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Art & Culture

Rap et violence : Un duo inséparable ?

29.08.2018 - 21:01
Faut-il être violent pour être une icône du rap ? La violente altercation entre Booba et Kaaris survenue en début du mois à l’aéroport d’Orly n’est pas une première dans le milieu du rap. Les provocations et les incidents se sont multipliés entre artistes rivaux ces dernières années menant parfois jusqu’au drame. S’agit-il de course au buzz ou de haine profonde ?
A sa naissance dans les années soixante-dix, le rap se conjugue avec violence. Des textes de révolte scandés sur une rythmique basique. De Los Angeles à New York (Etats-Unis), dans les quartiers noirs retentissent ces cris de colère, notamment contre les brutalités policières. Une violence encore bien présente aujourd’hui, avec dans les banlieues américaines, des rappeurs proches des gangs qui s’entretuent.
“Le rap ce n’est pas de la pop avec des éléphants roses et des ballons”, rappelait le rappeur américain Ice-T en 1996. Culte des armes dans les clips et mort violente dans la vraie vie, les stars du rap Tupac et Notorious B.I.G. en ont fait les frais, froidement abattus.
Dans les années 90, quand la culture hip-hop débarque en France, elle se marie avec Brassens, Renaud ou Verlaine. La plume de MC Solar a remplacé le flingue. IAM préfère l’humour aux bastons, la violence s’est diluée en traversant l’Atlantique.
“La question de la violence n’est pas inhérente au rap, il y a une forme de violence sublimée et cathartique qui permet de dépasser la violence à travers le texte et le mot et non une violence réelle”, précise la philosophe Benjamine Weill. Mais depuis dix ans, sur les réseaux sociaux, la tradition des combats verbaux déraille. Par tweets interposés, on se charrie, on se toise, l’insulte n’est jamais loin. Un sport qui cette fois-ci a dégénéré. La course au buzz a tourné au saccage de magasins et à la bagarre générale à l’aéroport d’Orly. Les rappeurs Booba et Kaaris ont quitté la scène musicale pour rejoindre le rayon des faits divers et la case prison.
Toutefois, si on peut regretter la façon peu élégante dont s’est envenimée la relation entre les deux rappeurs, le monde de la musique en général est plein de ces relations conflictuelles, parfois violentes, mais aussi très souvent mises en scène.
Parce qu’il faut dire que le monde de la musique n’a pas attendu l’invention du rap pour voir surgir des rivalités violentes. Au XVIIIe siècle, déjà, Wolfgang Amadeus Mozart et Antonio Salieri entrent dans une concurrence féroce. Une rivalité non dénuée de respect mutuel, mais que le siècle suivant, en idolâtrant Mozart, a transformée en haine sanguinaire. Un mythe alimenté par les rumeurs, comme celle d’un empoisonnement de l’auteur du “Requiem” par son adversaire. Or, il est probable que malgré leur rivalité artistique et professionnelle, les deux hommes s’admiraient l’un l’autre, n’hésitant pas à collaborer ponctuellement comme pour “Per la Ricuperata Salute di Offelia”, morceau exhumé par hasard en 2016.
Il  y a aussi le cas de Prince et Michael Jackson. Ils sont nés la même année, en 1958, et sont aussi talentueux l’un que l’autre. Ils se sont livré une guerre d’ego féroce dans les années 80. Le premier est un produit du star-system et a connu la célébrité dès 7 ans, l’autre n’a atteint la gloire qu’en 1982. Et si Prince était connu pour ses chansons déchaînées, toujours aptes à choquer la société puritaine de l’époque, Jackson, lui, était bien plus policé. Leur inimitié culmine en 1983, lorsque Prince, aux dires de Quincy Jones, aurait menacé de mort Michael Jackson. Pourtant, au décès de ce dernier, le Kid de Minneapolis rendra hommage au roi de la pop : “On est toujours triste quand on perd quelqu’un qu’on a aimé”, confie-t-il au Monde.
Loin d’être novateurs, Booba et Kaaris, qui attendent le procès de leur bagarre à Orly, s’inscrivent donc dans un schéma tout à fait traditionnel.
Que ce soit à cause d’ego un peu fragiles, d’une ambiance de masculinité toxique ou tout simplement pour des raisons commerciales, les “clashs” entre musiciens ont encore de beaux jours devant eux.
» Source de l'article: liberation

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