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Ghita El Khayat : «Les fenêtres deviennent source d’air, de sentiments d’être connecté au monde»

01.04.2020 - 16:58

Entretien avec Ghita El Khayat, psychiatre

Lire, cuisiner, faire le ménage, regarder la télévision, faire des jeux ludiques… L’on a beau varier les activités en plein confinement, qui ne peut être enfreint, mais qu’en est-il de notre envie de sortir et prendre de l’air ? Est-ce possible de la dompter et comment? En ces moments, la question semble bien légitime puisqu’elle émane d’un ressenti susceptible d’être éprouvé indéniablement par tout le monde. Pour y répondre, nous avons préféré recourir à une experte, également écrivaine et anthropologue. La psychiatre apporte des idées assez importantes et des démarches pratiques pour tenter de gérer ces temps. Dr El Khayat s’exprime également sur les impacts psychologiques de cette période et propose des recommandations pour la reprise.           

ALM : Selon vous, comment dompter son envie de sortir en plein confinement?

Ghita El Khayat : Il faut se dire que 3 milliards de personnes sont déjà enfermées dans le monde et que le fait de sortir serait s’exposer à attraper le virus et à le transmettre. C’est aussi la seule manière, en sortant, de permettre à l’épidémie de continuer dans un cycle qui peut ne pas s’arrêter, en réinfectant au fur et à mesure les uns et les autres ! Il faut aussi se convaincre que c’est un droit et un devoir (ndlr : le confinement) face à une pandémie mondiale gravissime…

Certaines maisons ne sont pas dotées de balcons. Que recommandez-vous à leurs habitants en cette période ?

Il faut ouvrir les fenêtres, aérer au maximum, mettre de l’ordre et de la propreté partout dans la maison, ce qui donne un sentiment de confort et de paix. Les fenêtres deviennent source d’air, de lumière, de bruits de la vie, de sentiments d’être connecté au monde et non enfermé et isolé.

Est-ce que cette expérience créera chez nous des impacts psychologiques bien que nous n’en ayons pas eu auparavant?

Cette expérience créera chez nous et chez tous les peuples des impacts psychologiques certains. Elle crée un lien avec les autres, le monde, soi et les proches comme jamais on n’en a eu conscience. Pour l’instant, cette expérience créée infiniment plus de liens qu’elle n’en détruit, bien au contraire ! Les personnes, heureusement liées grâce à Internet et au téléphone, prennent des nouvelles les unes des autres, font des échanges dont elles n’auraient pas ressenti l’utilité auparavant, se souviennent d’amis proches et lointains souvent oubliés ou parce que le temps manquait de les joindre, de parents éloignés, de personnes seules, de personnes âgées, etc.

Comment sortir de ce confinement avec moins de dégâts psychologiques?

En s’occupant intelligemment, en aidant les autres de quelque manière que ce soit (paroles, encouragements, conversations, blagues, etc.), en travaillant, en lisant, en regardant la télévision et des films, en écoutant de la musique, en priant, en méditant, …en ne perdant pas ce temps précieux du confinement. On en sortira plus fort s’étant ressenti capable de vaincre l’enfermement, l’isolement, la restriction des déplacements plus ou moins lointains, etc. Il faut aussi réfléchir sur soi, sur sa vie, sur ce qui empêche d’être heureux, savoir qu’un virus, c’est-à-dire un élément vivant plus petit que le plus petit des microbes peut déstabiliser la terre entière. Ceci nous donne une idée sur la relativité de nos forces, de nos capacités, de nos échecs et de nos succès…

Quelles sont vos recommandations pour la reprise après cette période?

Surtout reprendre lentement, doucement. Il  est inutile de croire qu’on va rattraper le temps perdu, puisqu’il n’a pas été perdu mais vécu…

» Source de l'article: aujourdhui

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