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Moins de grèves, mais plus de journées de travail perdues en 2015

08.03.2016 - 10:28
Moins de grèves, mais plus de journées de travail perdues en 2015
7 mars 2016
Salah Agueniou (1101 articles)
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Moins de grèves, mais plus de journées de travail perdues en 2015

Les grèves ont baissé de 8,3%, à 265, déclenchées dans 221 structures. Cette conflictualité a engendré 17 jours d’arrêt de travail au lieu de 11,8 jours en 2014. Le BTP et les services aux entreprises ont été les branches les plus touchées par les débrayages.

Depuis le pic de 2011, la conflictualité collective du travail a substantiellement reculé. Selon le décompte du ministère de l’emploi et des affaires sociales, l’année 2015 a connu 265 grèves effectives dans 221 établissements, contre 289 grèves dans 239 entreprises en 2014, soit une baisse de 8,3%. En comparaison avec l’année 2011, le nombre de grèves a presque été divisé par deux.

Par contre, le nombre de journées de travail perdues a, lui, augmenté de 21,15%: 267 656 en 2015 contre 220 927 en 2014. Cela signifie que si les débrayages ont baissé en nombre, ils ont duré plus longtemps que l’année précédente : près de 17 jours en 2015 contre 11,8 jours en 2014.

C’est ce facteur temps, si l’on peut dire, qui explique l’importance du nombre de journées de travail perdues. Autrement, la participation des salariés à la grève, telle que relevée par les délégués du ministère de l’emploi, a sensiblement diminué. Sur les 43 183 salariés que comptent les 221 établissements concernés par les grèves de 2015, 15 865 y ont pris part, soit un taux de participation de 36,7%. Un an auparavant, le taux de participation était de 48,4%. Il y a donc une baisse du taux de participation de 24%.

Cette observation, on s’en doute bien, peut susciter des polémiques, tant les méthodes de calcul des uns et des autres diffèrent, mais ce ne serait pas nouveau, puisque nulle part au monde les chiffres officiels sur les grèves ne recoupent ceux des organisations syndicales.

La question que l’on peut se poser maintenant est de savoir pourquoi les conflits collectifs de travail en 2015 ont duré plus longtemps qu’en 2014. La nature des branches d’activité où ont prédominé ces arrêts de travail peut fournir au moins un début d’explication. Les relevés du ministère de l’emploi montrent en effet que c’est dans le BTP (35 grèves), les services fournis aux entreprises (34) et l’agriculture (32) que l’on a observé le plus grand nombre de débrayages. Or, le BTP en particulier est une activité en crise depuis 2011, elle se relève à peine en 2015. C’est aussi une activité où l’informel est un phénomène structurel, assez largement reflété d’ailleurs par le niveau élevé du sous-emploi qui la caractérise. Dans certaines branches du secteur des services, hormis les services financiers, la situation doit être à peine meilleure que dans le BTP. Ce sont souvent de petites entreprises où le turn-over est élevé, où les difficultés financières sont légions. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant de voir l’insatisfaction (le sous-emploi) se transformer en contestation. D’autant que, en raison même de ces phénomènes de crise et de précarité, la présence de syndicats ne doit pas y être assez développée. Or, on l’oublie souvent, si les syndicats sont des organisateurs de la contestation (quand il s’agit de défendre les droits sociaux et moraux des travailleurs), ils sont aussi le canal par lequel la colère peut s’exprimer sans déraper et, surtout, aboutir par la négociation.

Le non-versement des salaires, principal motif des grèves déclenchées

Tout cela conduit à soulever la problématique de la représentativité syndicale dans le monde du travail : cette représentativité est faible, elle ne dépasse pas 6,3% parmi les salariés. En prenant en compte l’ensemble des actifs occupés, le taux de syndicalisation est divisé par deux pratiquement : 3,3%. Généralement, là où les syndicats (les plus représentatifs s’entend) sont fortement implantés, les débrayages sont plutôt rares mais efficaces. Cela veut dire que leur présence même dans l’entreprise permet à la base d’éviter les conflits, grâce au dialogue qui se noue avec les responsables. On a rarement vu un grand syndicat organiser une grève pour exiger le versement des salaires. C’est plutôt pour demander une augmentation de salaires, la protection du droit syndical ou la participation à l’élaboration de lois sociales que les syndicats représentatifs se mobilisent. Or, que disent les observations du ministère de l’emploi ? Que le retard dans le versement des salaires ou tout bonnement le non-paiement des salaires est le principal motif du déclenchement des grèves en 2015. Et cela n’a pas changé depuis des années. Parmi les autres motifs des grèves, on trouve, dans l’ordre, le licenciement, la remise en cause des acquis sociaux et, en quatrième position, le non-respect des dispositions légales en matière de protection sociale.

Normalement, ce genre de problèmes, en particulier le premier d’entre eux, se règle par le dialogue et, dans le pire des cas, par la justice. Encore faut-il que le dialogue soit institutionnalisé dans le monde de l’entreprise, et que la justice se prononce, dans les délais, sur les requêtes qui lui parviennent. En 2014 par exemple (les chiffres de 2015 sur ce point ne sont pas encore disponibles), le nombre de procès-verbaux dressés par les agents de contrôle du ministère de l’emploi s’était élevé à 248. Ces PV, où sont consignées les infractions à la législation du travail et à la réglementation qui en découle (dont 6 018 contraventions et 3 57 délits), sont obligatoirement adressés à la juridiction compétente. C’est une stipulation de l’article 539 du code du travail. Qui peut dire aujourd’hui le sort réservé à ces PV ? Et cette interrogation, à vrai dire, se pose depuis longtemps dans le monde du travail. A telle enseigne d’ailleurs que lors de l’Accord du dialogue social du 26 avril 2011, cette préoccupation concernant les PV dressés par les inspecteurs du travail avait été évoquée et un engagement du gouvernement d’activer les dossiers en instance d’examen par les tribunaux devait être formalisé par une circulaire du ministère de l’emploi. Rien de concret ne semble avoir été accompli sur ce plan, à en croire nombre d’inspecteurs du travail, dont certains ne cachent pas leur dépit face à ce qu’il est convenu d’appeler «une démonétisation» des procès-verbaux dressés par les inspecteurs du travail. Dans cette affaire, c’est le pot de terre contre le pot de fer, indique l’un d’entre eux.

Au Maroc, il y a déjà, dit-on, assez de jours fériés (une quinzaine en 2015) ; faudrait-il en rajouter avec les grèves, dont certaines et peut-être beaucoup auraient pu être évitées.

Il est bien vrai que chaque année un nombre extrêmement élevé de grèves sont désamorcées à temps: 1 460 en 2014, 1 232 en 2013, 972 en 2012, 930 en 2011. Malgré tout, avec 17 jours de travail perdus en 2015 pour cause de grèves, deux semaines de jours fériés, les vacances de toutes sortes, les petites combines des tire-au-flanc…, le temps de travail effectif est passablement réduit. Ce n’est pas une raison pour les travailleurs de renoncer à leurs droits. D’où la nécessité d’un mécanisme permanent de dialogue social et d’un renforcement du rôle des syndicats dans l’entreprise.

GRAPH-ECO

Le gros des grèves déclenchées, soit près d’un tiers (29%), ont eu lieu dans la région Casablanca-Settat. La Région Rabat-Kénitra vient en deuxième position avec 19% des grèves déclenchées en 2015, et Sous-Massa à la troisième place avec 11%. Dans le détail, et par délégation régionale de l’emploi, c’est à Sidi Bernoussi-Zénata (20 grèves) et à Hay Mohammadi (15) où l’on a enregistré le plus grand nombre d’arrêts de travail pour la région de Casablanca-Settat en 2015. Suivent la délégation de Marrakech avec 13 grèves, celle de Kénitra avec 12 grèves, puis celles d’Agadir et de Oujda avec 11 grèves chacune. Les entreprises employant entre 101 et 250 personnes sont celles où a lieu le plus grand nombre de grèves déclenchées: 67 grèves (25%). Viennent en deuxième position les entreprises employant 26 à 50 salariés avec 55 grèves (21%), et, en troisième lieu, les entreprises de 51 à 100 salariés avec 52 grèves (20%).

Sur les 265 grèves déclenchées, 8 ont toujours cours au moment où les services du ministère de l’emploi ont établi leur rapport sur les conflits collectifs en 2015. Ces grèves mobilisent 1 272 salariés sur les 2 472 que comptes les établissements concernés, soit un taux de participation de 51,45%.

» Source de l'article: lavieeco

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