Un plan de prévention contre les risques des inondations
En Algérie, et à se fier aux chiffres de la protection civile, une commune sur trois encourt le risque d’être inondée en partie ou en totalité, soit quelque 485 localités, chose qui n’est pas sans conséquences sur le développement économique et social.
L’inventaire des inondations à travers le pays pour la période allant de 1969 à 2008 révèle qu’il n’existe pas de régions prémunies contre ce risque et que ces évènements sont imprévisibles dans le temps et dans l’espace. Aussi, il ressort que des grandes inondations engendrées par des pluies exceptionnelles généralisées sur de grands bassins versants peuvent toucher plusieurs régions atteignant parfois l’ampleur d’une catastrophe nationale telles que les inondations de l’automne 1968 en Algérie et en Tunisie, celle de Mars 1973 affectant l’est du pays, les inondations de 1974 des bassins versants de l’algérois et de la Sebaou, celles de 1984 touchant tout l’est du pays et les inondations par ruissellement urbain provoquées par des orages localisés d’automne et d’été affectant surtout les agglomérations et les villes comme ce fut le cas avec les inondations de Bab El Oued, en novembre 2001, qui furent les plus meurtrières de l’histoire des inondations en Algérie ou encore celles de Ghardaïa, en octobre 2008. Face à l’accroissement du risque, seule une action volontaire parait appropriée, fondée sur le constat que la prise en compte des inondations dans l’aménagement et le développement du territoire ne peut se limiter à une approche trop locale, sectorielle et à court terme, mais elle suppose une politique globale de prévention des risques naturels. Une série de mesures a donc été définie en juillet 2003, qui a notamment conduit à l’institution de la loi 04-20 du 25 décembre 2004 relative à la gestion des catastrophes dans le cadre du développement durable. La prévention des risques inondation doit être considérée comme une affaire commune des représentants du territoire, de l’état, et de tous les acteurs locaux concernés (Walis, Conseilles exécutifs, Chefs de Daïras et P/APC).
On parle ainsi de la stratégie locale de prévention du risque inondation fondée sur les actions suivantes :
• La connaissance des risques
• La surveillance des phénomènes
• L’information de la population
• La prise en compte des risques dans l’aménagement
• Les travaux de prévention
• La préparation aux situations de crise
• Le retour d’expérience
Types d’inondations
Selon les caractéristiques des crues, leur étendue, et leurs durée, les inondations sont scindées en trois types. Il s’agit des crues de type torrentiel ou éclair, des crues de plaine ou fluviales et enfin les ruissellements en secteur urbain.
Les crues de type torrentiel ou éclair se déclenchent dès que les cours d'eau ont une pente plus forte, en zone montagneuse, ou à l'aval immédiat des reliefs marqués, l'écoulement des rivières en crue est beaucoup plus rapide et peut charrier des volumes importants de matériaux. Ces crues sont souvent la conséquence d’orages violents qui affectent des petits bassins versants de quelques dizaines de km2 sont particulièrement dangereuses et les délais de prévision, souvent trop courts, laissent très peu de temps pour réagir. Ce type de crues sont particulièrement dangereuses en raison de la soudaineté et de la rapidité avec lesquelles elles se produisent, les ruissellements extrêmement rapides et violents peuvent intervenir moins d’une heure après la pluie et les débits des oueds passent de quelques m3/s à plusieurs milliers de m3/s en 02 ou 03 heures seulement. L’inondation de la ville de Oued R’hiou (le 20 octobre 1993) est l’exemple parfait de ce type d’inondation qui a vu 20 minutes de pluies faire 23 morts, 20 blessés et plusieurs disparus. Quant aux crues de plaine ou fluviales, celles-ci se caractérisent par des montées relativement lentes des eaux et peuvent être prévues plusieurs heures, voire plusieurs jours à l'avance. En dépit de leur évolution lente, les crues de plaine peuvent être accompagnées localement de phénomènes très dangereux, notamment lors d'une débâcle, c'est à dire lors de la rupture d'un obstacle d'un cours d'eau, après que l'écoulement des flots ait été bloqué par des embâcles (amoncellement de débris) sous les ponts. C’est le cas des inondations de grands bassins versants qui résultent le plus souvent des précipitations importantes généralisées sur de grandes étendues et caractérisées par leurs quantités et leur durée qui peut atteindre 10 à 15 jours. Les crues sont massives, lentes et à évolution facilement prévisible sauf lorsqu’elles sont brutalement aggravées par des affluents avals plus courts et plus rapides. En Algérie, ce type d’inondation survient généralement en saison hivernale entre les mois de Décembre et Mai. Enfin, le dernier type des crues, en l’occurrence les ruissellements en secteur urbain sont occasionnées par des orages intenses qui peuvent causer un très fort ruissellement en dehors des lits des cours d'eau proprement dit, lorsque l'imperméabilisation des sols et la conception de l'urbanisation et des réseaux d'assainissement font obstacle à l'écoulement normal des pluies intenses. Ce fut le cas des inondations de Bâb El Oued du 10 novembre 2001, Des pluies exceptionnelles et intenses, sur une étendue de 40 km2, de l’ordre de 214 mm pendant 24h, ont causé 750 morts et 120 personnes disparues et plus de 10000 familles sinistrées.
Présentation du plan inondation
Le plan inondation est un document comportant les éléments d’information indispensables à la mobilisation des moyens nécessaires à la gestion d’une situation catastrophique. Ces éléments d’information concernent la carte des zones inondables, les modules concernés par la gestion d’une catastrophe inondation, les coordonnées des responsables des modules, le rôle opérationnel de chacun des responsables des modules concernés, la répartition des tâches de commandement au niveau du poste de commandement fixe et du poste de commandement opérationnel et enfin les moyens de lutte et d’intervention de l’ensemble des modules en terme de nombres, capacités opérationnelles, lieu de stationnement ou encore les coordonnées de la personne chargée d’assurer la permanence pendant les week-ends et jours fériés.
Le rôle de la Protection civile dans la prévention du risque inondation
La protection civile est un acteur incontournable dans le cadre de la prévention du risque inondation. Cette mission est instituée par la loi qui régit l’organisation et les missions de la protection civile (n°91-503 et le décret n° 93-147), à savoir l’élaboration et le contrôle de l’application des mesures et des plans de prévention des inondations et la collecte, le traitement, l’analyse et l’exploitation des informations et documents relatifs au risque inondation et d’en assumer la diffusion, de même que l’élaboration d’études de localisation des zones inondables et l’élaboration de cartes en collaboration avec les organismes concernés.
Les études engagées par les services techniques de la protection civile dans le cadre de la prévention du risque inondation ont pour finalité de mieux connaître les phénomènes, les aléas et les enjeux afin de gérer efficacement les catastrophes. Les études sont menées en liaison étroite avec l’ensemble des acteurs (les services des ministères de l’Aménagement du territoire, de l’Hydraulique, de l’Habitat et les Collectivités locales).
Concernant les secours et le sauvetage, le directeur de la protection civile de la wilaya est tenu de mettre en condition d’intervention l’ensemble des moyens d’intervention mis à sa disposition et de s’informer auprès des services concernés sur les zones inondables dans le territoire de sa wilaya. Sa mission consiste également à préparer et à mettre en place un dispositif de réponse pour chaque zone inondable en fonction de la gravité de la situation qui risquerait de prévaloir ainsi que de s’informer sur les zones de repli et de mise en sécurité des populations en cas d’inondation.
Il doit aussi s’informer sur les moyens d’intervention mobilisables des autres secteurs étatiques et du secteur privé (grandes entreprises), en prévision d’une réquisition qu’il demandera au Wali d’ordonner et coordonnera les actions des différents chefs de modules, sous l’autorité du wali territorialement compétent.
Cadre juridique et réglementaire de la prévention
L’idée de prévention des risques majeurs a émergé suite au séisme du 10 octobre 1980 de Chlef, ex-EL Asnam. Et depuis, le législateur algérien a élaboré plusieurs lois qui relèvent de la prévention des risques majeurs, la définition et la mise en œuvre des procédures et des règles visant à limiter la vulnérabilité des hommes et des biens aux aléas naturels.
• La loi n° 01-20 du 12 décembre 2001 relative à l’aménagement et au développement durable du territoire.
• La loi n° 03 -10 du 19 juillet 2003 relative à la protection de l’environnement dans le cadre du développement durable.
• La loi n° 04 - 20 du 25 décembre 2004 relative à la prévention des risques majeurs et la gestion des catastrophes dans le cadre du développement durable.
Quid des mesures pour parer aux risques des inondations ?
On dénombre deux types de mesures, à savoir les mesures structurelles et non structurelles. Les premières sont des mesures de défense contre les crues qui consistent en travaux ou en construction d'ouvrages de génie civil dans le lit du cours d'eau (plus généralement dans le lit mineur que dans le lit majeur). Elles visent à modifier les conditions d'écoulement des crues et leur hydrologie pour réduire le risque d'inondations. Il s'agit en particulier de la construction de murs de soutènement ou de levées, de lacs artificiels et de barrages de retenue qui permettent de réguler et d'écrêter la crue, de l'élargissement ou du redressement du chenal d'écoulement, de l'affectation de terres peu utilisées au stockage temporaire des eaux.
Parmi les travaux on pourra citer la restauration et l'entretien du lit d’oueds destinés à améliorer l'écoulement des eaux des grandes crues, favoriser une meilleure répartition du courant entre les bras principaux et bras secondaires, retrouver une évolution favorable du milieu naturel.
Quant aux mesures non structurelles, elles désignent tous les autres types d'actions qui ne relèvent pas de travaux de génie civil et visant à modifier les pratiques (en terme d'utilisation et d'usage du sol), les enjeux exposés (en volume et en fragilité) et à répartir les coûts supportés dans le temps ou au sein de la société, ceci dans la plaine alluviale et sur l'ensemble du bassin versant. Ce sont par exemple la mise en œuvre de normes de construction garantissant que les bâtiments résisteront aux inondations, la prévision et l'annonce des crues, l'organisation des secours ou encore l'assurance et l'indemnisation des victimes pour la remise en état de leurs biens en cas d'inondation.
Rôles et missions des autorités locales
1) Le wali
Conformément à l’article 101 de la loi 90/09 du 07 avril 90 relative à la Wilaya, le Wali veille à l’élaboration, à la mise à jour et à l’exécution des plans d’organisation et d’intervention des secours dans la Wilaya et à la mise en place, le maintien et le renouvellement d’un stock de sécurité en denrées alimentaires, en tentes et couvertures, afin de subvenir aux besoins les plus essentiels d’une population déclarée sinistrée dans sa wilaya. Il est appelé également à identifier les zones de repli (salles de sport, terrains vagues, etc. avec commodités) pour la mise en sécurité des populations en cas d’inondation et déclenche le plan ORSEC wilaya si la situation l’exige. Le wali installe le poste de commandement fixe et en assure le commandement et procède aux réquisitions nécessaires à la gestion d’une situation catastrophique. Enfin, la loi lui permet de faire appel aux forces de l’Armée Nationale Populaire (ANP) pour les besoins de gestion d’une catastrophe si les moyens civils s’avèrent insuffisants.
2) Le chef de daïra :
Il coordonne les activités des différents P/APC sous l’autorité du wali.
3) Le P/APC :
Conformément à l’article 71 de la loi 90/08 du 07 avril 90 relative à la commune, le Président de l’Assemblée populaire communale doit, dans le cadre des lois et règlements en vigueur, prendre toutes les précautions nécessaires et toutes les mesures préventives pour assurer la sécurité des personnes et des biens.
-A ce titre, et en sa qualité de premier magistrat dans la commune, il est tenu d’ordonner et de suivre l’exécution de l’ensemble des mesures qu’il juge nécessaires à diminuer les effets d’une inondation catastrophique. Il veille à la mise à jour régulière du plan ORSEC de sa commune dont il assure la mise en œuvre en cas de catastrophe et à ce que les travaux d’entretien et de nettoiement des avaloirs et réseau d’assainissement soient effectués à temps. Le maire est tenu par ailleurs de mettre en place une équipe technique de surveillance du réseau d’assainissement dans le territoire de sa commune, notamment à l’approche d’une perturbation atmosphérique et met en place une permanence pendant les week-ends et jours fériés pour une mobilisation rapide des moyens et une intervention efficace.
L’armée aussi…
Le rôle de l’Armée Nationale Populaire en cas de situation de catastrophe est défini par la loi N°91-23 du 6 Décembre 1991 relative à la participation de l’Armée Nationale Populaire à des missions de sauvegarde de l’ordre public, hors les situations d’exception.
En effet, la participation de l’Armée intervient après sollicitation du Wali territorialement compétent conformément à l’article 05 de la loi sus citée et ce, dans les cas prévus par l’article 03 de la même loi, notamment pour la protection et porter secours aux populations.
L’efficacité de la participation de l’Armée Nationale Populaire, notamment à travers la mise à disposition de moyens de transport aériens et terrestres ainsi que d’autres moyens logistiques à été maintes fois prouvée lors des catastrophes qu’a connu notre pays durant les dernières années (Chlef en 1980, Bab El-Oued en 2001, Boumerdés en 2003 et dernièrement Ghardaïa en 2008).
* Source Protection civile
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