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Economie

Textile : Les perspectives post-Covid décryptées par l’IMIS

26.10.2020 - 15:00

Comment le secteur pourra-t-il tirer profit de la crise ?

La crise actuelle a bouleversé le système productif mondial et avec lui les activités des différentes branches d’activités économiques. L’économie marocaine n’échappe pas aux effets de cette conjoncture. Ainsi, le FMI fait état d’une baisse de 3,7% du PIB en 2020 confirmée par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) qui prévoit un retrait de 3,8%. Parmi les secteurs affectés, celui du textile-habillement qui n’est pas épargné par cette vague étant donné son intégration dans la chaîne de valeur mondiale. Parallèlement, certaines sous-branches du secteur ayant joué un rôle majeur dans le domaine médical durant cette période grâce notamment à la reconversion de certaines unités industrielles ont permis de faire face à la crise sanitaire. Dans ce contexte, l’Institut marocain d’intelligence stratégique (IMIS) a établi une analyse visant à donner des pistes de réponses pour assurer la relance post-crise. Cette étude baptisée «La chaîne de valeur du textile-habillement marocain à l’épreuve du choc Covid-19» décrypte les éléments pouvant sortir le textile-habillement renforcé dans la période post Covid-19. Voici les faits saillants.

Export : la concurrence fait rage

La conjoncture actuelle n’a fait qu’exacerber les faiblisses d’un secteur déjà en difficulté. Depuis 2016, le secteur est sur une tendance baissière. «La baisse de régime était réelle, malgré la volonté affichée par les pouvoirs publics de le soutenir vu son caractère de premier contributeur à la création d’emplois industriels (près de 160.000) et de fort pourvoyeur de devises (3ème rang national)», relève ladite étude mettant également l’accent sur le fait que le secteur a été doublement affectée par la crise de Covid-19 en raison de la perturbation des chaînes d’approvisionnement des unités industrielles en intrants en provenance de l’Asie (principalement de Chine), et ensuite par l’annulation de plusieurs commandes de grands clients européens (donneurs d’ordre espagnols et français). La courbe des exportations est en forte baisse durant les trois dernières années (2016-2019). Et pour cause : la forte concurrence des importations chinoises et turques. A cela s’ajoute le poids important du secteur informel. «Même avec une réorientation des ventes de certains articles de textiles, fabriqués localement, sur le marché domestique, le secteur n’est pas en mesure de se positionner en maintenant les mêmes pratiques et les mêmes spécialisations basées sur la sous-traitance dans les activités basiques», indique le document. Par sous-branche, les exportations de l’écrasante majorité ont été marquées par une baisse fulgurante. On citera à cet égard les vêtements et leurs accessoires en boutonnerie et hors boutonnerie, les chaussures et guêtres ainsi que les articles de confection en friperie et chiffons. «La contre-performance des exportations s’est accompagnée d’une baisse remarquable des investissements directs étrangers (IDE) orientés vers le secteur en 2018. Les flux aussi bien des IDE que des exportations devront s’effondrer en 2020 surtout que leur origine et destination respectives se trouvent concentrées au niveau de l’UE», relève la même source.

Reconversion des unités industrielles en temps de crise : Diagnostic et perspectives

Le secteur du textile a été fortement impliqué dans la riposte contre la Covid-19. La reconversion de certaines unités vers la production de masques de protection, des gants et des blouses au profit des professionnels de la santé et en faveur de la population a démontré le potentiel de ce secteur. «La production des unités industrielles reconverties pour la fabrication des masques faciaux de protection a pu dépasser la barre de 10 millions d’unités fabriquées dans l’espace d’une semaine. Ce qui montre que la reconversion des unités industrielles devrait s’inscrire dans le temps et être une réorientation stratégique pour sauver un secteur qui se trouve à un moment déterminant de son cycle de vie», précise l’IMIS. Le Maroc exporte les articles professionnels de textile en raison des demandes d’importation existantes. Partant de là, les opportunités qui se présentent pour le secteur sont multiples : comme les possibilités de captation de transferts de commandes et d’opportunités d’investissement compte tenu des relocalisations des activités implantées en Asie, sous l’effet de la pandémie de Covid-19, la capitalisation sur l’élan de reconversion vers des niches à forte valeur ajoutée, en s’inscrivant dans la dynamique impulsée par la crise sanitaire (réorientation d’une partie de l’appareil productif vers des consommables médicaux ou des textiles à usage technique ou professionnel), les opportunités de structuration de l’informel, notamment à travers les incitations fiscales et financières proposées au titre du statut de l’autoentrepreneur et du compte d’affectation spéciale intitulé «Fonds d’appui au financement de l’entrepreneuriat» créé par la loi de Finances 2020, ou encore l’existence d’une demande intérieure sensible aux évolutions de la mode en termes d’habillement et de l’ennoblissement des produits textiles (ornement, tissus imprimés, apprêt, etc.).

Une stratégie sectorielle post Covid-19 s’impose

Pour se repositionner dans les chaînes de valeur, une stratégie sectorielle post-Covid est nécessaire pour le textile. Elle devra se baser entre autres sur la diversification des modes de production en vue d’atténuer le déclin de la pure sous-traitance compte tenu de la forte concurrence des grandes chaînes de distribution dont le fonctionnement s’appuie sur des politiques de soucing en co-traitance, prendre en compte que la négociation des contrats conclus avec les donneurs d’ordre européens dont les exigences (compétitivité-prix, normes de qualité et célérité de livraison) nécessitent des investissements considérables et se traduisent par des rétrécissements des marges pour les professionnels marocains, le développement d’enseignes nationales innovantes et compétitives en profitant des avancées technologiques dans le secteur pour améliorer l’offre nationale et de proposer des gammes créatives en termes de conception, design, et de fonctionnalités.

Miser sur la compétitivité pour survivre

Le Maroc doit s’insérer dans une logique d’intégration du secteur via une chaîne de valeur régionale complémentaire et compétitive. Pour surmonter ses vulnérabilités, l’activité du textile devrait se préparer à la reconfiguration des canaux d’approvisionnement mondiaux et capter une part de la production qui serait relocalisée par les donneurs d’ordre européens. Ladite analyse propose deux logiques pouvant sous-tendre la préparation du secteur à la période post-Covid : la première est axée sur la conception-production à explorer à court et moyen termes et la deuxième repose sur les implantions des unités industrielles ou les plateformes de ventes (IDE) sur les marchés étrangers à envisager à long terme. Pour se repositionner dans les chaînes de valeur post-Covid, le Maroc devra également faire preuve d’anticipation et d’adaptabilité. Cette démarche consiste à renouveler les procédés de production et les formes organisationnelles tout en travaillant sur le volet recherche & développement.

 

» Source de l'article: aujourdhui

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