Revue de presse des principaux journaux Marocains

LE MATIN

Prévention du suicide : «Sourire de Reda» tire la sonnette d’alarme

19.02.2014 - 09:32

Suicide. L’évocation de ce mot fait trembler plus d’un. Les conséquences, presque tout le monde les connait, mais il n’empêche que certains s’entêtent encore à mettre fin à leur vie, de manière volontaire. Un geste, plusieurs explications. C’est pour comprendre ces soubassements que l’association «Sourire de Reda» a organisé, jeudi dernier au théâtre du Studio des arts vivants à Casablanca, une table ronde sur le thème «Prévenir le suicide chez les jeunes : ce qu’il faut savoir pour agir». Des spécialistes de la santé et des acteurs associatifs ont essayé de décrypter les causes qui poussent souvent les jeunes à écourter délibérément leur existence. «Cette rencontre entre dans le cadre de la Semaine internationale de la prévention du suicide. Chaque année, l’association organise des événements pour sensibiliser davantage le grand public sur la problématique du suicide qui touche plusieurs jeunes au Maroc», a indiqué Meryem Bouzidi Laraki présidente de l’association «Sourire de Reda». D’après elle, l’acte du suicide renvoie à plusieurs causes. «Nous vivons dans une société de consommation du bonheur, où toute manifestation de mal-être est honteuse, interdite, déniée. La manifestation extrême de la souffrance qu’est le suicide raisonne en nous, car elle éveille des émotions qui n’ont pu être exprimées dans notre enfance et durant notre adolescence, voire dans notre vie d’adulte», constate-t-elle. Son analyse rejoint celle de Julien Franz Durant, psychologue clinicien à Casablanca qui affirme que le suicide d’un jeune peut résulter de réalités antérieures. Autrement dit, pour comprendre cet acte, il faut remonter dans son passé. À l’en croire, le suicide n’est pas inhérent aux conditions de vie précaires. «Le suicide n’est pas toujours lié à la pauvreté. On dénombre aussi des cas de suicide chez des personnes vivant dans les milieux aisés», remarque-t-il.
Communiquer avec son enfant pour connaitre ses préoccupations

De nos jours, le suicide touche plusieurs tranches d’âge, toutefois les adolescents représentent la couche la plus vulnérable. L’adolescence est à la fois une période charnière et risquée dans la vie de l’individu. D’après Nawal Idrissi Khamlichi, pédopsychiatre au Centre hospitalier universitaire (CHU) Ibn Rochd de Casablanca, cette période se caractérise par des changements physiques et psychiques, qui risquent de déboucher sur des comportements graves s’ils ne sont pas bien gérés. Selon elle, les causes du suicide différent d’un jeune à l’autre. Afin de mieux prévenir ce phénomène, le CHU a mis en place un service qui accueille de nombreux jeunes en souffrance et qui peuvent dévoiler leurs maux à des spécialistes.
Par la suite, différentes méthodes sont mises en place pour assurer le suivi et les empêcher de passer à l’acte. Les parents ont un rôle primordial dans la prévention du suicide. C’est l’avis des deux spécialistes. Ils doivent communiquer davantage avec leurs enfants pour comprendre leurs préoccupations, leurs désirs. Ils doivent éviter la confrontation et le snobisme à leur égard.
La réalité est là, mais les statistiques manquent

Les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur le suicide sont très alarmantes. Selon l’organisme onusien, le suicide fait un million de morts par an dans le monde, soit plus que les victimes de guerres et d’homicides. Plus grave encore, chaque jour, 20 millions d’individus tentent de mettre fin à leur vie. C’est la principale cause de mortalité chez les jeunes dans le monde après les accidents de la route. Les jeunes ont les plus touchés par ce phénomène. «Traditionnellement, le taux de suicide était le plus élevé chez les personnes âgées, maintenant le taux chez les jeunes est en progression constante, à tel point qu’aujourd’hui c’est le groupe avec le plus haut risque tant dans les pays développés qu’en voie de développement», observe l’OMS. Au Maroc, on est conscient de la réalité de cette problématique, mais l’on ne saurait jauger son ampleur, faute de statistiques officielles. Une étude a été menée en 2007 par le ministère de la Santé et CHU Ibn Rochd, pour lever un coin du voile, sur un échantillon réduit de 5 600 personnes. Les résultats de cette enquête démontrent que 16% des Marocains ont des tendances suicidaires, à cause des difficultés économiques et sociales, ainsi que les déceptions. Les femmes (21%) sont plus exposées que les hommes (12%). De même, l’étude révèle que les célibataires, les couples qui n’ont pas eu des enfants, et les personnes souffrant de troubles psychiques représentent les catégories à risques. Les enquêteurs se sont penchés aussi sur les méthodes utilisées par les jeunes filles pour fin à leur vie : elles avalent des médicaments tels que les barbituriques après un chagrin d’amour, une grossesse non désirée, ou une dispute familiale.

«Sourire de Reda», un conseil contre le suicide

L’association «Sourire de Reda» a vu le jour en 2009, après le suicide d’un adolescent du même nom. Son objectif est de venir en aide aux jeunes en souffrance et qui auraient des intentions suicidaires. Pour ce faire, elle a mis en place le site stopsilence.org, le premier espace d’écoute anonyme pour les jeunes au Maroc et en Afrique. «Stop Silence» a pour mission d’accueillir la parole du jeune appelant et de reconnaitre sa souffrance pour lui permettre de retrouver sa propre initiative. L’écoute est assurée par des bénévoles. L’écoutant est sélectionné pour ses aptitudes d’écoute, son sens de la responsabilité, ses capacités de remise en question personnelle et de travail en équipe», indique l’association. Toujours dans ce volet sensibilisation «Sourire de Reda» participe au vingtième Salon international de l’édition et du livre (SIEL) de Casablanca en animant un atelier sur la prévention du suicide, en partenariat avec le Conseil national des droits de l’Homme et l’Observatoire national des droits de l’enfant. Elle prévoit également de publier prochainement les résultats du sondage «Aide-nous à mieux te connaître pour mieux t’aider», une étude anonyme nationale sur la nature de la souffrance des jeunes réalisée au cours de ce mois de février.

» Source de l'article: lematin

Autres articles

newsletter

Articles Populaires

Désolé. Pas assez de données pour afficher des publications.