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Le dialogue national sur la société civile perturbé: De jeunes chômeurs s’invitent au débat

24.03.2014 - 16:10
Le calme n’est revenu qu’après que les jeunes ont été autorisés à succéder au président de la commission nationale à la tribune pour dire leurs doléances. Un grand moment de démocratie, ont dit ensemble les observateurs étrangers.

Eclats multiples d’une présentation soignée, mais aussi éclats de voix… la clôture du «dialogue national sur la société civile et ses prérogatives constitutionnelles» qui s’est tenue vendredi et samedi à Rabat a conjugué les tons de la réflexion.

Côté jardin, les organisateurs se sont mis en frais pour convaincre de ce que le boycott du dialogue, «dont la presse s’est fait l’écho à longueur de colonnes», n’est que vue de certains esprits.

Portes grandes ouvertes afin de ratisser au-delà des capacités d’accueil de la salle de conférence, caméras montées sur grue, invitations adressées à la volée aux fonctionnaires, et, dans l’assistance, aux premières loges, huit ministres et des représentants d’organisations internationales dont le Conseil de l’Europe (CE), la Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale (BM) et l’Isesco : rien de ce qui fait l’attrait du nombre et du sensationnel n’a été laissé au hasard au cours d’une cérémonie qui en a réellement épaté plus d’un.

Côté cour, «c’est précisément de cette ouverture à tout venant que le couac est arrivé». Alors que le président de la commission nationale – Ismail Alaoui – prononçait son discours inaugural, de jeunes cadres chômeurs l’interrompaient en clamant des slogans critiques sur la conduite du dialogue qui les a exclus «malgré leur volonté d’y participer»  et, en demandant la mise en application intégrale de l’arrêté ministériel 11 – 02 – 100  instituant l’admission directe à la fonction publique des diplômés de l’enseignement supérieur. Un instant surpris par la manœuvre, le vieux briscard de la politique a relevé le gant et s’est remis à la lecture de son texte en essayant de faire l’impasse sur l’interruption. Résultat : comme le tollé s’est poursuivi durant plus d’une demi-heure, l’essentiel de l’allocation a été inaudible.

Le calme n’est revenu qu’après que les jeunes ont été autorisés à succéder au président de la commission nationale à la tribune pour dire leurs doléances. Un grand moment de démocratie, ont dit ensemble les observateurs étrangers. De liberté aussi, ont-ils ajouté.

De fait, les jeunes cadres sans emploi n’ont pas seulement crié leur ras-le-bol de la situation de chômage dans laquelle ils se trouvent «depuis trois ans, bien qu’ils aient fait vingt ans d’études et de spécialisation qui auraient dû leur épargner cette indignité sociale», mais encore, ils ont pointé du doigt «le favoritisme qui a entaché les premières embauches».

Ils se sont également insurgés contre les «arrestations arbitraires alors qu’ils ne font que manifester pacifiquement». Du haut de la tribune, leur porte-parole a vilipendé «les arrestations opérées dans les rangs de ceux qui avaient manifesté jeudi sur la place de Bab El Had, maltraités dans les locaux de la police et traduits devant les tribunaux… pour avoir réclamé leur droit au travail».

Au demeurant des accusations si graves que le ministre chargé des relations avec le Parlement et la société civile s’est désolidarisé publiquement des faits visés.
Mais, le malaise suscité par les déclarations des jeunes cadres a vite laissé la place à un sentiment de légitime fierté. «Si on est en situation de tenir de tels propos dans une réunion publique à laquelle assistent plus de huit ministres et des observateurs étrangers de premier plan, c’est que le Maroc est réellement entré dans une ère de liberté et de sincérité digne des plus grandes nations», a-t-on commenté dans l’auditoire. Et cela a été aussi le point de vue des représentants des organisations internationales qui se sont succédé à la tribune.

Représentants du Conseil de l’Europe, de la BAD et de la BM se sont déclarés fortement impressionnés par la signification du grand moment «de démocratie et de liberté» qu’ils venaient de vivre. Ils ont dit leur conviction que le Maroc fait de grands progrès sur la voie de la bonne gouvernance car, ont-ils laissé entendre, il en a maîtrisé le secret : la confiance. «Si les jeunes qu’on a entendus n’avaient pas confiance, ils ne se seraient pas retirés», a dit la représentante du Conseil de l’Europe.

Si elles ont dominé le début des travaux de clôture du dialogue national, ces péripéties ont cependant laissé place à de nombreux messages officiels. En particulier que les auditions et les consultations dont le produit a servi de plate-forme aux recommandations finales ont conduit les membres de la commission nationale aux quatre coins du Maroc. En en évoquant le déroulé, Choubani a rappelé que «ce qui vient de se passer aujourd’hui avec ces jeunes, fait penser à ce qui s’est produit avec nos autres jeunes à Laâyoune».

Tous ont compris que cela signifie que «la démarche participative» observée durant les concertations a été marquée par la liberté d’expression et la proposition sans entraves. Le ministre l’a dit avec insistance : le dialogue enclenché ne peut qu’aboutir, car il est fondé sur les bases solides que sont la Constitution et le programme de gouvernance du gouvernement et, la mobilisation des acteurs sociaux et l’indépendance.

En illustration, il a mis en exergue le fait que «les auditions ont eu lieu avec tous ceux qui ont répondu à l’appel, «sans exclusive». De fait, environ 10 .000 acteurs parmi les représentants des 100.000 associations répertoriées ont participé aux 16 consultations régionales. Résultat : 140 projets de recommandations ont été soumis à l’appréciation des congressistes qui ont été répartis en trois groupes de travail : un  panel sur les dispositions de la Constitution, un autre sur la vie associative et le dernier sur la démocratie participative. Nombreux en sont les membres qui ont dit leur intention de ne pas se ménager afin de contribuer à doter «la société civile, pilier central de la démocratie et de la bonne gouvernance du cadre législatif et règlementaire qui lui permettra d’exercer pleinement les prérogatives que lui reconnaît la nouvelle Constitution».

» Source de l'article: aujourdhui

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