Besoin d'une solidarité hydrique entre régions
En fait, les deux sujets se posent avec autant d'acuité dans un monde où les différends et mésententes se font aussi sur fond de course à l'eau. Sans être alarmiste, le Maroc est autant concerné par ce problème que n'importe quel autre pays. Les spécialistes estiment que la contrainte se fera réellement sentir à partir de 2015 alors qu'en 2020 il va falloir réduire de 20% la consommation d'eau dans le pays et de 55% en 2050 si rien n'est fait aujourd'hui.
Nul n'est sans savoir aujourd'hui que l'accès à l'eau au Maroc est inéquitable. Dans la région du sud du haut Atlas et l'Oriental, l'on dispose de 10% de moins par rapport aux autres provinces. Tandis que la région la plus arrosée du pays est celle du Nord (Tanger-Tétouan) avec 1000, voire 1500 mm par an. Seuls, les trois bassins hydrauliques du Loukouss, Sebou et Oum Rbiî, engrangent 70% des ressources. D'où la nécessité d'un transfert interrégional via des aqueducs et des tunnels hydriques. Ce chantier dont le département concerné est conscient depuis bien longtemps n'a jamais acquis la maturité dont il a aujourd'hui besoin.
Peut-être que le processus de régionalisation dans lequel Maroc s'est engagé serait plus à même d'assurer un meilleur partage de ses ressources hydriques. Selon, le Pr Abdelmajid Choukaïli, malgré le fait que la réflexion sur ce projet ait commencé dès les années 1970, les dispositions pratiques n'ont jamais tenu compte de l'ampleur des besoins existants. Le deuxième défi à relever a trait à la déperdition constatée au niveau des réseaux de distribution d'eau qui atteint presque 50%. Il va falloir donc penser sérieusement et sans tarder à rationaliser ces réseaux pour en tirer le meilleur rendement.
D'aucuns diront qu'il n'y a pas péril en la demeure et qu'avec tous les barrages que le Maroc a construits et continue de construire, nous restons loin de la panne sèche.
Certes, les barrages ont joué un rôle crucial, mais ce que l'on sait peu ou prou, c'est qu'ils ont une durée de vie et que la plupart sont envasés entre 25 et 60%. Plus encore, les opérations de désenvasement découragent les pouvoirs publics par leur cherté et la difficulté technique qu'elles présentent. Quant aux 80 nappes phréatiques que compte le pays, les forages annuels qui s'y opèrent mobilisent un débit de 1700 litres par seconde, ce qui équivaut à un barrage moyen de 50 millions de m3 par an. Dans la nappe du Souss, la plus importante, l'on déplore en 10 ans seulement la baisse du niveau de l'eau de 40 mètres. Sans parler de la pollution de la plupart des nappes à cause de l'agriculture industrielle ou des eaux infiltrées, rejetées par les usines ou autre activité polluantes.
Les conséquences de ces changements, devenus contraintes, se font déjà sentir. En une décennie, la consommation moyenne par habitant a diminué de moitié, passant de 1000 à 500 m3/hab/an. Sachant que la consommation dans les grandes villes comme Casablanca ou Rabat n'a pas baissé pour autant, ce sont les régions les plus reculées qui trinquent. Mais l'on sent malgré tout un regain de prise de conscience de la part des pouvoirs publics qui ont récemment multiplié les actions. Rien qu'en août dernier, plusieurs opérations ont été mises en branle. Il s'agit de deux prêts contractés avec la Banque mondiale pour un montant de 218 millions de dollars pour améliorer l'accès à l'eau et développer les réseaux de traitement des eaux usées au Maroc.
Doté de 43 millions de dollars, le projet d'assainissement de l'Oum Rbiî a pour double objectif d'augmenter l'accès à l'assainissement et de réduire la pollution par les eaux usées dans onze villes du bassin. Ces opérations entrent dans le cadre de la stratégie nationale 2010-2013 entre le Maroc et la BM. Ce partenariat vise, principalement, la mise en place de services équitables et durables d'approvisionnement en eau et d'assainissement, à un coût abordable, en particulier pour les populations défavorisées.
Source : Lematin
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