
- Publié le: 21/04/2011
C’est dans une ambiance culturelle et scientifique que s’est ouvert, dimanche dernier, le 7ème Salon national du livre
- Publié le: 21/04/2011
Photo : S. Zoheir
Synthèse de Wafia Sifouane
Quelques mois après son adoption par le Parlement, la nouvelle loi sur le cinéma
- Publié le: 21/04/2011
Photo : M. Hacène
Par Karima Mokrani
A peine une grève est arrêtée qu’une autre s’annonce dans le secteur de la sa
- Publié le: 21/04/2011
Le Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef) se joint au mot d’ordre de grève lancé













