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Economie

Cahier scolaire : les industriels ne veulent plus du «made in Tunisie» sur le marché local

14.06.2018 - 21:02

Les droits appliqués pendant quatre mois aux importations de cahiers tunisiens sont de 51%. La demande du marché marocain est de 21 000 tonnes dont environ 30% sont satisfaits par les importations tunisiennes. En cas de retrait de la concurrence, les industriels pourront doubler leur production.

Les droits appliqués pendant quatre mois aux importations de cahiers tunisiens sont de 51%. La demande du marché marocain est de 21 000 tonnes dont environ 30% sont satisfaits par les importations tunisiennes. En cas de retrait de la concurrence, les industriels pourront doubler leur production.

Les producteurs nationaux de cahiers scolaires continuent de dénoncer vigoureusement le «dumping» des importateurs tunisiens qui contrôlent 30% du marché – qui totalise 21000 tonnes- contre 65% pour eux et 5% pour d’autres pays). Une requête a été déposée en ce sens, en 2017, auprès du ministère de l’industrie, du commerce et des nouvelles technologies. L’enquête est toujours en cours. En attendant, un droit antidumping provisoire (51%) sur les importations de cahiers tunisiens a été instauré. Et ce, pour une période de 4 mois, depuis le 11 mai 2018. Les industriels espèrent que cette mesure sera définitive. «Ce droit bloquera carrément les importations de cahiers tunisiens. Mais en tout cas, l’année 2018 est sauvée. L’essentiel des importations a été réalisé en début d’année», assure Slim Kadashi, directeur général d’Ofisco, société d’importation des cahiers made in Tunisie. A noter que les importations tunisiennes n’étaient, jusque-là, pas soumises aux droits de douane car bénéficiant des dispositions de l’accord d’Agadir. La Tunisie reste le seul concurrent de taille des industriels marocains et ce, grâce aux cahiers de 60 g qui répondent à la demande locale. Les Européens produisent des cahiers haut de gamme avec un grammage qui dépasse 70 g.

Des importations stables depuis six ans

«La capacité de production à plein régime des industriels marocains est située entre 23000 et 25 000 tonnes. Si les Tunisiens se retirent, on pourrait largement répondre à la demande», explique Nabil Tber, PDG d’Imprimerie moderne, qui a investi 70 MDH dans l’outil de production de cahiers grâce à un accompagnement de l’ANPME, il y a deux ans. A noter qu’Imprimerie moderne (le cahier scolaire n’étant pas son produit phare) n’a pas déposé de plainte antidumping, contrairement à Mapaf ou Promograph.

Les importateurs rejettent toute idée de dumping. Le cahier tunisien mis en cause, car subventionné par l’Etat, n’est pas exporté. «Il est fabriqué à partir d’un papier filigrané et ne concerne que quatre numéros spécifiques dédiés exclusivement au marché local», explique Slim Kaddashi qui assure que les importations de cahiers tunisiens sont restées stables entre 2011 et 2017, même si le marché du cahier scolaire évolue de 7 à 8% chaque année.
Les fabricants marocains disent craindre la fermeture de leurs usines et avec, la disparition du cahier made in Morrocco. «Jusqu’à aujourd’hui, nous produisons à perte. Le retrait des Tunisiens nous permettra d’améliorer notre rentabilité et notre chiffre d’affaires et ainsi reprendre les parts de marché qui sont censées être les nôtres. Deux producteurs nationaux sont à l’agonie, sans compter ceux qui ont fermé», regrette Jalil Bendane, DG de Mapaf, producteur de cahiers scolaires (qui représentent 40% du chiffre d’affaires) et importateur de fournitures scolaires.
Les industriels marocains auraient-ils l’intention de favoriser l’entre-soi ? «Cela créera à terme une pénurie du cahier dans le marché et une hausse des prix. Les producteurs nationaux ont déjà avisé leurs clients d’une nette augmentation du prix de vente. Pour notre part, nous sommes engagés à défendre notre part de marché de 30%. La concurrence permet d’avoir un prix intéressant pour une bonne qualité», réplique
M. Kadashi.

Peu d’exportations

En réalité, la hausse des prix est inévitable en cas de retrait des Tunisiens. Et pour cause, le coût de production du cahier marocain sera plus élevé car les importations de matières premières sont réglementées au Maroc. Et ce, depuis l’arrêt total de l’usine de fabrication de papier Med Paper. En 2017, le contingent de papier exonéré de droits de douane était de 11 750 tonnes pour tous les industriels. En 2018, il est de 13 500 tonnes. Toute importation supplémentaire sera soumise à un droit de douane de 22,5%. «Mais ce droit ne sera pas répercuté totalement sur le coût de la matière première. Vu que la partie exonérée est majoritaire, une hausse de seulement 8% du coût de la matière première est prévue», déclare Lahcen Oulhiane, gérant de Promograph. «Le cahier scolaire était plus cher il y a 10 ans. Aujourd’hui, notre marge est de 4% sur le cahier. Augmenter le volume de production nous permettra de gagner en économies d’échelle et d’améliorer notre rentabilité», ajoute cet industriel qui promet d’augmenter son effectif de 25% en cas d’arrêt des importations de Tunisie.

Alors pourquoi ne pas chercher à exporter ? Les opportunités sont réduites. Le marché africain, un débouché plus proche, est déjà inondé par les cahiers indonésiens et chinois (des pays ayant la matière première disponible) et seulement quelques opérations sont réalisées sur l’Algérie, en plus de la sous-traitance des cahiers de marque Maped (France) réalisée Mapaf.

A elle seule, Sotefi, leader du marché tunisien avec 65% de part de marché, réalise une production annuelle de 15 000 tonnes. Ce qui dépasse la capacité actuelle de tous les industriels marocains réunis (13 000 tonnes). Elle produit également des fournitures scolaires au même titre que Sitpec, l’autre usine tunisienne accusée par les plaignants (l’exportation représente 40% de son chiffre d’affaires). Pour Slim Kadashi, les Tunisiens ont investi massivement pour développer la production de cahiers et de fournitures scolaires et ainsi gagner en compétitivité. A titre d’exemple, Sotefi exporte vers plus de 37 pays, dont 5 européens.

» Source de l'article: lavieeco

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