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Chauffeurs de grands taxis à l’heure du Covid-19 : Entre angoisse et devoir

02.04.2020 - 15:42

La tension est palpable chez les chauffeurs de taxis en raison de l’augmentation quotidienne du nombre de personnes atteintes du coronavirus dans notre pays.

Nous sommes au quartier Oulfa à Casablanca, et précisément au rond-point Georges. Ici se trouve le terminus des grands taxis qui desservent plusieurs destinations, notamment Rahma, la Zone industrielle, Saada, etc. La tension est palpable chez les chauffeurs de taxis en raison de l’augmentation quotidienne du nombre de personnes atteintes du coronavirus dans notre pays.

Certains nous ont même déclaré qu’ils songent à ne plus sortir de chez eux à l’instar de Abdelkbir, chauffeur de grand taxi depuis 22 ans.

«Au début, et lorsqu’on ne comptait que quelques cas, cela ne nous a pas trop inquiétés. Mais aujourd’hui, on apprend que chaque jour on dénombre de plus en plus de cas. J’avoue que nous avons peur nous chauffeurs de taxis», reconnaît Abdelkbir.

A l’origine de cette angoisse se trouve naturellement la peur d’être contaminé. «A bord du taxi, on a de tout. On n’y prêtait pas trop attention. Aujourd’hui, dès qu’un client tousse ou éternue, on a la peur au ventre et on pense aux postillons partout sur les sièges», décrit-il.

A la question de savoir quels sont les gestes et actions entrepris dans de telles situations, Abdelkbir nous répond désemparé qu’à l’exception de désinfecter à chaque fois les sièges, la portière et le tableau de bord et d’obliger tout le monde sans exception à s’asseoir à l’arrière il ne peut rien faire.

Au Maroc, on compte 225 cas confirmés porteurs du Covid-19 (bilan arrêté au 25 mars à 18h). Ce nombre est nettement moins élevé que chez nos voisins de l’Hexagone ou encore chez les Italiens mais assez élevé pour faire réagir le gouvernement.

Des efforts pour endiguer la propagation du virus ont été enclenchés, supervisés par des équipes composées de médecins, de techniciens et d’agents communaux munies de vaporisateurs et pulvérisateurs à haute pression.

Ces équipes ont lancé une vaste opération de désinfection et de stérilisation des établissements, des espaces publics, des banques, des gares routières, des tribunaux et administrations et des transports en commun y compris les taxis.

Cependant, ces mesures ne semblent pas apaiser les craintes et calmer la colère des chauffeurs de taxis.

Une colère due à la décision du ministère de l’intérieur qui, dans l’objectif de préserver la santé et la sécurité des citoyennes et des citoyens, avait décidé de limiter le nombre de sièges passagers autorisé au niveau des grands taxis à trois au lieu de six.

«Je me lave les mains après chaque voyage maintenant avec du désinfectant, c’est systématique. Je lave également le taxi de fond en comble. Ceci s’avère coûteux. A l’obligation de ne faire monter que trois passagers, s’ajoutent désormais de nouveaux frais. La situation est très compliquée. Notre recette quotidienne est passée de 700 à 200 DH. Les gens ne bougent pratiquement plus et les clients se font au compte-gouttes», lance sur un ton mélancolique Brahim, un autre chauffeur de taxi qui se dégourdissait les jambes dans l’attente de son tour.

Après des années à embarquer les clients au sortir de l’aéroport Mohammed V de Casablanca, ce dernier a dû, suite à la fermeture des frontières terrestres, maritimes et aériennes, se frayer une place parmi les chauffeurs de grands taxis à Oulfa.

«J’ai déserté l’aéroport soucieux de préserver ma santé et celle de mes proches. Devoir embarquer des voyageurs potentiellement contaminés ne m’inspirait pas confiance. Avant que je ne décide de quitter l’aéroport j’avais décidé d’emmener les clients à l’aéroport mais ne jamais en prendre au retour», nous confie sagement Brahim.

En somme, et hormis Abdelkbir qui reste réticent quant à la poursuite de son travail dans ces conditions, la majorité des chauffeurs de taxis dévoués confirme qu’ils continueront d’assurer leur services qu’ils jugent essentiels sans augmenter leurs tarifs persuadés toujours qu’après la tempête viendra le beau temps.

 

» Source de l'article: aujourdhui

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