Les actuaires devront prendre de l’envergue dans les entreprises, notamment de l’assurance et de réassurance. Cette certitude a été exprimée par les participants au 5ème Congrès Actuariel Africain qui a été organisé les 15 et 16 de ce mois de mars par l’Association Actuarielle Internationale en collaboration avec l’Association Marocaine des Actuaires. Il en est ainsi surtout de Hassan Boubrik, président de l'Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS). « J’en suis sûr, les actuaires pourront occuper une position de choix au sein de l’entreprise d’assurances et de réassurance au Maroc. Ils ne seront plus cantonnés simplement à faire des calculs quantitatifs au sein de la direction actuariat ou de la direction des risques », a-t-il estimé, précisant qu’ils devront aller bien au-delà,  portant la culture du risque à tous les niveaux de l’entreprise avec une vision qualitative d’ensemble ».

Cette mutation de la fonction actuarielle sera favorisée par une nouvelle règlementation prudentielle « Solvabilité Basée sur les Risques », qui est en cours de discussion avec le secteur, révèle le patron de l’Acaps. Cette réforme, explique-t-il, renforcera la culture du risque dans tous les pans de l’activité d’assurance et va changer profondément l’approche de contrôle des entreprises d’assurances et de réassurance.

Le volet quantitatif de cette réforme, considérée par Hassan Boubrik comme un « un réel défi tant pour les assureurs que pour le régulateur », remplace les règles actuellement en vigueur par de nouvelles qui « tiennent mieux compte de l’ensemble des risques auxquels une entreprise d’assurances est exposée, qui privilégient des valorisations en valeur économique et qui mettent les exigences de capital à des niveaux tenant compte de l’activité et des risques réels pris ». Ces règles, explique-t-il, imposent aux compagnies d’assurance de disposer de plus d’expertise pour calculer leur bilan prudentiel, leurs niveaux de risques, les capitaux exigés en conséquence ainsi que les capitaux constitués. Ces calculs, note-t-il, doivent être documentés et justifiés auprès de l’Acaps.

Au niveau qualitatif, ce projet de circulaire introduit des « exigences poussées » en termes de qualité des données auxquelles les assureurs devront se conformer, indique le président de l’Acaps. Ce volet prévoit également une évaluation annuelle propre des risques et de la solvabilité (communément appelé ORSA-OwnRisk and Solvency Assessment) qui doit être complètement intégrée dans le processus décisionnel de l’entreprise, ajoute le même responsable. Ce qui remplacera le traditionnel  «rapport de solvabilité» qui est « devenu aujourd’hui un simple exercice routinier d’actualisation mécanique du rapport de l’année précédente », relève-t-il.

Cette réforme en projet promet encore mieux, selon le responsable de l’institution de régulation du secteur des assurances. Le pilier qualitatif introduit, en effet, l’exigence de mise en place de la fonction actuarielle au sein des entreprises d’assurances et de réassurance, explique-t-il, notant que celle-ci est identifiée comme clé et ce,  au même titre que les fonctions de gestion des risques, de conformité et d’audit interne. Il lui est ainsi donné une place élevée dans la hiérarchie et une indépendance, ajoute-t-il.

Cette fonction aura, entre autres, pour responsabilité de coordonner le calcul des provisions techniques, de garantir le caractère approprié des méthodologies, d’apprécier la suffisance et la qualité des données utilisées, d’émettre un avis sur la politique globale de souscription et sur l’adéquation des plans  de réassurance et enfin, de contribuer à la mise en œuvre effective du système de gestion des risques et en particulier de l’ORSA.

Elle devra également remettre un rapport à la direction générale ou au directoire où elle devra indiquer clairement toute défaillance et émettre des recommandations sur la manière d'y remédier.

Cet élargissement du périmètre de responsabilités oblige la fonction actuarielle, selon  Hassan Boubrik, non seulement à avoir des compétences techniques pointues mais également « la capacité de dialoguer avec l’Autorité de contrôle et avec les instances décisionnelles de l’entreprise, de porter un regard critique sur les résultats quantitatifs et d’en cerner la complexité avec un rendu compréhensible auprès des dirigeants ».

Par ailleurs, Hassan Boubrik insiste le rôle de l’essor de la digitalisation et du big data et leurs implications sur le monde des assurances que ce soit pour l’amélioration de la qualité de service, pour l’optimisation de la tarification ou pour la détection des fraudes. « Le bagage technique des actuaires sera sans nul doute une bonne base pour l’appropriation de ces nouveaux paradigmes », conclut-t-il.

Ce qui a été également souligné par le président de la Fédération marocaine des sociétés d'assurance et de réassurance (FMSAR). Mohamed Hassan Bensalah note, en effet, que les actuaires auront à se charger de l’analyse des masses énormes des données récupérées par les compagnies d’assurances des objets connectés.

Il insiste aussi sur la réglementation de la profession de l’actuariat et suggère à l’Association Marocaine des Actuaires de se doter d’un institut.