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Economie

Industrie du cuir : La diversification, levier de relance

16.11.2020 - 16:15

La filière se fixe des objectifs ambitieux pour la phase post-Covid

S’il y a une leçon que les industriels du cuir ont pu retenir de cette crise sanitaire c’est l’exigence de la «diversification». Une grande prise de conscience est manifestée par l’ensemble des acteurs à vouloir diversifier à la fois leurs offres et marchés. Cette conjoncture pandémique a été suffisante pour mesurer le degré de dépendance de la filière cuir au marché européen qui suite au confinement a freiné l’élan de l’une des plus grandes branches exportatrices du Maroc. Identifiée comme étant l’un des métiers mondiaux du Royaume, la filière dédie 70% de sa production au marché externe ayant pour principaux partenaires : la France, l’Espagne et l’Italie.

L’ambition étant d’améliorer la compétitivité du secteur pour relancer sa dynamique aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale. «Il y a un important travail de diversification qui est engagé avec l’AMDIE pour pouvoir adresser de nouveaux marchés et travailler sur l’attrait de nouveaux donneurs d’ordre. On a été pratiquement touchés par le confinement et son impact sur les donneurs», souligne Taha Ghazi, directeur du textile et du cuir au ministère de l’industrie, du commerce, de l’investissement et de l’économie numérique, lors de son intervention à un webinaire organisé récemment par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

Au-delà de la montée en gamme à l’export, la nouvelle orientation tend également à dynamiser le marché local et développer de nouvelles marques marocaines sur cette sphère. L’engagement des opérateurs est visible. En témoigne le nombre de projets retenus dans le cadre de la banque de projets initiée par la tutelle en vue de substituer aux importations. En effet, le ministère a mis en place une «war room» pour accompagner les entreprises souhaitant se diversifier et développer leurs activités.

En parallèle plusieurs chantiers sont ouverts dans ce secteur afin de le propulser vers l’avant. On cite : la mise à niveau de nouvelles lignes de production et des tanneries, l’accompagnement sur l’investissement et la formation, l’examen de la politique tarifaire ainsi que l’amélioration de la qualité du cuir et de l’approvisionnement. Sur ce point, la tutelle travaille de concert avec les départements de l’agriculture et de l’intérieur pour discuter de cet aspect. La mobilisation de foncier industriel pour la filière est également l’une des priorités sur laquelle se penche le ministère. De nouvelles zones émergeront à l’instar de celle de Ain Cheggag, implantée à Settat, la Région Fès-Meknès ou encore celle de Ahl Loughlam à Casablanca qui sera opérationnelle à partir de l’année prochaine. Environ 145 projets ont été identifiés sur ces deux zones dont 80 à Fès-Meknès et 65 à Casablanca-Settat. «Le cuir est un secteur très dynamique.

Malgré les difficultés et menaces conjoncturelles, les opérateurs font de leur mieux pour améliorer les indicateurs de leurs entreprises respectives. Notre secteur, compte tenu du changement de la carte du commerce international, présente de grandes opportunités à saisir. Il faut continuer à capitaliser sur l’ensemble des chantiers qui ont été jusque-là lancés», explique pour sa part Hicham Azmi, directeur des écosystèmes à la Fédération marocaine des industries du cuir (FEDIC). Parmi les recommandations émises, M. Azmi évoque l’accélération des zones industrielles, le ciblage de nouveaux marchés ainsi que la prise en considération de la donne écologique dans les futurs investissements. «Le passage petit à petit à plus de produits finis exigera un fort appui en matière de développement durable», indique-t-il. Un avis partagé par Antoine Saintraint, chef de la section compétitivité et croissance verte au niveau de la délégation de l’Union européenne au Maroc. «La compétitivité des écosystèmes de la filière cuir au Maroc dépendra de leur facilité à s’exporter davantage en s’intégrant dans la chaîne de valeur, dont européenne, et gagner en savoir-faire, notamment pour concilier l’activité de production avec la préservation de l’environnement», estime-t-il.

Et de conclure que «le secteur du cuir aura tout à gagner à s’investir massivement dans une transformation verte. La réimplantation des tanneries de Fès et Casablanca dans les quartiers industriels dotés des installations collectives de traitements de déchets liquides et solides permettra de juguler la pollution et contrôler les risques environnementaux qui y sont liés».

La filière cuir en bref

La filière du cuir a généré en 2019 plus de 4 milliards de dirhams à l’export. La performance de cette année est certes ralentie suite à la Covid, notamment avec un retour au confinement dans un bon nombre de pays partenaires, toutefois des lueurs de reprise ont été observées depuis le mois de juillet. Le secteur compte environ 340 entreprises et un effectif global de près de 36.000 personnes. Le secteur a signé avec la tutelle, dans le cadre du pacte pour l’accélération industrielle, des contrats de performance ayant abouti à la mise en place de 3 écosystèmes, en l’occurrence la chaussure, la maroquinerie et vêtements ainsi que la tannerie et mégisserie. Une batterie d’incitations a été mise en faveur des industriels. A ce jour, plusieurs entreprises ont bénéficié de primes d’investissement et plus de 25% des entités qui constituent ce tissu ont bénéficié de l’accompagnement technique apporté dans ce sens par Maroc PME au moment où l’AMDIE accompagne le secteur dans sa composante promotionnelle.

» Source de l'article: aujourdhui

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