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Art & Culture

Abdelkader Aizoun : «Ma situation financière est déjà dégradée sans le corona»

14.04.2020 - 16:20

Entretien avec Abdelkader Aizoun, acteur marocain

Après s’être produit à «L’couple», les apparitions d’Abdelkader Aizoun se font rares. Une éclipse que l’artiste chevronné justifie par le peu d’offres qu’il reçoit. Une situation qu’il vit depuis belle lurette bien avant le coronavirus.

ALM : Depuis votre apparition à la célèbre série «L’couple», on ne vous voit que rarement. Pourquoi ?

Abdelkader Aizoun : C’est que je n’ai pas reçu assez d’offres. Pour l’heure, je m’affiche dans la série «Oulad El Mokhtar» diffusée sur la chaîne Al Aoula. Je participe aussi à «Chahadat Milad» (Certificat de naissance), réalisée par Ghita El Kassar, qui sera émise en 60 épisodes pendant le mois de Ramadan sur MBC5.

Mais comment se fait-il que certains artistes se plaignent et quand on les appelle il s’avère qu’ils participent à des œuvres ?

Sur toute l’année, je ne travaille que 5 jours. C’est tout ! Je ne reçois pas d’offres tout le temps. Même si j’ai la carte d’artiste, je ne bénéficie de rien. A mes 66 ans, je crève. D’autant plus que j’aime travailler et non pas mendier.

Vous comptez à votre actif une longue carrière. Alors pourquoi souffrir de misère ?

C’est parce que nous ne sommes pas comme d’autres pays avancés. Notre pays doit penser aux artistes. L’art est le miroir de la société. Le problème, c’est que l’Etat n’a pas prévu un code de l’artiste qui nous protège au niveau financier aussi.

Qu’en est-il du motif qui vous est présenté quand vous n’êtes pas sollicité pour vous produire dans des œuvres?

Je ne peux parler à personne dans ce sens. J’ai plutôt des œuvres qui témoignent de ma compétence. Je préfère qu’on fasse appel à moi. De plus, quand j’arrive à un plateau de tournage, je suis toujours le premier à apprendre le scénario bien qu’il soit long. En tous cas, je suis à la disposition de tout réalisateur. Même si on me dit qu’il n’y a pas assez d’argent, je préfère travailler. Par exemple, ma performance à «L’couple» m’a valu l’amour du public. Cela ne se vend pas. Par l’occasion, je saisis ce passage pour devoir une fière chandelle à Hassan El Fed qui est une bonne personne.

Est-ce que la création de nouvelles chaînes comme MBC5 est de nature à résorber les problèmes des artistes ?

En fait il fait bon avoir une autre chaîne pour avoir plus d’opportunités. Mais le même problème persiste parce qu’on peut tomber sur des scénarios avec une cinquantaine de scènes pour être payé à deux sous. Dans les séries, le travail est dur. Par exemple, j’ai déjà travaillé avec Nabil Ayouch, il m’a payé comme les Européens. Je me suis affiché dans son œuvre «Razzia» dans laquelle j’ai joué le rôle du père de l’enfant musicien. Avec Tom Cruise, j’ai interprété le rôle d’un vendeur de viande pourrie qui parle bien l’anglais et j’ai été mieux payé. A «Oulad El Mokhtar», c’était 5 jours de travail, la rémunération était de 2.500 DH par jour. Par contre, on nous fait baver parfois pour 1.500 DH. Quant aux œuvres étrangères, le choix est fait à l’avance. Les personnages sont sélectionnés sur mesure et mieux payés.

Le nouveau Covid-19 a perturbé les tournages. Comment faites-vous face à cette situation ?
Ce virus a trop impacté les artistes. Pour moi, le Corona est là depuis belle lurette. Ma situation financière est déjà dégradée sans le virus. C’est le cas d’autres artistes aussi. En fait, j’aurais aimé pouvoir travailler avant le Ramadan pour avoir de quoi y subvenir à mes besoins. Mais ce n’est pas le cas. Par l’occasion, je me félicite des initiatives énormes entreprises par le Roi pour lutter contre ce virus.
Comment serait, selon vous, la programmation ramadanesque après cette perturbation ?

Je pense que la majorité écrasante des œuvres est prête et déjà programmée. Les tournages avaient déjà commencé et pris fin. Des tournages peuvent même être achevés en Ramadan. Pour ma part, j’ai pas mal de fois interprété des rôles pendant les journées de jeûne.

Vous êtes un chevronné en théâtre. Quel regard y portez-vous ?

Les planches c’est de la souffrance. J’y travaille sans relâche. Elles m’ont exterminé. Pour leur part, les troupes cherchent du soutien. Ce sont aussi les présidents des troupes qui prennent l’argent. Un de ces jours, j’ai été payé à 1.000 DH pour des représentations d’une pièce de théâtre à Laâyoune alors que le cachet est censé être de 2.000 DH. Par exemple, dans la pièce de théâtre «Moul Lferrane», un membre de la troupe nous a joué un mauvais tour alors que l’œuvre a coûté 40.000 DH en termes de production.

Un dernier mot…

J’espère que l’Etat nous consacrera un revenu pour avoir de quoi vivre. Comme ça si nous ne travaillons pas, nous aurons de quoi vivre. Si on n’a pas d’opportunités, on crève. C’est moi qui m’occupe de mes petits-enfants qui ont perdu leur père. Je devais même avoir un agrément à Ain Chok mais le processus n’a pas été achevé.

» Source de l'article: aujourdhui

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