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Economie

22 milliards de DH de prêts à venir

21.03.2019 - 23:00
Le Maroc va lever 22 milliards de DH sur le marché international. Cette sortie sera effectuée en deux phases, l’une portant sur 11 MMDH en 2019 et l’autre en 2020, a annoncé dernièrement Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib. Une levée qui n’a rien d’anormal mais qui suscite, pourtant, des interrogations sur sa logique pour un pays surendetté qui vient de déclarer l’échec de son modèle de développement.
« Le Maroc recourt souvent à des levées de fonds auprès des places financières internationales et auprès des bailleurs de fonds pour des montants qui ne dépassent pas le 1 million de dollars ou d’euros. L’objectif est de couvrir les sorties des profits ou capitaux des multinationales libellées en devises afin de ne pas impacter les réserves de Bank Al-Maghrib », nous a indiqué Hicham Attouch, professeur d’économie à la FSJES Souissi de Rabat. Et de préciser que lesdites réserves se jaugent à l’aune du nombre de mois qu’elles peuvent couvrir ; lesquels doivent atteindre 7 à 8 mois en moyenne. « En deçà de ce seuil, le pays se trouve en zone de risque », a-t-il affirmé.
Pour notre source, si ces crédits à l’international sont destinés à éviter les effets pervers sur les réserves en devises, il n’en demeure pas moins que ces sorties du Trésor impactent gravement l’avenir du pays puisqu’elles constituent une dette que les générations à venir doivent rembourser. « Ces crédits nous permettent aujourd’hui de sortir la tête de l’eau mais pas pour longtemps puisque l’eau continue à monter et nous risquons de nous noyer à l’avenir », nous a-t-elle expliqué. Et de poursuivre : « En fait, l’impact est latent. A court terme, la machine semble fonctionner à merveille et le calcul des données relatives aux équilibres macroéconomiques semble également positif à la fin de l’année, mais la réalité est autre ».
Hicham Attouch estime à ce propos que le débat sur l’endettement public (Trésor et établissements publics) est occulté au Maroc alors que le pays est très endetté. « Auparavant, c’est le taux de l’endettement intérieur qui était élevé, mais depuis cinq ans, c’est celui de la dette extérieure qui prend l’ascenseur.  L’Etat a justifié cet endettement par la hausse du volume des investissements consentis (projet structurants) », nous a-t-il déclaré. Et d’ajouter : « Le hic, c’est que les levées du Trésor opérées aujourd’hui ne concernent pas les investissements mais plutôt le fonctionnement. En d’autres termes, nous sommes face à des crédits court-termistes qui ne rapportent rien et qui ne sont pas à même de couvrir nos dettes ».
Selon des chiffres émanant de la Direction du Trésor et des finances extérieures concernant la dette du Trésor, celle-ci a atteint 715,3 milliards de DH à fin septembre 2018, en hausse de 4,6% par rapport à la même période de 2017. Ce montant a représenté 67,3% du PIB en 2017. Concernant la dette des entreprises et des établissements publics, elle s’est élevée à fin juin 2018 à 178 milliards de DH dans sa composante extérieure (qui représente l’essentiel sachant que la dette intérieure garantie des EEP s’élève à un peu plus de 20 milliards de DH), alors que la dette publique s’élève à plus de 890 milliards de DH, soit 84% du PIB.
Quant à la dette intérieure, elle a atteint les 549 milliards de DH, soit une hausse de 5,6% par rapport à son niveau à fin décembre 2017. Ce montant est le résultat du recours du Trésor au marché des adjudications pour un montant net de 29,5 milliards de DH, résultant des souscriptions pour 115,1 milliards de DH, et des remboursements pour 85,6 milliards de DH. Et ce contre un encours d’un montant net de 26,7 milliards de DH un an auparavant, résultant des souscriptions pour 110,7 milliards de DH et des remboursements s’élevant à 84 milliards de DH.
D’après notre source, l’endettement est devenu un fléau et le recours au crédit se fait à outrance et de manière irréfléchie alors qu’il y a des seuils à ne pas franchir au niveau international. «La dette publique cumulée dépasse les 90% du PIB alors que le seuil normal est de 60%, sachant que ces chiffres ne concernent que la dette publique et n’évoquent pas les crédits à l’économie (entreprises et ménages) alors que ces deux endettements dévorent les richesses créées par le Maroc. «La question « où va le Maroc ? » est aujourd’hui des plus légitimes, d’autant plus que le projet de développement marocain a atteint ses limites et que si les investissements n’arrivent pas à créer de la richesse, on ira directement vers le mur », a-t-il conclu.
» Source de l'article: liberation

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