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Les bonnes feuilles des mémoires de Mahjoubi Aherdane

29.01.2014 - 06:35

Les Mémoires d’Aherdane ne sont pas encore disponibles qu’ils déclenchent déjà une polémique. Pour cause, le fondateur du Mouvement Populaire, Mahjoubi Aherdane, n’hésite pas à dire ce qu’il pense quitte à écorcher la mémoire de grandes figures de l’histoire contemporaine marocaine. Mbarek Bekkaï, Mehdi Ben Barka, Ahmed Balafrej, ou encore Allal El Fassi, en prennent tous pour leur grade.  Extraits.

Aix-les-bains ou comment Bekkaï ne voulait plus de la monarchie

C’était cela, les pourparlers d’Aix-les-Bains : une interdépendance dans l’indépendance. Marché de dupes, marché de complaisance, comme si le Maroc était une vache à traire. Ecoutons Bekkaï, celui que nous tenions en haute estime et qui nous semblait être le plus désigné pour représenter, même par ricochet, la position de la Résistance et de l’Armée de libération. A la question « comment sauver l’amitié franco-marocaine ? », il répond : « La majorité des Marocains vous ont posé le problème du Trône. Je n’en fais pas une question préalable et encore moins un ultimatum. Il y a des Marocains qui pensent à la restauration de Ben Youssef. Je pense, moi, qu’il n’en est pas question. »

Mehdi Ben Barka soutenu par l’Intérieur

« En attendant, voici un échantillon de la manière dont Mehdi Ben Barka entendait régler mon « problème » car apparemment pour lui j’en étais un, qu’il fallait absolument résoudre. Il pressentait sans doute ce qui allait s’ensuivre. Il avait coutume de faire fi de ce qui risquait de contrer ses projets. Dans l’intérêt du parti ou dans son propre intérêt. A ses yeux, le Maroc était à prendre. Pourquoi le laisser filer ? Fort de cette conviction, il ne laissait rien au hasard. Gagner ne signifiait aucunement pour lui avoir à agir selon les règles. De hauts responsables l’encouragèrent dans cette attitude, à commencer par le directeur générale de la Sûreté nationale. Non seulement celui-ci laissait faire, mais il aidait à la réalisation des méfaits avec sa brigade spéciale numéro 9. La France était encore à la manœuvre malgré les changements survenus et certains de ses amis immolés, tel le Pacha Baghadadi de Fès, tué au palais même un jour de visite protocolaire. Le programme fixé à Aix-les-Bains par la puissance anciennement «  protectrice » était point par point en cours d’exécution. Bekkaï buvait du petit-lait et l’Istiqlal se comportait déjà en maître absolu. »

Le dédain d’Ahmed Balafrej

« Nous allâmes le voir –Ahmed Balafrej-. Il nous reçut gentiment, c’est-à-dire froidement, avec cet air de dédain qui lui était coutumier. Khatib, qui jamais n’y allait par quatre chemins, demanda une aide pour l’achat des armes dont nous allions avoir terriblement besoin. « Et pourquoi des armes ? « , demande Balafrej de sa voix la plus détachée.
- Pour nous battre !, répondit Khatib sans sourciller.
- Vous battre ?, lança-t-il en nous scrutant longuement. Mais excusez-moi de vous dire que nous n’avons pas pour habitude de nous compromettre avec des inconnus.
- Mais toi, qui es-tu ?, réplique Khatib, dont les prunelles bleues s’allumaient comme à chaque fois qu’il était contrarié.
- Eh bien, répondit Balafrej, je suis celui que vous êtes venus solliciter.
- Oui, c’est bien vrai, dis-je en tirant Khatib par la manche, vous avez tellement de dépenses avec les grands palaces d’ici, aussi bien qu’en Espagne, à l’Escurial. »

« Alors demandais-je à Khatib, une fois dehors. Qu’en tires-tu comme leçon ?
- Il y aura toujours assez d’armes pour nous battre. Ce que nous dit Balafrej, c’était sans importance.
- Ils sont sûrs et certains que l’héritage du combat en cours leur reviendra naturellement, dis-je. »

Oufkir, le sauveur

« Je retournai au mess des Officiers avec Meriem (ndlr : la femme de Mahjoubi Aherdane). Par un après-midi, j’y trouvais, assis sur la terrasse, le capitaine Oufkir, le capitaine Belbachir et le lieutenant Lahcen Lghoul. Après les avoir salués, je pris une revue en allant m’asseoir à l’écart avec Meriem et Ouzzin (ndlr : le fils de Mahjoubi Aherdane). Le colonel français chargé de la bonne marche du mess fonça sur moi en lançant : « Vous n’avez aucun droit de prendre cette revue ! »
- « Et pourquoi cet interdit ? » Au moment où le colonel me lançait un tonitruant « Vous n’êtes plus des nôtres ! », Oufkir, furieux, vint à la rescousse. Il prit le colonel par le col, le souleva d’une seule main avant de lui jeter sur les pieds le contenu de son verre, en criant : « Les officiers marocains en ont plus qu’assez de subir vos sarcasmes ! » En le poussant contre la table, il me dit, ainsi qu’à ses compagnons : « Nous n’avons plus rien à faire dans ce mess tant que ce gringalet de colonel le gère ! » Je lui sus gré de cette intervention. »

Allal El Fassi : «  Ils n’ont qu’à mourir avec El Ala ! »

« Un certain jour, me rapporta Abdelkrim Khatib, où Allal El Fassi, en revenant d’un pays arabe, avait été reçu dès son retour avec le faste réservé aux grands personnages, non loin de « Jnane Bricha », et où l’orchestre andalou avait interprété le chant si connu appelé El Ala !, Khatib avait dit à Allal El Fassi : « Ô ! Si Allal, des gens meurent à côté et l’on s’adonne ici au plaisir d’El Ala ? » Allal avait répondu : « Ou imoutou bel Ala ! » (Et ils n’ont qu’à mourir avec El Ala !). Cela donne une idée du peu de respect témoigné aussi bien à la vie humaine qu’à la dignité des citoyens. Mais pour des moutons changés en loups, la fin justifiait les moyens ! « 

» Source de l'article: telquel

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