Revue de presse des principaux journaux Marocains

LE MATIN

La stratégie africaine du Maroc s’appuie sur les vertus de la coopération Sud-Sud et sur l’impératif du développement humain

04.04.2014 - 14:49

Sa Majesté le Roi Mohammed VI a adressé un discours aux participants au quatrième sommet Afrique-Union européenne, qui se tient mercredi et jeudi à Bruxelles. Ci-après, le texte intégral du discours royal dont lecture a été donnée par le ministre des Affaires étrangères et de la coopération, Salaheddine Mezouar.
Texte intégral du discours adressé par S.M. le Roi au 4e sommet Afrique-Union européenne à Bruxelles

«Louange à Dieu. Prière et salut sur le Prophète, Sa famille et Ses compagnons, Monsieur Herman Van Rompuy, Président du Conseil européen, Monsieur José Manuel Durao Barroso, Président de la Commission européenne, Mesdames et Messieurs les Chefs d’État et de gouvernement, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Il M’est particulièrement agréable de M’adresser à ce quatrième Sommet Afrique-Union européenne, qui se tient à l’invitation de Monsieur le Président du Conseil européen et de Monsieur le Président de la Commission européenne, auxquels J’adresse Mes remerciements les plus chaleureux pour l’organisation de ce grand rendez-vous bicontinental. Je formule le vœu que les conclusions qui découleront de cette importante rencontre feront avancer, davantage, le partenariat afro-européen au service de la stabilité, de la sécurité et de la prospérité au sein des deux continents.

Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Notre quatrième Sommet intervient dans un contexte politique et économique délicat et particulier. Cette conjoncture nous impose de mener une réflexion profonde, à même de tracer, à nos populations respectives, les contours d’un avenir meilleur, répondant à leurs ambitions et aspirations légitimes. Ce quatrième Sommet offre une précieuse occasion pour évaluer les avancées jusque-là réalisées et définir un nouveau cap à la coopération afro-européenne, à la lumière des nouveaux enjeux régionaux et mondiaux.
Cet effort de recadrage devrait, en particulier, veiller à une meilleure valorisation des atouts de notre forum et à une optimisation de ses mécanismes opérationnels pour une meilleure appropriation de l’exercice par nos peuples qui en apprécieront alors les retombées concrètes. Ce faisant, nous serons en mesure de jeter les fondements du “pacte pour l’avenir” afro-européen que le Royaume a appelé de tous ses vœux lors de la troisième édition de notre Sommet à Tripoli, en 2010.

Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs,
L’Afrique s’affranchit définitivement de son passé et se tourne résolument vers son avenir, en faisant davantage confiance à elle-même. Comme Je l’ai récemment rappelé à Abidjan, l’Afrique doit compter d’abord sur ses multiples atouts, son riche potentiel et ses propres ressources. C’est le sens que J’ai voulu donner, depuis Mon accession au Trône, à la stratégie africaine du Royaume.
Cette stratégie s’appuie sur les vertus de la coopération Sud-Sud et sur l’impératif de développement humain. Elle se traduit par un élargissement significatif des domaines de coopération et des intérêts croisés avec la majorité des pays africains frères. Elle se distingue par l’échange d’expériences et d’expertise en matière de capacités institutionnelles, de gouvernance et de qualification économique, par le renforcement des programmes de formation, universitaire et professionnelle et par le développement de la présence bancaire marocaine. Enfin, cette stratégie s’illustre par une croissance significative des investissements publics et privés marocains en Afrique, synonymes de revalorisation locale, de modernisation de l’économie et de création d’emplois pérennes. À ce titre, notre Continent est, aujourd’hui, destinataire de plus de la moitié des flux d’investissements extérieurs nationaux, alors qu’ils s’élevaient à 17% à peine, dix ans plus tôt.
Au-delà des relations bilatérales, cette stratégie volontariste ambitionne également la réalisation conjointe de projets phares structurants à vocation régionale, voire continentale dans les domaines de l’accès à l’électricité et à l’eau potable, de promotion du commerce et de l’investissement, mais également de la sécurité alimentaire. À cet égard, le Maroc et le Gabon ont signé à Libreville, le 7 mars 2014, un Accord stratégique pour renforcer durablement la sécurité alimentaire, ouvert aux pays frères africains et aux partenaires européens.
Par ailleurs, le Royaume du Maroc ne cesse de plaider pour l’intégration régionale en Afrique, comme cadre pertinent d’une réponse efficace à chacune des crises spécifiques qui sévissent, ici ou là, en Afrique, mais aussi comme niveau approprié d’une exploitation des complémentarités, affinités et ressources particulières à chaque sous-région. À ce titre, le Maroc ne cesse d’appeler en faveur de l’émergence d’un nouvel ordre maghrébin qui permettra, aux cinq pays de la région, de réaliser leur dessein commun et de répondre aux aspirations légitimes des populations maghrébines en termes de démocratie, de libre circulation et de progrès pour tous.
Le Maroc joue également un rôle très actif, en tant que membre du CEN-SAD, dans la redynamisation de cette importante organisation qui prend une place centrale dans la gestion des questions sahélo-sahariennes. Notre pays aura l’honneur d’abriter, sur son sol, le prochain Sommet du CEN-SAD. Parallèlement, le Maroc poursuit son rapprochement vertueux avec plusieurs organisations régionales africaines telles que la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union économique et monétaire de l’Ouest africain (UEMOA), la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) ou encore, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Enfin, le Maroc abrite le siège de la prometteuse Conférence des États africains riverains de l’Atlantique.
Les multiples Visites, que J’effectue régulièrement auprès de Mes frères Chefs d’État africains, ciblent ainsi la proximité, l’entraide et la mutualisation des moyens et des efforts au service du citoyen africain.

Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs,
La promotion volontariste de la coopération intra-africaine et de l’intégration sous régionale sur notre continent n’excluent, en aucun cas, et tant s’en faut, l’approfondissement, en parallèle, des rapports mutuellement bénéfiques de l’Afrique avec ses multiples partenaires et, en particulier, avec l’Union européenne et ses États membres. Bien au contraire, les deux processus s’enrichissent l’un et l’autre et se complètent vigoureusement. En effet, l’ampleur des défis nous impose de nous engager, ensemble et avec énergie, sur la voie d’une coopération mutuellement avantageuse en vue de répondre utilement aux attentes spécifiques de chaque partie.
Dans ce processus, la sécurité et la stabilité constituent une priorité centrale. À cet égard, notre partenariat dans ce domaine est appelé, aujourd’hui plus que jamais, à s’insérer dans les différentes actions et stratégies adoptées au niveau sous-régional, régional et international, afin d’apporter sa valeur ajoutée et contribuer à pacifier notre espace commun, dans le respect total de la souveraineté et de l’unité nationale et territoriale de nos pays respectifs. Ce noble objectif ne pourrait être pleinement atteint que si les menaces transnationales qui pèsent sur la paix et la sécurité du continent sont, partout et ensemble, combattues avec force et vigueur. Le terrorisme, les actes de piraterie en mer, le crime organisé, les réseaux de traite des êtres humains et le trafic de drogue et d’armes requièrent, en effet, des réponses concertées, inclusives et solidaires.
En particulier, les défis nés de la migration appellent des réponses collectives, équilibrées et surtout humanistes. Au cours des dernières années, le Maroc est devenu une destination pour de nombreux migrants d’Afrique. Par devoir de solidarité et fidèle à sa tradition d’hospitalité et d’accueil, le Maroc vient d’adopter une nouvelle politique migratoire, pionnière dans la région, qui permet aux migrants de jouir de la plénitude de leurs droits légitimes. Dans le même sens, le Maroc plaide et agit pour la mise en place d’une “Alliance africaine pour la migration et le développement”, qui préserve les principes humanitaires et engage la responsabilité des pays, à la fois d’origine, de transit et d’accueil.
Les menaces sécuritaires se nourrissant souvent de la précarité, le capital humain doit rester au cœur de nos préoccupations et au centre de notre action conjointe. Le soutien au développement humain en Afrique représente ainsi une nécessité pour nos deux continents. Les problématiques liées à l’éducation et à la formation, à la santé, à l’accès aux besoins sociaux essentiels, aux droits des femmes et à l’emploi, doivent donc guider nos initiatives communes et définir l’ossature des plans d’action qui seront mis en œuvre en conséquence.

Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs,
L’Afrique recèle d’importantes ressources naturelles et humaines et dispose, au regard de ses multiples besoins, de fortes marges de développement durable. La croissance africaine trouve dorénavant, en partie, son origine dans la consommation domestique et ne dépend plus, uniquement, de l’exportation des ressources naturelles. L’amélioration du climat des affaires est notable et les retours sur investissement en Afrique sont parmi les plus élevés au monde. De ce fait, et en dépit de ses difficultés politiques, crises sécuritaires et tensions écologiques, l’Afrique devient un nouveau pôle de croissance mondiale, voire une de ses principales locomotives.
À ce titre, Je Me félicite de la tenue, à Bruxelles, en marge de notre Sommet, du cinquième Forum des affaires Afrique-UE, conférant ainsi plus d’espace aux acteurs, de tout bord, intéressés par la consolidation et l’enrichissement de notre espace commun. Les opérateurs économiques devraient s’adapter aux changements sur les deux continents, saisir les nouvelles opportunités qui s’offrent et proposer des pistes alternatives à la logique de l’assistance et du simple commerce de base.
Ces pistes alternatives devraient, au contraire, se concentrer sur la conception et le lancement de projets innovants et concrets, couvrant les secteurs prioritaires, dans le cadre d’une logique de codéveloppement et d’intéressement mutuellement bénéfique. Le Maroc est conscient de l’ampleur des obstacles. Il n’en demeure pas moins que ces obstacles sont surmontables, tant l’action est utile et rentable pour tous, à condition de s’outiller de la volonté politique.

Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs,
De par son histoire et sa position géographique, le Maroc a, depuis toujours, joué un rôle de trait d’union entre l’Europe voisine et l’Afrique et plaidé, dès la première heure, pour un partenariat novateur, équitable et mutuellement bénéfique entre une Europe unie et une Afrique émergente. De par son action multiforme et prioritaire en Afrique et le statut avancé dont il dispose auprès de l’Union européenne, le Maroc continuera à s’investir positivement dans le développement du partenariat entre nos deux continents, au titre d’une démarche globale, intégrée et solidaire. Une démarche qui concilie, dans le respect mutuel, la promotion de la paix et de la sécurité, la croissance économique, le développement humain durable et la préservation de l’identité culturelle et cultuelle des populations.
Je ne voudrais pas terminer Mon propos sans nourrir l’espoir que notre Partenariat gagne en maturité et devienne un espace de transfert effectif de savoir-faire, de mutualisation réelle des expertises et de promotion exemplaire de la coopération nord-sud. Je formule également le vœu ardent que notre partenariat transforme les intentions en actions communes et concrétise les projets en opportunités d’affaires, de rapprochement et d’échanges, loin des polémiques inutiles, des rhétoriques dépassées et des combats d’arrière-garde. Wassalamou alaikoum warahmatoullahi wabarakatouh.»

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