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Economie

Les PME marocaines peinent à investir en Afrique

15.02.2017 - 15:03

90% des investissements marocains en Afrique sont réalisés par de grands groupes. Moins de 150 PME ont franchi le pas. Manque d’information, absence d’une démarche de prospection structurée, faible compétitivité, problèmes de financement…, plusieurs freins limitent leur expansion dans le continent.

90% des investissements marocains en Afrique sont réalisés par de grands groupes. Moins de 150 PME ont franchi le pas. Manque d’information, absence d’une démarche de prospection structurée, faible compétitivité, problèmes de financement…, plusieurs freins limitent leur expansion dans le continent.

Les entreprises marocaines avancent leurs pions en Afrique mais les réalisations restent largement en deçà du potentiel. Selon les données les plus récentes de l’Office des changes, les investissements directs marocains à l’étranger se sont établis à 6,1 milliards de DH à fin novembre 2016, en baisse de 1,2% par rapport à la même période en 2015. En l’absence de chiffres définitifs ventilés par région, les spécialistes estiment que plus de 70% de ce flux est allé à l’Afrique (la moyenne observée sur les cinq dernières années), soit 4,3 milliards de DH. Comparé aux flux des IDE marocains destinés au continent en 2015, le volume est en retrait de 28%. Toutefois, il faut noter que 2015 a été une année faste au cours de laquelle les investissements dans le continent ont dépassé 6 milliards DH. Cette hausse est tirée par une opération exceptionnelle: l’acquisition par Maroc Telecom des participations dans 6 filiales africaines de sa nouvelle maison-mère Etisalat pour un montant global de 474 millions d’euros, soit 5,1 milliards DH. «Ces flux fluctuent d’une année à l’autre selon les opportunités d’investissement qui s’offrent et leur pertinence économique», commente une source proche de l’Asmex.

Sur la période 2010-2015, après une tendance haussière enregistrée entre 2008 et 2010, une baisse de régime a été remarquée, avec pas plus de 788 MDH en 2011, 1,6 milliard de DH en 2012 et 1,4 milliard de DH en 2014. Abdou Souléye Diop, président de la commission Afrique de la CGEM, précise toutefois qu’une bonne partie de la présence marocaine en Afrique n’apparaît pas dans ces chiffres, notamment les structures qui ont une activité servicielle et qui se développent d’une manière très soutenue.

Quoi qu’il en soit, force est de constater, comme le soulignent les experts du think-tank OCP Policy center, que l’évolution des investissements directs étrangers du Maroc à destination de l’Afrique (principale zone d’accueil des investissements marocains dans le monde) montre une tendance à la progression, expliquée par la signature de nombreux accords de protection, de promotion réciproque et de non-double imposition, ainsi qu’à l’adoucissement de la réglementation des investissements. Le Royaume reste le deuxième investisseur africain dans le continent. En somme, les opérateurs marocains ont investi environ 18 milliards de DH en Afrique sur les six dernières années (2010-2016) dans les télécoms (38%), les banques (35%), l’immobilier et l’assurance (15%)…

La CGEM prépare une enquête détaillée sur la présence du Maroc dans le continent

Cette répartition sectorielle des investissements montre qu’environ 90% sont réalisés par de grands groupes. Ce qui fait dire aux banquiers présents en Afrique, responsables de l’Asmex et responsables de la commission Afrique de la CGEM que la taille continue de conditionner l’expansion des firmes marocaines sur le continent. D’après les estimations de la commission Afrique de la CGEM, pas plus de 150 PME y sont aujourd’hui présentes (toutes natures de présence juridique confondues). «Malgré tout ce qui se fait et se dit pour pousser à aller vers le marché africain, très porteur, nous avons jusqu’à aujourd’hui très peu de success stories de PME en Afrique», note la source de l’Asmex. Elle cite des enseignes marocaines de taille modeste qui, dans l’optique de se rapprocher de leurs marchés, se sont essayé à l’aventure africaine dont IB Maroc, Sothema, la Société marocaine du thé et infusions, le Comptoir d’ingénierie marocain, M2M, S2M, Stroc Indutries… «Plusieurs de ces structures sont parties à travers une démarche personnelle et une initiative unilatérale, quand d’autres tels que les prestataires de l’ONEE et de l’OCP ont suivi leur principal client parti sur le continent», souligne M. Diop.

Le patron d’une PME présente en Afrique met le doigt sur une partie du mal ! Selon lui, ceci montre qu’il n’existe pas encore de démarches structurées, d’outils scientifiques et de moyens mutuels mis à la disposition des PME pour s’attaquer à l’Afrique. Le membre de l’Asmex se désole que plusieurs initiatives de prospection ont eu lieu mais sans qu’il y ait un suivi et des mesures d’impact (taux de concrétisation).

Les consortiums pour gagner en compétitivité

Plus interpellant pour lui, «il n’y a pas à ce jour de diagnostic détaillé sur l’état des lieux qui peut éclairer voire inspirer les entreprises marocaines pour franchir le pas», regrette-t-il. M. Diop reconnaît cette carence et annonce qu’une grande enquête détaillée est en cours de préparation à la CGEM. Objectif : faire le point sur la présence des opérateurs dans le continent, surtout les petites structures. Il ajoute qu’un guide d’approche est également en chantier. «Les deux chantiers devront être finalisés d’ici juin», informe M. Diop.

En attendant, les PME restent freinées par plusieurs facteurs. A commencer par la compétitivité sur le marché local. «Comment une entreprise qui n’arrive pas à être compétitive au Maroc peut-elle l’être à l’étranger ?», se demande un banquier. Notre source à l’Asmex rappelle que cette notion est de plus en plus décisive, étant donné la ruée des Turcs, des Indiens et des Chinois sur le continent. «Plusieurs firmes concurrentes arrivent avec des subventions de leurs pays et des solutions de financement déjà négociées», ajoute le banquier. Pour les PME marocaines, le financement du cycle d’exploitation pose encore problème. Les banques sur place ne peuvent pas toujours les accompagner, surtout avec la montée des difficultés de paiement dans plusieurs pays africains. M. Diop relève, toutefois, que les marchés financés par des bailleurs de fonds internationaux et des Etats crédibles n’accusent aucun retard particulier dans les règlements. «C’est pourquoi il est très important de choisir avec qui travailler», conseille-t-il.

A ces freins s’ajoutent les contraintes logistiques très lourdes pour desservir ces pays. Surtout que plusieurs transporteurs fonctionnent par volume. Souvent, les PME ne remplissent pas le volume minimum pour faire un envoi. «Ceci n’est pas uniquement vrai pour la logistique, c’est une problématique de taille critique des PME pour aller à l’international. Malheureusement, la majorité ne l’a pas», explique un consultant en commerce international. A ce titre, tous les spécialistes sondés s’accordent à dire que le seul moyen à même de renforcer l’expansion des PME marocaines en Afrique est le regroupement pour réduire les coûts globaux. «Il est indispensable pour les PME d’aller à travers une approche consortium et une démarche collective pour mutualiser et partager les moyens industriels et commerciaux», avance le président de la commission Afrique de la CGEM.

» Source de l'article: lavieeco

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