L'odyssée amère de deux Afghans
Fuir, changer de pays, changer de vie. Se jouer des frontières. Souffrir, s'il le faut, pour atteindre un rêve. Pour deux jeunes Afghans, Mohebullah et Mohammad, deux cousins, ce rêve s'est brisé, le 15 décembre 2009, à l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle, après sept mois de voyage épique de Kaboul à Calais, lorsque la police française les a déportés vers l'Afghanistan.
C'est l'histoire d'une odyssée et, pour Mohebullah Ahmadi et Mohammad Zarif Rezahi, l'histoire d'une traîtrise. Car leur rêve n'était pas de vivre en France. Leur objectif était, comme pour beaucoup de migrants d'Asie centrale, d'arriver à Londres. Ils auraient voulu, là -bas, raconter leur histoire, convaincre la Grande-Bretagne de leur offrir l'hospitalité. Aussi ne comprennent-ils pas que la France, un pays où ils ne faisaient que passer, 'un pays qui se prétend l'ami de l'Afghanistan', soupire Mohebullah, les ait expulsés.
La principale raison de leur départ d'Afghanistan est économique. A 20 ans, tous deux fils de pères vieillissants, tous deux pas encore mariés et pourtant bientôt chefs de famille, de sept personnes pour Mohebullah, et de dix-sept personnes pour Mohammad, ils devaient envisager d'aller chercher du travail là où il y en a, là où ils auraient pu renvoyer vers l'Afghanistan une partie de leurs revenus et subvenir aux besoins de la communauté.
La raison économique n'est toutefois pas la seule. Mohebullah évoque de 'graves problèmes familiaux' qui mettent 'sa vie en danger'. Il ne veut pas en dire plus. L'honneur l'interdit. Le jeune homme est nerveux, un malaise paraît lui nouer les tripes. 'C'est un problème qui n'a rien à voir avec la guerre mais qui est grave : on cherche à me tuer !' Le danger, dit-il, n'est pas écarté un an plus tard. Son retour est une tragédie. 'Je veux toujours partir loin...', murmure-t-il.
Leur voyage a commencé, comme pour tous les migrants qui n'ont pas la chance de décrocher un visa de visiteur pour l'Europe, dans les bas-fonds de Kaboul, à la recherche de trafiquants. Mohebullah a vendu la maison paternelle, Mohammad a vendu son taxi. Leurs familles ont emprunté à des cousins, des amis, des banques, ou aux trafiquants eux-mêmes. La première étape fut Herat, dans le nord-ouest de l'Afghanistan, puis l'Iran, où ils sont entrés légalement, munis de passeport et de visa. Ensuite commence le voyage clandestin. En Iran, les trafiquants les incitent à détruire leur passeport.
Source : Yahoo - Monde
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