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Economie

Badr Ikken : «Nous allons passer à la 2ème phase de la plateforme Green & Smart Building Park»

12.11.2019 - 20:30

Entretien avec Badr Ikken, directeur général de l´Institut de recherche en énergie solaire et énergies nouvelles (Iresen)

Au moins une centaine de concepts et de solutions technologiques telles que l’exploitation de nouvelles combinaisons de matériaux pour la construction, l’isolation thermique et phonique des murs et des plafonds, des technologies passives et actives pour le chauffage et la climatisation, attendent d’être optimisées, valorisées et commercialisées.

ALM : Vous venez d’organiser le Solar Decathlon Africa. Quel bilan faites-vous de cet événement ?

Badr Ikken : Le Solar Decathlon Africa est un programme qui s’est étalé sur 18 mois. Plus de mille étudiants ont participé à cette initiative, ils ont été coachés et accompagnés pendant plusieurs mois. Cela a bien évidemment contribué à renforcer leurs compétences mais surtout à mettre en pratique leurs connaissances théoriques. Ce n’est pas tous les jours que des étudiants de différents horizons se rassemblent pour concevoir, développer et construire de vraies maisons écologiques et innovantes qui fonctionnent à l’énergie solaire. Les étudiants ont eu l’opportunité de vivre une expérience unique qui leur a permis de devenir de véritables chefs de projet ayant acquis un savoir-faire extraordinaire. C’est la raison pour laquelle nous avions décidé, avec nos partenaires de l’Université Mohammed VI Polytechnique, notre ministère de tutelle et le département américain de l’Energie, d’avoir des équipes composées de différentes nationalités et de différents cursus universitaires. Les fruits de cette intelligence collective ont dépassé nos attentes et cette édition a été reconnue par le fondateur du Solar Decathlon Richard King comme une des meilleures éditions qui ont été organisées depuis 2002. Je peux vous assurer qu’au moins une centaine de concepts et de solutions technologiques telles que l’exploitation de nouvelles combinaisons de matériaux pour la construction, l’isolation thermique et phonique des murs et des plafonds, des technologies passives et actives pour le chauffage et la climatisation, attendent d’être optimisées, valorisées et commercialisées. La particularité de ce Solar Decathlon est d’avoir été hébergé dans l’enceinte du Green & Smart Building Park, la nouvelle plateforme de recherche et d’innovation dédiée aux bâtiments verts, aux réseaux intelligents et à la mobilité durable. Cette plateforme va permettre l’accompagnement des étudiants, doctorants, chercheurs et professeurs dans le cadre de la formation pratique, de la recherche appliquée et de la création de valeur que ce soit dans le domaine de l’architecture durable, de l’ingénierie, de la construction écologique et de l’intégration des énergies renouvelables dans les bâtiments.

La ville de Benguerir, par le biais de l’Université Mohammed VI Polytechnique et de son écosystème, notamment les premières plateformes de recherche développées conjointement avec Iresen dédiées aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique, est en train d’intégrer une véritable cité du savoir et de l’innovation qui commence à jouer un rôle sur l’échiquier international et à contribuer clairement au développement du système de l’innovation dans plusieurs domaines prioritaires, dont notamment les technologies propres. Un véritable environnement propice à l’innovation intégrant tous les maillons de la chaîne de valeur a vu le jour. A l’avenir, nous allons observer de plus en plus la valorisation de résultats de projets de recherche et un développement industriel émanant de cet écosystème.

Quelle est la prochaine étape pour l’Iresen après cette manifestation de grande envergure ?

Nous allons passer à la 2ème phase de la plateforme Green & Smart Building Park relative aux laboratoires Smartgrids, en partenariat avec des institutions coréennes de renommée internationale, les Laboratoires de Conformité Coréens (KCL) et l’Institut coréen de recherche en énergie (KIER) avec le soutien de la KOICA. Ces infrastructures de recherche nous permettront de travailler sur les villes intelligentes de demain puisque nous aurons la possibilité de simuler des villes de la taille de Casablanca, en intégrant par exemple les énergies renouvelables, la mobilité électrique et de valider les nouveaux modèles au niveau du village solaire de Benguerir.

Nous allons également commencer incessamment la construction de trois nouvelles plateformes de recherche et d’innovation au Maroc :

– Le Green Energy Park MCI (Maroc – Côte d’Ivoire), plateforme dédiée aux technologies renouvelables dans le domaine agricole, et le développement et la caractérisation des installations solaires dans les conditions climatiques semi-tropicales. Elle sera installée à Yamoussoukro sur le site de notre partenaire local, l’Institut national polytechnique Houphouët-Boigny,

– Le GreenH2A, plateforme dédiée à la recherche appliquée dans le domaine de la production d’hydrogène, d’ammoniac et de méthanol verts à partir de sources renouvelables,

– AgroEnergeTIC, plateforme dédiée à la biomasse et, au biogaz et à l’hybridation solaire.

Vous avez également lancé avec l’Université Mohammed VI Polytechnique un Master Bâtiments Verts, le master Green BEE. Pouvez-vous nous donner les détails de ce projet et les autres similaires ?

Le Master Ingénierie des Bâtiments Verts et Efficacité Energétique (Green BEE) alliera plusieurs spécialités autour du bâtiment, de l’efficacité et de la gestion de l’énergie pour répondre à un besoin croissant dans la construction durable et responsable des bâtiments à très faible impact environemental, avec la participation d’institutions de formation de renommée internationale : l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), l’Ecole nationale des travaux publics de l’Etat (ENTPE) et le Worcester Polytechnic Institut au Massasuchetts (WPI). Les étudiants pourront profiter d’éminents enseignants ainsi que d’experts marocains et étrangers et acquérir un savoir-faire au niveau des plateformes de formation et de recherche, notamment le Green & Smart Buidling Park ainsi que le Green Energy Park d’UM6P et d’Iresen.

Sur le même modèle, le Master RESMA sera dédié à l’ingénierie électrique pour les énergies renouvelables et les réseaux intelligents. Il sera en double diplomation avec l’Ecole Polytechnique de Paris Saclay et en partenariat avec le Green Energy Park. L’objectif est de consolider la formation pratique et la recherche avancée dans ces domaines à travers leurs infrastructures innovantes garantissant des programmes de qualité pour préparer une nouvelle génération de professionnels capables de faire face aux défis d’optimisation et d’utilisation des ressources énergétiques renouvelables, devenues des enjeux majeurs au Maroc et en Afrique. Ces formations continues seront accompagnées de formations certifiantes dédiées à l’entrepreneuriat dans ces secteurs.

Comment évaluez-vous les politiques nationales en matière d’énergie ?

La vision de Sa Majesté le Roi, que Dieu l’assiste, et de toutes les parties prenantes a permis à notre pays en moins de 10 ans de devenir une référence mondiale de la transition énergétique et une locomotive au niveau du continent africain. Cela constitue une réelle réussite d’un projet intégré impliquant les ministères concernés, les agences publiques, les centres de recherche et universités et le secteur privé afin de répondre aux problématiques du changement climatique, protéger notre continent tout en valorisant nos ressources renouvelables et en créant de la valeur et de la richesse.

L’écosystème est aujourd’hui mature et il permettra au Maroc de devenir un hub régional des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique au service du monde socio-économique afin de développer une économie durable en Afrique. Le défi des 5 prochaines années serait d’encourager les entreprises marocaines à avoir plus de références en leur ouvrant de nouveaux marchés plus accessibles tels que la moyenne et basse tension. Il serait également pertinent de consolider la politique nationale d’innovation afin de couvrir tous les maillons de la chaîne de valeur. Cette stratégie contribuera à faire de notre pays un véritable développeur technologique dans le secteur de l’énergie et un champion africain.

Quelle place pourrait occuper l’Iresen dans les stratégies nationales ?

Iresen accompagne déjà depuis 2012 presque toutes les universités du Royaume à travers le financement de projets collaboratifs impliquant ces dernières et les entreprises nationales. Nous avons lancé 15 appels à projets, alloué plus de 250 millions de dirhams au profit de 64 projets collaboratifs impliquant 582 chercheurs, ingénieurs et doctorants. Dans le cadre d’un nouvel accord-cadre avec l’Etat, nous avons doublé ce financement pour les 5 prochaines années afin de soutenir la recherche appliquée et l’innovation. Notre agence de moyens a acquis une notoriété au niveau national et international à travers une spécialisation dans le financement de projets collaboratifs à niveau de maturité technologique élevée dans le domaine des technologies propres et une gestion efficace des fonds alloués.

Nous avons été approchés par nos homologues étrangers pour lancer des appels à projet bilatéraux tels que le CDTI Espagnol ou multilatéraux, dans le cadre de l’Alliance Mission Innovation, avec l’Allemagne, la Suède, la Chine, l’Inde sur des sujets prioritaires tels que les réseaux intelligents ou le stockage énergétique. Cela nous permet d’avoir une meilleure levée de fonds, tout en permettant aux porteurs de projets marocains de consolider leur coopération avec des experts étrangers.

Le Green Energy Park et le Green & Smart Building Park de Benguerir, mis en place et gérés par Iresen et l’UM6P, figurent déjà parmi les plus importantes structures de recherche appliquée dans le domaine des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique au niveau mondial. Ces plateformes sont à la disposition de toutes les universités et entreprises afin de les soutenir dans leurs stratégies et activités de recherche appliquée et d’innovation. Nos experts accompagnent également les politiques publiques dans différents domaines de pointe tels que l’intégration de la mobilité électrique ou le développement d’un écosystème du Power to X (production de combustibles propres tels que l’hydrogène à base des énergies renouvelables).

Notre futur défi est d’accompagner encore plus fortement l’innovation et la valorisation commerciale des résultats de projets de recherche au niveau national et continental. Plus de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité et nous souhaitons fortement contribuer à l’amélioration de leurs conditions de vie et au développement d’une nouvelle économie circulaire et climatique sur notre continent.

» Source de l'article: aujourdhui

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