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Khalid Benslimane chevauche différentes histoires et poésie dans «Au tendre des pierres»

05.04.2021 - 19:09

Un roman racontant des bribes de l’histoire de son auteur qui y relate également la vie de ses amis tout en recourant à des extraits du livre de l’un d’eux ainsi qu’à des poèmes. Ainsi se présente le nouveau livre «Au tendre des pierres» de l’écrivain marocain, Khalid Benslimane qui précise que cette démarche constitue «l’essence» de cette œuvre. A ce propos, le romancier ne manque pas de remonter au début du projet de cette publication.

Des extraits d’un livre de «Rahan» dans le roman

Dans ce sens, l’auteur raconte : «Tout a commencé il y a une quinzaine d’années avec un blog, «rass edderb», sur lequel je postais des tranches de vies imaginaires de trois jeunes amis «haytistes» qui trainaient leur vacuité à l’ombre d’un mur». C’est ce mur aussi qui fait partie intégrante de l’intrigue du roman. «Lieu où ils passaient le temps entre joutes verbales et fumeries de joints roulés avec amour, le tout, raconté en poussant l’onirisme à l’extrême et d’une manière plutôt lyrique qui procura une atmosphère de langueur poétique qui plut immédiatement aux lecteurs du blog. Dans ces instantanés, les protagonistes exprimaient leur amour les uns envers les autres avec beaucoup de pudeur», relate l’écrivain. Dans ce sens, il conduit des exemples. «Au lieu de leur faire dire «je t’aime» crûment, ce qui dans notre société ne se dit pas facilement entre garçons, j’exprimai leur amour à l’aide de petits poèmes et extraits de chansons», illustre Khalid Benslimane. Dans un premier temps, l’auteur avait pensé faire un recueil de ces instantanés. «Je mis le tout dans un tiroir et l’oubliai.

C’est plusieurs années plus tard que je ressortis ce recueil d’incipits et décidait d’en faire un roman en bonne et due forme, mais pour cela, il me fallait un moyen de relier ces instantanés sans pour autant perdre l’atmosphère onirique particulière qui s’en dégageait», détaille l’auteur. Le premier à sortir de tout ce fatras d’idées pour lui fut Rahan, alias le fils de Crâo. «Ce personnage me permit, par sa folie qui confondait ce qui relevait de son intérieur et ce qui relevait du monde extérieur, de trouver un fil conducteur entre les instantanés que j’ai utilisé à la manière de flashbacks pour créer un effet de distorsion temporelle», ajoute l’écrivain. Quant au second personnage, Mbarek, il permit au romancier «d’élaborer le dénouement de manière plutôt mystique». Et ce n’est pas tout ! C’est au fil des pages que le lecteur peut comprendre l’intégralité du récit qui semble, aux premières pages, énigmatique.

Cependant la construction particulière du récit alterne les intrigues suivant le même rythme. Ainsi, les personnages Mbarek, Rahan et Lambdaoui sont, selon l’auteur, racontés au présent avec à la fin de chaque chapitre l’intercalage d’un extrait du livre de Crâo «par une technique cinématographique, la fondue enchaînée, qui consiste à terminer un chapitre sur une image et commencer l’extrait sur la même image». «On peut également lire les extraits du livre de Crâo indépendamment de l’histoire. Cela permet de faire plus ample connaissance avec les protagonistes ce qui facilite ensuite la compréhension du récit», poursuit l’auteur.

Un récit «intemporel»

A eux seuls, les instantanés sont, selon Khalid Benslimane, insérés tels qu’écrits initialement afin de «conserver cette atmosphère langoureusement lyrique». Pour lui, l’idée générale étant de créer un récit totalement intemporel où les chapitres se succèdent «comme des fragments de rêves accentuant encore plus le côté onirique du récit». Comme le laisse voir la lecture, il n’y pas, ou très peu, de repères temporels dans ce récit où, selon l’auteur, les époques se mélangent. «L’histoire est volontairement décousue au départ pour se regrouper lentement au fil des chapitres jusqu’au chapitre 14 où le tout fusionne pour se diriger rapidement vers un dénouement plutôt inattendu», avance-t-il. Mieux encore, l’auteur emploie le «je» tout en s’entourant des autres personnages.

Une «autofiction»

Dans ce sens, l’écrivain se veut clair. «Même si quelques scènes relatent des évènements vécus dans ma vie réelle, ce roman n’est pas une autobiographie. Peut-être une ébauche d’autofiction puisque des souvenirs et des sentiments personnels se retrouvent mêlés au récit. C’est aussi un peu plus d’heroic fantasy héritée de ma période de lecture assidue d’ouvrages de BD et de SF», explicite-t-il. Le «je» étant, pour lui, celui du narrateur-personnage. Chose qu’il illustre par «Lambdaoui», un des quatre amis, présentés dès le préambule à la page 9 qui raconte l’histoire tout en y participant. Si la narration part d’un «Je», la linéarité propre au récit autobiographique n’existe pas dans l’œuvre. «Dans mon récit, la forme est bien plus aléatoire, ce qui ne signifie pas qu’elle est un produit du hasard. Au contraire, les sauts de temps, de strates de la temporalité, de l’histoire, des lieux, sont agencés dans le but que le lecteur ne s’identifie pas obligatoirement au narrateur».
Dans ce récit, trois intrigues gravitent autour d’un. «Je ne dirais pas personnage mais plutôt repère central qui est un mur», ajoute-t-il.

Un fort attachement à un mur

Un mur, avec toute la symbolique forte qu’il peut véhiculer et qui est, comme le souligne l’écrivain, en même temps «la clef qui viendra dénouer ces trois intrigues». A ce propos, il indique que le mur, dans un monde continuellement en mouvance, reste «une valeur sûre pour l’esprit de «Rahan» qui a déjà beaucoup de mal à différencier entre ce qui relève de la réalité et ce qui relève des visions psychédéliques de son intérieur tourmenté». «Le mur pour lui reste un repère fixe auquel peut s’accrocher le fil de sa mémoire amnésique. C’est la seule chose qui ne change pas, qui n’éprouve aucun ressentiment à son encontre. C’est la seule chose vraiment tangible et non menaçante pour Rahan. Voilà pourquoi il s’y attache», enchaîne l’auteur. Quant aux amis de ce personnage, ils partagent, dans une moindre mesure cependant, ce sentiment. «Le mur est le témoin des moments de bonheur de leur jeunesse entre ses briques», commente l’écrivain. Pour lui, le mur est aussi une barrière symbolique que les jeunes protagonistes doivent franchir pour accéder au monde des adultes. «Il l’est aussi sans doute pour moi-même, inconsciemment. Une barrière que j’ai dû mentalement détruire pour pouvoir écrire ce roman», enchaîne Khalid Benslimane.

Outre «Au tendre des pierres», l’auteur est en train d’écrire un roman qui «traite de manière humoristique le relationnel du couple». Il a aussi un «projet d’écriture d’un spectacle de one man show». «Et bien sûr, maintenant que j’ai le temps, je reprends mes chroniques sur la chronique du pendu, mon blog de prédilection», conclut-il.

» Source de l'article: aujourdhui

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