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International

Diplomatie. Un roi en terre africaine

27.02.2014 - 11:24

Diplomatie. Mohammed VI multiplie les voyages en Afrique au point d’incarner 
l’action marocaine sur le continent.

Religion. Les relations religieuses séculaires entre le royaume et une partie du continent sont mises à profit pour affirmer la présence du Maroc.

Intérêts. La popularité du monarque se concrétise par une coopération économique qui sert la cause marocaine dans le dossier du Sahara.

« La visite de Mohammed VI en Guinée suscite un engouement incroyable. Dans la rue ou au restaurant, tout le monde en parle. Et je sais que du côté de la présidence, on attend beaucoup de cette visite à laquelle on se prépare activement », confie Mohamed Salifou Keita, journaliste pour le quotidien local 3p-plus. Le roi doit en effet effectuer prochainement son premier voyage en Guinée Conakry, où il est particulièrement apprécié pour son implication dans le conflit malien. Mohammed VI a même fait la Une du site de 3p-plus pendant plusieurs jours pour avoir reçu à Marrakech Bilal Ag Cherif, secrétaire général du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), organisation politique et militaire pour l’indépendance du Nord-Mali. Le 31 janvier, le monarque et le leader touareg ont accompli ensemble la prière du vendredi en compagnie du ministre des Habous, Ahmed Toufiq, et du directeur général de la DGED, Yassine Mansouri. Bilal Ag Cherif et Moussa Ag Taher, porte-parole du MNLA, ont ensuite été invités au palais. Cette rencontre coïncidait avec le jour de clôture du sommet de l’Union Africaine à Addis-Abeba, organisation que le Maroc a quittée en 1984, devenant ainsi le seul pays du continent à ne pas y adhérer. Ce faisant, le monarque envoie un message fort : Union Africaine ou pas, c’est bien au Maroc que s’esquisse une médiation du conflit malien.

Opération Mali

« Jusqu’à 2012, les relations entre le Maroc et le Mali étaient anodines, mais aujourd’hui le rapprochement saute aux yeux. Et la réception de délégués du MNLA prouve que le Maroc tient à occuper la première place dans la résolution du conflit malien », commente le journaliste malien Intagrist El Ansari. Selon un habitué des chancelleries, l’implication du royaume dans le conflit au Mali a porté ses fruits : « Le Maroc a commencé par jouer un rôle secondaire. Puis, l’engagement personnel du roi et une communication favorable lui ont permis de se distinguer et de devenir un acteur du règlement de la question malienne ». Quand la France annonce le lancement de l’opération militaire « Serval » pour aider les autorités maliennes à reprendre le contrôle du nord du pays, le 11 janvier 2013, Rabat ne tarde pas à faire connaître sa position. Quelques jours plus tard, après une entrevue entre Mohammed VI et François Hollande, le Maroc fait savoir qu’il soutient sans réserves l’intervention française et qu’il autorise les avions militaires à survoler son territoire. Le 17 septembre, un hôpital militaire de campagne marocain est déployé à Bamako sur instruction royale, afin de jouer sur la fibre humanitaire. Deux jours après, Mohammed VI assiste à la cérémonie d’investiture du président Ibrahim Boubacar Keïta.

C’est la première fois que le monarque se déplace pour un tel événement, pour lequel il se fait d’habitude représenter. A la tribune du stade du 26 mars à Bamako, il prend la parole face à une vingtaine de chefs d’Etat et une foule de quelque 60 000 personnes. S’appuyant sur son statut de Commandeur des croyants, Mohammed VI prononce un discours, en français, où il insiste sur les domaines dans lesquels le Maroc peut faire la différence : la dimension cultuelle, la restructuration du champ religieux, la remise en état de manuscrits et la réhabilitation de mausolées. Sous les applaudissements, le roi annonce la formation de 500 imams maliens au Maroc dans les années à venir. L’étude du rite malékite, influent au Maroc comme au Mali, sera au centre de la formation. Le but : contrecarrer les positions extrémistes. Cette valorisation du malékisme, le Maroc l’a testée sur son propre terrain et peut se prévaloir de son savoir-faire en la matière. Non seulement l’annonce est célébrée par les médias français, africains et marocains, mais elle ne pourra que resserrer les liens déjà forts entre clergés marocain et malien. Dans l’euphorie, les imams maliens d’obédience hanbalite qui dénoncent une préférence pour le rite malékite passent inaperçus.

En décembre 2013, le site Maliweb rapporte qu’Ibrahim Boubacar Keïta s’est rendu au Sommet africain de Paris à bord d’un avion marocain, « mis à sa disposition par le roi Mohammed VI », précise le journaliste qui voit là une « bonne nouvelle pour le Trésor public malien ». L’opération Mali de Mohammed VI a réussi. Le monarque a positionné le Maroc comme un médiateur, damé le pion à l’Algérie et contenté les officiels français, toujours influents en Afrique francophone. Une action qui a eu ses retombées au sein de l’opinion publique malienne, si l’on en croit le journaliste Intagrist El Ansari : « Les gens ont tendance à apprécier l’arrivée du Maroc comme nouveau partenaire. Ce pays peut être un contrepoids à l’influence algérienne, très prégnante ».

» Source de l'article: telquel

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