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Economie

Post-Covid-19 : Pratiquer l’intelligence économique serait-il suffisant pour les entreprises ?

25.06.2020 - 10:33

Au lieu de mener leur activité en toute sécurité et en ayant la capacité de prévoir et de planifier des projets dans le temps, les entreprises vont devoir préparer des PCA avec plusieurs scénarios.

Pour Henry Mintzberg, «s’il y a un élément à retenir de cette crise, c’est bien la rapidité avec laquelle elle a évolué et perturbé nos vies». La crise de Covid-19 va-t-elle devoir remettre en question l’efficacité de la pratique de l’intelligence économique ?

Après la reprise de leur activité, toutes les entreprises actuellement cherchent la recette idéale pour sortir de la crise sanitaire avec le minimum de dégâts, à la fois financiers et humains. La période du confinement était une bonne occasion pour redresser les failles et corriger certaines irrégularités managériales. En effet, les dégâts actuels sont inquiétants et la vision du futur environnement économique n’est pas claire. La pratique de la veille ou de l’intelligence économique partait de ce principe, c’est-à-dire rester à l’écoute de l’environnement à l’aide de la collecte de l’information stratégique, prévoir et anticiper les risques, rationaliser la décision sur la base des informations traitées et analysées, et surtout acquérir la capacité d’influencer son environnement. Or, l’arrivée de cette pandémie a remis en question toutes ces évidences dont plusieurs pistes devraient être ré-exploitées.

A ce propos, les circonstances de la Covid-19 ont obligé les décideurs à réagir avec une rapidité fabuleuse, mais sans avoir une visibilité claire du futur. L’information stratégique, sur laquelle repose certainement tout le processus de l’intelligence économique, n’est plus disponible en ce moment. D’abord à cause des fake news qui inondent les médias et réseaux sociaux. Ensuite de l’incapacité de deviner des schémas de sortie devant ces mutations illimitées. Aussi, la dépendance des pays en développement de la relance des pays avancés. Le cas marocain est le meilleur exemple. Les principaux secteurs industriels (automobile, aéronautique) dépendent de la demande étrangère qui se bat à son tour pour que son activité économique reprenne son souffle.

Par ailleurs, nous avons remarqué que la vitesse de réaction fut légendaire: chacun est resté chez soi, toutes les activités publiques ont été annulées, la plupart des transactions financières ont été reportées, et le travail à distance s’est mis en place. Cette pause a forcé de nombreuses entreprises à arrêter leurs plans commerciaux et leurs activités économiques pour suivre les nouvelles décisions du gouvernement.
Dans un tel contexte, la réactivité d’une entreprise traduit la rapidité du processus décisionnel à réagir, face à l’apparition d’un aléa de fonctionnement ou aux sollicitations non prévisibles de l’environnement. C’est grâce à cette influence que l’entreprise, à travers son système d’information, peut réorienter sa stratégie et sa vision à court, moyen et long termes. Là encore, le point central est la disposition de l’information stratégique qu’on ne peut pas avoir devant ces agitations infinies. Je pense qu’au lieu de mener leur activité en toute sécurité et en ayant la capacité de prévoir et de planifier des projets dans le temps, les entreprises vont devoir préparer des PCA (Plans de continuité d’activité) avec plusieurs scénarios. Dans ce cas, le facteur humain est un élément très important : l’Homme est la vulnérabilité la plus importante dans la chaîne de management. Une erreur, un oubli, un manque de formation peut remettre en cause toutes les architectures mises en place. Je crois qu’il faut préparer des RH capables de travailler sur plusieurs projets et dossiers ou scénarios simultanément : la poly-chronicité. De plus, la créativité, la réactivité, l’innovation, la capacité d’adaptation… deviendront les maîtres mots du nouveau mode de management.

D’un autre côté, pour appuyer les équipes et former les dirigeants à affronter les situations de crise et les enjeux de continuité d’activité, je pense que le fait de réaliser des simulations de crises dynamiques et opérationnelles s’avère indispensable.
Le système d’intelligence économique est appelé à prendre en considération toutes ces nouvelles exigences. Il faut accepter que le retour à la normalité, à court terme, ne puisse être assuré. Cette crise sanitaire a chamboulé, brutalement, les fondements économiques qui ont gouverné les entreprises, jusqu’à présent. Désormais, les techniques de production et de distribution, les attentes des clients et les modes de consommation, prendront de nouvelles formes, comme s’il s’agit de nouveaux concepts en management. Seules les entreprises ayant la capacité à s’adapter à ces nouveaux paramètres feront partie du prochain processus productif.

*Professeur de l’enseignement supérieur à l’Université Hassan II de Casablanca. Elle était chargée de la coopération internationale auprès du ministère de l’industrie et du commerce. Ses recherches portent essentiellement sur l’intelligence économique, la veille stratégique et le Big Data.

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