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Economie

Youssef Bounoual : «Les assureurs ont affaibli davantage leur réseau de distribution»

02.05.2020 - 20:01

Entretien avec Youssef Bounoual, secrétaire régional de l’Union générale des entreprises et professions (UGEP) et ex-président de l’UMAC

Le bras de fer entre les assureurs et intermédiaires se poursuit. Le litige concerne cette fois-ci les mesures ayant accompagné la décision de prorogation des contrats d’assurance automobile. Les courtiers d’assurance automobile considèrent cette décision d’unilatérale du fait qu’ils n’ont pas été impliqués dans la prise de décision et voient en ces mesures une restriction du choix des clients. Après avoir tenté en vain d’avoir une réponse de la part de la FMSAR et de l’ACAPS, ALM a pu recueillir l’avis de l’UGEP qui appuie les agents de courtage dans leur plaidoyer. Rappelons que la FMSAR a annoncé, lundi, la fin de la prorogation automatique des contrats d’assurance automobile. A cet effet, les assurés dont les contrats ont expiré à compter du 20 mars sont appelés à les renouveler au plus tard le 30 avril. Les véhicules devront être valablement couverts par une assurance valide à compter du 1er mai. Les assurés qui feraient le choix de ne pas renouveler leur contrat à compter de cette date demeureraient redevables de la prime relative à la période allant de l’expiration de leur contrat au 30 avril.

ALM : Les mesures accompagnant la prorogation des contrats d’assurance automobile ont été très critiquées par l’UGEP. Pourquoi vous êtes-vous opposés à cette décision?

Youssef Bounoual : C’est une décision qui n’est pas du tout bénéfique aussi bien pour le client que pour l’intermédiaire. Elle a été prise par des gens qui ne connaissent pas la nature de la relation entre ces deux protagonistes. Elle est venue créer de l’ambiguïté dans l’esprit de l’assuré. Ce dernier sera obligé de payer une prime d’assurance pour une période qui dans sa tête n’a pas été consommée. De même, cette décision fige la mobilité des souscriptions. Sur le plan technique, l’assuré ne peut s’acquitter de la prime couvrant la fin de son contrat et la date de sa nouvelle souscription. Les compagnies n’ont pas mis en place un système qui permet de payer le montant dû à la période due. A titre d’exemple, les clients sont contraints de payer une prime d’un mois pour une période de 2 ou 3 jours. Aussi, la FMSAR, avec cette décision, a diminué de façon catastrophique le volume d’affaires chez l’intermédiaire. La chute des encaissements varie entre 70 à 80% actuellement.

Quelle lecture faites-vous de la dernière décision de la fédération concernant la fin de la prorogation automatique des contrats?

Personnellement, je trouve que c’est une décision qui arrêtera la casse. Il faut gérer cette situation avec beaucoup de sagesse et de citoyenneté. Il faut se poser les bonnes questions pour essayer de pallier les dégâts des mesures antérieures. Et pour ce faire, il faut associer les intermédiaires en assurance automobile à la prise de décision car ils connaissent la particularité de cette clientèle, son attitude et son comportement. De même, il faut que les compagnies fassent un effort en matière de recouvrement au niveau des primes car certains clients vont refuser au 1er mai de payer la prime qui correspond à la période entre le 20 mars et 30 avril.
On ne veut pas encore de polémiques dont les conséquences ne seront pas contrôlées surtout que la situation économique et financière de tous les ménages est délicate en ce moment. C’est un travail de chaîne. Une fois les entrées sont bloquées, les répercussions de ce blocage vont toucher l’ensemble des intervenants.

Comment les intermédiaires gèrent leur quotidien en cette période de confinement ?

La situation est un peu difficile. Nous sommes obligés de maintenir l’activité juste pour gérer les sinistres et non pas pour encaisser les primes. Nous recevons en cette période beaucoup de demandes de report des valeurs qui sont en notre possession et nous sommes compréhensifs car effectivement les ménages n’ont pas assez de moyens. Et même ceux qui viennent renouveler leurs contrats d’assurance ne payent pas au comptant. Ce qui nous désole c’est que les compagnies d’assurance n’ont fait à notre égard aucun geste de citoyenneté. Une compagnie a besoin d’un intermédiaire fort mais avec ces décisions les assureurs ont affaibli davantage leur réseau de distribution en cette période de confinement.

Et pourtant une ligne de crédit a été activée par les entreprises d’assurances au profit des courtiers et agents en difficulté…

L’intermédiaire n’est pas un client de la compagnie d’assurance pour qu’elle lui accorde un crédit avec un taux d’intérêt. Il y va de sa dignité. L’intermédiaire ne peut être le maillon faible de la chaîne assurantielle. Il reste un partenaire privilégié et c’est grâce à lui que la compagnie réalise son chiffre d’affaires. Il est à souligner que l’intermédiaire marocain est structurellement surendetté. On ne va pas venir, par-dessus tout, lui imposer un crédit avec un taux d’intérêt pour alléger ses charges.

A combien est estimé le surendettement de la profession ?

Je peux vous assurer que 40% du réseau de la distribution n’arrive toujours pas à atteindre le seuil de la rentabilité. Ces 40% ont déjà signé un protocole alors qu’ils n’ont pas d’excédent pour le payer. Les résultats de l’exercice 2020 seront catastrophiques. Il faut que les compagnies prennent leur responsabilité à l’égard des agents de courtage. Déjà, beaucoup de valeurs vont retourner impayées aussi bien des clients que des intermédiaires. Je pense que c’est le moment pour prendre du recul et les bonnes décisions pour sauver le secteur.

» Source de l'article: aujourdhui

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