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Les films d’animation s’emparent désormais de sujets graves

18.06.2018 - 21:01
A l’image du film chinois “Have a nice day”, en salle mercredi, et de nombreuses autres œuvres présentées cette semaine au Festival du film d’animation d’Annecy (est), rendez-vous de référence mondiale dans ce domaine, l’animation s’adresse de plus en plus aux adultes avec des sujets graves, abordant problèmes de société et conflits à travers le monde.
Présenté l’an dernier à la Berlinale, et cette semaine au Festival d’Annecy, “Have a nice day” de Liu Jian se moque des travers du capitalisme et de l’obsession pour l’argent de la société chinoise, à travers le récit d’une course poursuite pour récupérer un sac rempli de billets.
Le 27 juin, sortira en salle “Parvana, une enfance en Afghanistan” de Nora Twomey, nommé aux Oscars et en compétition à Annecy, qui s’adresse à un public familial plus large, mais aborde lui aussi un sujet grave, l’Afghanistan des talibans. Il raconte l’histoire d’une petite fille contrainte de se déguiser en garçon pour faire vivre sa famille et essayer de retrouver son père, jeté en prison.
De nombreuses autres œuvres présentées à Annecy, qui se termine samedi, ont abordé des thèmes d’histoire ou d’actualité, traitant notamment de conflits: Proche-Orient, Khmers rouges, ex-Yougoslavie, Angola ou à nouveau Afghanistan dans “Les Hirondelles de Kaboul” de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, adaptation du roman de Yasmina Khadra, dont de premières images ont été montrées.
“C’est le cinéma qui gagne en maturité, avec des films qui abordent des sujets difficiles”, au-delà des “films de princesses”, a réagi auprès de l’AFP Nora Twomey, la réalisatrice de “Parvana”. “L’animation change. Elle a commencé il y a plus d’un siècle comme un média expérimental. Elle a été beaucoup utilisée pour le babysitting, ce qui est très bien. Mais l’animation, c’est tellement plus que ça.”
Pour le directeur artistique du Festival d’Annecy, Marcel Jean, “le cinéma d’animation est de moins en moins quelque chose de réservé aux enfants”.
Cette tendance est rendue possible parce qu’”il y a de plus en plus d’indépendants ou de films réalisés avec des budgets plus raisonnables”, ajoute-t-il.
La “brèche” a été pour lui “ouverte par deux films”: “Valse avec Bachir” d’Ari Folman (2008), sur un Israélien se remémorant son passé de soldat, et “Persepolis” de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud (2007) sur l’Iran.
“Ce sont deux films très différents par leur ton, mais qui abordaient tous deux des questions politiques (…) et ont fait évoluer la pensée autour du cinéma d’animation”.
Avantage de l’animation, elle permet aussi d’introduire de la distance avec des sujets dramatiques et d’évoquer parfois de manière symbolique les horreurs de la guerre, ou encore de montrer par le dessin des endroits difficiles à filmer ou reconstituer.
“L’animation, c’est le recul. Quoi qu’on en dise, on n’appréhende pas de la même façon de vrais humains”, souligne le Français Denis Do, 33 ans, qui raconte dans “Funan”, en compétition à Annecy, l’histoire vraie de sa mère, séparée de son fils aîné pendant le régime des Khmers rouges.
“Je n’avais pas envie de représenter ma mère jouée par une comédienne, quelle qu’elle soit”, ajoute-t-il.
Pour le Canadien Cam Christiansen, réalisateur du film “Le Mur” (“Wall”) d’après un scénario du Britannique David Hare, sur le mur séparant Israël et la Palestine, “l’animation est plus métaphorique. Elle permet de suggérer des mondes intérieurs, des pensées, des choses que l’on ne pourrait pas montrer en prises de vues réelles”.
Son film est l’un des deux longs métrages évoquant le conflit israélo-palestinien à Annecy, avec “The Tower” du Norvégien Mats Grorud, sur la vie de quatre générations de réfugiés palestiniens depuis 1948.
Comme au Festival de Cannes (sud-est de la France), plusieurs films y ont aussi mêlé prises de vues réelles et séquences en animation, comme “Chris the Swiss” d’Anja Kofmel, sur le conflit en ex-Yougoslavie, et “Another day of life” sur la guerre civile angolaise. Un “courant de fond” qui, lui, “trouve sa source essentiellement dans la nécessité de renouveler l’imagerie documentaire”, selon le directeur artistique du festival, Marcel Jean.
» Source de l'article: liberation

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