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Le maquis de la tarification des soins dentaires

24.07.2016 - 14:17
Le maquis de la tarification des soins dentaires
21 juillet 2016
Aziza belouas (1299 articles)
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Le maquis de la tarification des soins dentaires

Le coût des prestations dentaires, en particulier les prothèses, diffère d’un cabinet à l’autre. Outre les matériaux et les produits utilisés, le savoir-faire et les charges du praticien déterminent les tarifs. Jusqu’à 22 000 DH pour poser un seul implant, presque 10 fois le Smig.

Difficile de s’y retrouver! Les tarifs des prestations dentaires varient d’un cabinet à l’autre et peuvent aller du simple au double, voire au triple. Comment expliquer cette situation qui, souvent, empêche nombre de citoyens de bénéficier de soins dentaires? Selon Mohamed Jerrar, président du Conseil national de l’ordre des médecins dentistes, «les actes dentaires sont moins cher en comparaison avec d’autres pays au niveau de développement similaire. La tarification nationale de référence est la base pour tous les actes dentaires notamment les plus servis. Mais, ces tarifs restent faibles et l’Ordre nationale en revendique la révision à la hausse et l’application du tiers-payant avec les organismes gestionnaires afin de faciliter l’accès aux soins». Le ton est donné. Les tarifs de référence sont faibles et ne correspondent pas du tout à la réalité du coût des actes dentaires. Le tarif du «D», lettre clé de l’acte dentaire, est fixé à 17,50 DH pour les soins dentaires. Pour un médecin dentiste à Casablanca, qui a opté pour l’anonymat, «la tarification de référence pour le remboursement est symbolique et ne correspond à rien ! Il faut se rendre à l’évidence que les soins ont un coût pour le praticien et il est normal qu’il le facture !».

Reste que les tarifs pratiqués sur le terrain donnent le vertige. Une extraction peut être facturée 400 à 600 DH ou même 1 000 DH dans une clinique dentaire… Pour les soins des caries, il faut 600 à 800 DH. Et pour les autres prestations, comme les couronnes et les implants, certaines associations des consommateurs parlent d’«anarchie tarifaire». Sans faire de commentaire sur ce constat, le président de l’ordre national explique que «la réalisation des couronnes demande une étude approfondie avec les prothésistes qualifiés. Donc les tarifs peuvent varier selon le cas clinique, les matériaux, les produits et la technologie utilisés pour réaliser la pièce demandée. Le savoir-faire et la notoriété du médecin dentiste et du prothésiste comptent aussi». En ce qui concerne l’implantologie, Mohamed Jerrar explique que «le prix des différents dispositifs médicaux varie en fonction de la marque et du nom du fabricant, sans compter que certains cas cliniques nécessitent parfois des interventions chirurgicales souvent lourdes pour préparer le site d’implantation». Il précise que «l’implantologie nécessite une technologie sophistiquée».

Le coût de revient d’une couronne va de 400 à 1 300 DH

Malgré tout, la différence de prix est-elle réellement justifiée par la technologie et la qualité des produits et matériaux ?

Auprès des laboratoires prothésistes, on apprend que le coût de revient d’une couronne, facturée 3 000 à 6000DH au patient, se situe dans une fourchette comprise entre 400 DH pour la pièce en céramo-métallique et 1300 DH pour celle faite en zircone. Bien sûr, dit-on au niveau des prothésistes, «il faut, au coût de revient, ajouter la rémunération du travail du dentiste».

Pour les implants, le coût peut aller de 11 000 à 13000 DH en fonction de la technologie. Les prothésistes tiennent à préciser que les implants sont importés et seule la couronne est réalisée localement par les laboratoires. Et une fois encore, il faut ajouter la rémunération du médecin dentiste, ce qui peut faire monter le coût de l’implant à 20 000 ou même 22 000 DH en fonction des cabinets. Les marges réalisées sont-elles raisonnables ?

Selon un médecin dentiste de Casablanca, «les tarifs sont justifiés car il ne faut pas oublier qu’au-delà des matériaux et des produits, il y a le doigté du médecin. Et c’est ce qui compte le plus!». Le savoir-faire du praticien est donc une composante de cette variation des prix. Mais pas seulement puisque, affirme le président de l’ordre national, «l’acte dentaire a un coût et nécessite des frais qui varient en fonction des charges supportées par le médecin dentiste pour bien servir sa patientèle. Ces charges diffèrent selon l’emplacement du cabinet, l’investissement effectué pour l’infrastructure et l’équipement, le nombre d’employés et la nature des dispositifs et produits utilisés».

Près du tiers des personnes âgées de 65 à 74 ans n’ont pas de dents naturelles

Quelles que soient les justifications, les patients, même ceux qui bénéficient d’une assurance santé, jugent ces tarifs excessifs. Et ils n’ont pas tort. Les prises en charge dentaires varient en fonction des conventions qui fixent généralement des plafonds annuels entre 3000 et 6 000 DH. Ceci bien entendu pour les prothèses dentaires. Alors que pour les soins, les remboursements se font, au maximum, à hauteur de 85%. Pour les assurés de l’AMO, le remboursement est de 70% pour la CNSS et de 80% pour la CNOPS. Le plafond pour les prothèses dentaires est fixé à 3000 DH pour deux ans. Et contrairement aux assureurs privés, l’AMO ne prend pas en charge les renouvellements de prothèses, les actes d’esthétiques dentaires et de paradontologie notamment l’implantologie.

Le coût du dentaire et la faiblesse de la prise en charge expliquent, selon l’instance ordinale, le niveau de la dépense moyenne annuelle de santé bucco-dentaire. Elle est de 16,47 DH par personne en milieu urbain. Ce qui est très insuffisant lorsque l’on apprend, selon une étude réalisée par le ministère de la santé, que les besoins bucco-dentaires sont importants. L’étude révèle que la prévalence de la carie est de 81,8% à 12 ans et de 91,8% chez les adultes à 35-44 ans. La prévalence des parodontologies (les maladies de la gencive et de l’os entourant la dent) est de 42,2% à 12 ans et de 79,2% à 34-44 ans. Selon cette même étude, 30% des personnes âgées de 65 à 74 ans n’ont pas de dents naturelles. Les 5 000 médecins dentistes du pays, dont 90% exercent dans le secteur privé, ne doivent donc pas chômer. Avec l’objectif d’atteindre un dentiste pour 5 000 habitants en 2025 contre un pour 7 000 actuellement, les prix pourraient peut-être devenir, hausse de l’offre de soins et concurrence aidant, un peu moins salés. A moins que le projet de nouvelle tarification nationale de référence ne vienne remettre de l’ordre dans les relations patients-médecins. En attendant, prenez soin de vos dents !

» Source de l'article: lavieeco

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