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Mouna Taroua : «Je serai honorée de mettre à la disposition de mon pays mon savoir-faire»

14.05.2020 - 15:34

Entretien avec Mouna Taroua, chef d’un département biomédical à Lazarus 3D-Houston

Mon ambition est de réunir les talents marocains avec toutes les compétences expertes pour organiser un événement comme le hackathon du MIT afin de recueillir toutes les idées fructueuses pour faire face à cette pandémie.

Les compétences marocaines ne cessent de surprendre dans cette lutte universelle contre le Covid-19. Après Sara Bellali, un autre profil perce sur la scène internationale, cette fois-ci sur le continent américain. Âgée d’à peine 27 ans, Mouna Taroua dirige actuellement un département biomédical à Lazarus 3D au Texas où elle est parvenue avec sa team à concevoir des équipements de protection contre le Covid-19. Sa curiosité d’apprendre le fonctionnement des choses qui l’entourent avec précision ainsi que l’ouverture d’esprit de ses parents l’ont conduite vers les sentiers de la science. Cette native de Casablanca a en effet choisi de se spécialiser dans un domaine innovant, à savoir la création de modèles d’organes en 3D balisant ainsi le terrain aux chirurgiens pour les opérations futures. Contactée par ALM, Mouna Taroua nous parle de son expérience avec le Covid-19, ses projets futurs ainsi que des principales motivations qui l’ont mise sur ce créneau.

ALM : Tout d’abord, parlez-nous un peu de votre contribution à la lutte contre le Covid-19 aux Etats-Unis…

Mouna Taroua : J’ai créé des dispositifs de protection contre le Covid-19, en l’occurrence des visières qui sont maintenant utilisées par plus de 400.000 médecins aux États-Unis. J’ai d’abord créé un prototype à l’aide d’imprimantes 3D, puis mon équipe et moi avons installé un moulage par injection pour fabriquer 40.000 visières par jour. J’ai également créé un masque de remplacement N-95 qui est l’un des premiers masques entièrement en silicone, lui donnant la possibilité d’être autoclavable. Cela signifie qu’il peut être réutilisé plusieurs fois après chaque stérilisation. Le masque contient également un filtre protecteur hydrophobe (de 0,3 µm) qui le rend capable de capturer les particules de Covid-19.

Il est, d’ailleurs, dans sa dernière phase de test avant d’être commercialisé. Nous observons également un manque au niveau national d’écouvillons qui sont nécessaires pour prélever des échantillons pour les tests Covid-19. Ces écouvillons sont généralement utilisés pour tester la grippe et d’autres infections respiratoires. Les pénuries actuelles et imminentes de la chaîne d’approvisionnement sont suffisamment graves pour que les cliniciens puissent concevoir et tester leurs propres écouvillons aussi rapidement et en toute sécurité que possible. Ainsi, en collaboration avec les centres médicaux de Houston, j’ai pu réaliser plus de 1.000 tampons nasaux avec des résines chirurgicales.

Quelle est la particularité de ces équipements par rapport à ceux existants sur le marché américain?

La différence entre les produits que mon équipe et moi avons fabriqués et les autres produits sur le marché est que tous les matériaux que nous avons choisis sont autoclavables. La plupart des produits utilisés par d’autres fabricants sont imprimés avec des filaments en plastique qui ne tolèrent pas les températures élevées de l’autoclave et ne peuvent donc pas être stérilisés. Par conséquent, le personnel médical doit les jeter et en obtenir un nouveau pour chaque patient, ce qui n’est pas possible, en particulier en cas de pénurie d’équipements de protection individuelle. Une autre préoccupation est que la plupart des fabricants utilisent des imprimantes 3D pour créer des équipements de protection individuelle (EPI), de sorte que certains hôpitaux ont besoin de milliers de pièces chaque jour, et l’impression 3D ne peut tout simplement pas répondre à cette demande. Les technologies 3D sont conçues pour construire des conceptions de preuve de concept, pas pour produire des produits médicaux à grande échelle. C’est pourquoi mon équipe et moi avons utilisé la technologie pour démontrer rapidement la faisabilité du produit, puis tourner et produire rapidement ces articles au rythme requis à l’aide du moulage par injection.

Ne serait-il pas judicieux de déployer ce savoir-faire au profit de l’élan marocain de lutte contre le Covid-19?

Je serai honorée de mettre à la disposition de mon pays mon savoir-faire en la matière afin d’avancer ensemble. En effet, le Maroc a été l’un des très rares pays à avoir bien géré la situation contre le Covid-19 depuis le début de la crise. Mon ambition est de réunir les talents marocains avec toutes les compétences expertes pour organiser un événement comme le hackathon du MIT afin de recueillir toutes les idées fructueuses pour faire face à cette pandémie.

Comment est née votre vocation pour le génie biomédical?

Plusieurs évènements m’ont prédestinée à ma carrière actuelle. Un de mes amis était effrayé par l’idée de subir une opération de cholécystectomie. Après avoir échangé avec lui à ce sujet, je me suis vite rendu compte que son angoisse provenait de son manque de compréhension de l’intervention chirurgicale. J’ai vite réalisé qu’il était possible d’adresser cette problématique en fournissant des modèles 3D réalistes permettant au chirurgien d’expliquer aux patients le déroulé de l’opération. Cela permettrait aux patients de mieux comprendre les actions chirurgicales et être rassurés sur les risques liés à celles-ci. À l’époque, les procédures préopératoires n’étaient pas aussi développées qu’aujourd’hui. Cela m’étonne qu’aujourd’hui un architecte soit capable de modeler en 3 D et présenter une maquette à son client, tandis qu’un chirurgien doit encore expliquer la croissance d’une tumeur cérébrale sur des tranches d’IRM. On retrouve un deuxième cas d’application, des modèles 3D en médecine. En effet, les étudiants en médecine, et plus particulièrement les chirurgiens, nécessitent plus de pratique durant leur cursus. Travailler sur des modèles 3D durant leurs études apporte un avantage indéniable pour améliorer leur compréhension et leur confiance en soi dès le début de leur carrière.

Pourquoi avoir choisi le Texas pour faire carrière ?

Pour moi, les États-Unis n’étaient que dans des films ou des séries. Je n’ai jamais pensé que j’y gagnerais ma vie un jour et encore moins que j’y reviendrais. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui sont ouverts aux opportunités, même en dehors du Maroc. C’est grâce à leur soutien que j’ai pu traverser le large pour aller à l’autre bout du monde plus précisément au Texas pour y construire mon avenir. En allant aux États-Unis, je réalisais non seulement mon rêve mais aussi celui de mon père, à savoir terminer des études brillantes dans l’une des universités les plus prestigieuses du monde, chose qu’il ne pouvait pas réaliser en raison de sa situation familiale. J’ai la chance d’avoir été dans un environnement favorable à ma réussite.

Bio express

Mouna Taroua, 27 ans, est native de Casablanca. En 2010 elle quitte le Maroc où elle décroche un baccalauréat en sciences de la vie et de la terre pour poursuivre des études supérieures en génie biomédical. Après avoir terminé deux années de préparation au Richland College en 2014, elle rejoint l’Université du Texas à Dallas, où elle obtient un baccalauréat en génie biomédical en 2017. Elle est actuellement chef du département biomédical à Lazarus 3D à Houston.

» Source de l'article: aujourdhui

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