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Economie

Industrie pharmaceutique : Le Maroc champion d’Afrique

02.03.2021 - 10:12

Entretien avec Layla Sentissi, directrice exécutive de la FMIIP

La Fédération marocaine de l’industrie et de l’innovation pharmaceutiques (FMIIP) démarre l’année 2021 avec une nouvelle dynamique placée sous le signe de l’innovation. Acteur majeur de l’activité industrielle nationale, la FMIIP mise désormais sur le renforcement de la recherche et du développement dans le secteur pour renforcer la compétitivité du Maroc et assurer la souveraineté sanitaire du pays. Pour en savoir plus, nous avons interviewé Layla Sentissi, directrice exécutive de la FMIIP, qui dévoile la stratégie de la Fédération et ses perspectives dans ce contexte exceptionnel du Covid-19.

ALM : Vous avez récemment introduit le volet innovation dans l’appellation de la Fédération. Qu’est-ce que cela implique?

Layla Sentissi : La FMIIP (ex-AMIP) regroupe les opérateurs de l’industrie pharmaceutique qui disposent de sites de fabrication. Les opérateurs de la FMIIP investissent annuellement près de 800 millions de dirhams dans l’outil industriel, l’innovation technologique et la qualité depuis 2013. Ainsi, ce sont des entreprises nationales et multinationales qui fabriquent et commercialisent des princeps, des génériques, des produits dits de biotechnologie ou biosimilaires (hormonologie, anticancéreux, aérosols, insuline, etc). Les fabricants locaux participent également à de nombreux essais cliniques. Enfin, la FMIIP a noué plusieurs collaborations et partenariats avec les universités pour la formation, l’accompagnement scientifique et technique, la recherche et le développement. En bref, le volet innovation existe depuis toujours dans les activités des membres de la FMIIP et nous estimons qu’il est important de le mettre en avant.
Par ailleurs, si la FMIIP a toujours affiché son engagement en faveur de la fabrication locale, la fédération affiche aujourd’hui son ambition de positionner le secteur du médicament comme un fleuron national au service des patients. Il s’agit pour la FMIIP de renforcer le tissu industriel pharmaceutique marocain tout en participant à la relance économique du pays. Aussi, en garantissant l’accès aux médicaments innovants et génériques aux citoyens marocains, la FMIIP se trouve en première ligne dans le maintien de la souveraineté et la sécurité sanitaires du Royaume et entend naturellement consolider son action dans ce sens. En outre, la fédération affiche sa volonté de nouer un partenariat durable avec les autorités et l’ensemble des acteurs de la santé, pour répondre encore mieux aux attentes des patients et aux grands enjeux actuels de la santé publique.

Pouvez-vous nous donner un petit bilan sur les principaux résultats de la Fédération au cours de l’année 2020 ?

Dès le début de l’année 2020, nous avons eu l’opportunité de participer aux travaux de la Commission spéciale pour le modèle de développement (CSMD) pour laquelle nous avons produit un mémorandum sur la politique du médicament et les enjeux essentiels que cela implique pour le Royaume. Nous avons également rencontré le CESE et le CRI à Casablanca pour échanger sur les mêmes sujets. Durant la pandémie, la FMIIP s’est engagée à travers de multiples actions auprès des institutionnels sur la situation du blocage des exportations des médicaments, mais aussi en contribuant au Fonds de solidarité Covid-19 et en effectuant des dons au profit du ministère de la santé (médicaments, gel hydroalcoolique, matériel de protection, etc.). Nous avons également signé une convention avec la DGI pour le secteur pharmaceutique, avec pour objectif de clarifier les modalités de régularisation de la situation fiscale des laboratoires en matière d’impôts sur les sociétés, d’impôt sur le revenu (revenus salariés) et de taxe sur la valeur ajoutée par la souscription de déclarations rectificatives pour les exercices 2016-2017-2018. Aussi, la FMIIP a été cooptée en janvier par la CGEM en tant que «Fédération sectorielle statutaire externe» en vue de créer un espace débat pour la définition et le déploiement d’une stratégie pour le développement d’une industrie pharmaceutique nationale forte et innovante. Enfin, nous avons entamé, il y a quelques semaines, un cycle de discussions avec les forces politiques et la société civile afin de débattre et d’échanger sur le développement du système de santé national, l’amélioration du service rendu au patient, le renforcement de la compétitivité de l’industrie du médicament marocaine et la consolidation de la souveraineté sanitaire et thérapeutique.

Comment comptez-vous développer la production locale ?

L’ensemble de nos membres disposent de sites de fabrication et représentent les plus importants investisseurs dans l’outil industriel, avec une parfaite maîtrise technologique garantie par des équipes compétentes. La fabrication est génératrice d’emploi, elle permet la commercialisation de médicaments à des prix accessibles. Elle est garante de la souveraineté sanitaire du Royaume et créatrice de valeur ajoutée. Sans oublier le fait qu’elle impacte positivement l’équilibre de la balance commerciale. On peut affirmer que tous les éléments sont réunis pour la réussite de ce chantier grâce à une industrie stratégique à fort potentiel, mais aussi une volonté politique affichée en faveur du secteur.
A présent, l’enjeu est d’élaborer et mettre en œuvre une politique volontariste d’encouragement et d’incitation à la fabrication locale. La FMIIP estime que certaines mesures devraient être mises en œuvre rapidement, à savoir :
-L’implémentation de la préférence nationale au niveau du médicament fabriqué localement versus le médicament importé
– L’instauration du Fast Track pour les enregistrements d’AMM (Autorisation de mise sur le marché) des génériques et des produits fabriqués localement
– L’amélioration des procédures d’enregistrement des médicaments avec incitation spécifique pour la fabrication locale et le générique
– La révision du décret de la fixation des prix qui octroie une marge supplémentaire aux médicaments importés,
– La mise en œuvre du décret relatif à la bioéquivalence selon les exigences internationales et à l’instar de ce qui s’est passé dans plusieurs pays
– La publication des décrets d’application relatifs à la recherche biomédicale, l’accès rapide aux nouvelles thérapies, la création d’emplois et de valeur ajoutée
-La mise en place de l’Agence nationale du médicament pour une meilleure régulation et un accompagnement plus efficient du secteur dans la transparence et la bonne gouvernance
Il est à souligner, par ailleurs, que la mise en œuvre de ces mesures ne pourra être réussie que si la loi sur le statut d’Établissement pharmaceutique industriel (EPI) est renforcée afin que les Autorisations de mise sur le marché (AMM) des médicaments ne soient octroyées uniquement aux EPI localement autorisés et gérés sous la responsabilité d’un pharmacien responsable autorisé au Maroc, tel que prévu par les dispositions de la loi 17- 04.

Quel est le positionnement de l’industrie pharmaceutique marocaine en Afrique?

En Afrique francophone, le médicament marocain est déjà bien positionné. Sa qualité est reconnue et son prix compétitif.
Des opérateurs marocains ont fait le choix et le pari de s’installer au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Rwanda. Le Maroc peut contribuer à l’amélioration de l’accessibilité et de la qualité des médicaments en Afrique à travers une coopération Sud-Sud rénovée, (basée sur le transfert du know-how déjà acquis par le Maroc dans le domaine de la pharmacie industrielle), l’approfondissement d’un tissu industriel pharmaceutique en Afrique subsaharienne, l’accompagnement marocain à la formation des ressources humaines africaines (médecins, pharmaciens, délégués médicaux et techniciens), une contribution à la politique logistique à travers l’Afrique en vue d’assurer une distribution des médicaments dans les meilleures conditions de sécurité et de santé et une contribution de l’industrie pharmaceutique marocaine à la consolidation de l’axe Europe-Afrique.

Quelles sont les perspectives du secteur au Maroc durant l’année 2021 ? Et quels sont les projets sur lesquels vous misez le plus ?

Le secteur du médicament au Maroc, à travers ses fabricants locaux, a la capacité de garantir un approvisionnement et un accès optimal aux médicaments pour satisfaire les besoins de nos concitoyens. La pandémie a mis en lumière le rôle central de la production locale du médicament qui constitue la pierre angulaire de la souveraineté et la sécurité sanitaires des pays, mais aussi de leur indépendance thérapeutique. En outre, le caractère stratégique de ce secteur n’est plus à démontrer ; il faut à présent mettre en place des mesures concrètes pour le protéger et le renforcer.
De plus, avec plus de 55.000 emplois directs et indirects qui ont été maintenus durant la pandémie et sans compter la contribution économique du secteur que ce soit en matière d’investissement, de valeur ajoutée, de contribution fiscale, etc., l’industrie pharmaceutique joue un rôle important dans la relance économique du pays en période de post-Covid-19 et entend maintenir ses efforts pour contribuer pleinement à la croissance économique. Les membres de la fédération sont également engagés dans la formation et la spécialisation pour de nombreux diplômés entrant sur le marché du travail et issus aussi bien du secteur médical, pharmaceutique ou scientifique de manière globale.
Enfin, le chantier crucial de l’élargissement de la couverture maladie place le médicament fabriqué localement, et en particulier le générique au cœur du dispositif, sans compter l’apport économique appréciable de ce dernier.

La FMIIP en quelques chiffres

• 29 membres disposant de sites de fabrication dont 8 membres appartiennent à des groupes étrangers.
• 75% de PM du marché pharmaceutique marocain (16 milliards de dirhams en 2020).
• Représente 80% de la valeur ajoutée du secteur.
• 90% des médicaments génériques au Maroc.
• 93% des groupes étrangers présents au Maroc sont représentés par les membres de la FMIIP (260 groupes étrangers parmi les 280 présents au Maroc).
• 90% des investissements industriels.
•80% des recettes fiscales du secteur.
•80 % des exportations marocaines de médicaments.

» Source de l'article: aujourdhui

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