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«L’anniversaire» reflète le vécu d’une élite marocaine

17.02.2014 - 14:59

Sur une idée du réalisateur, le scénario a été coécrit par Mohamed Laâroussi et Géraldine Bueken. Une thématique s’inscrivant dans la continuité des travaux précédents de Latif Lahlou où la vie du couple apparait dans différentes situations, avec une immersion dans leur vie quotidienne et parfois dans leur passé. «L’idée que j’ai fait passer aux deux coscénaristes était de faire un film sur quelques personnes de l’élite : ce qu’elles sont devenues et comment elles vivent. C’est-à-dire raconter leur passé et leur évolution dans la vie. Je voulais donner un aperçu sur les problèmes socioculturels de tout ce vécu pour en tirer les leçons qu’il faut», souligne le cinéaste et producteur, Latif Lahlou.

Mohamed Laâroussi a adopté cette idée, tout en faisant joindre sa collaboratrice Géraldine pour la simple raison qu’il avait besoin d’un contradicteur pour avoir un autre son de cloche de toutes les situations à écrire. «D’où la présence de beaucoup de discours historiques. L’idée était de faire un film réaliste qui raconte, mais ne juge pas. Nous avons voulu raconter les choses avec notre cœur. C’est le cas de cette fin tragique en pleine fête d’anniversaire. Ce qui ne correspond pas aux critères de marketing du film. Mais, c’était le sentiment qui l’a emporté, parce que nous-mêmes nous sommes des parents et chacun de nous peut vivre des situations analogues», précise M.Laâroussi. Politique, argent, pouvoir, opportunisme, hypocrisie et bien d’autres maux sociaux font partie du vécu de ce milieu de la bourgeoisie casablancaise, sans qu’elle s’en rende compte. Car happée par ce monde de vie où tout est calculé.

C’est au cours du 44e anniversaire de Ghita, où les amis et membres de la famille de Said (Younes Mégri) et Ghita (Amal Ayouch) seront mis face à des événements inattendus et aussi graves qui furent le déclenchement d’une remise en question des petits conforts matériels et affectifs dans lesquels s’oublie cet univers de bourgeoisie. Tout ceci, Latif Lahlou l’a mis en images à travers un brillant bouquet d’acteurs très expérimentés qui ont su lui rendre la balle. «Tout le monde a envie de communiquer ses angoisses et tensions au monde extérieur. Mais, pour faire cela, il y a une technique spéciale et du professionnalisme, tout en travaillant avec des comédiens qui savent interpréter un rôle et donner quelque chose. Être réalisateur n’est pas donné à n’importe qui. On apprend à être réalisateur, en développant un sens de l’observation et de la connaissance. Nous avons des réalisateurs qui ont fait des écoles cinématographiques, qui ont passé des stages et d’autres qui ont déjà fait des films. Certains, par contre, pensent qu’il suffit de poser la caméra et raconter une histoire. Ce n’est pas ça le cinéma. Le cinéma c’est des histoires, un thème ou une idée qu’on expose, une vision du monde extérieur pour discuter et avoir un répondant». C’est ce qu’a désiré faire Latif Lahlou, en abordant dans son film quelques traits saillants de la société pour nous dire qu’il faut rester vigilant, surtout en cette période charnière, une époque très importante que traverse notre société. «On sort des années de plomb pour rentrer dans une nouvelle dynamique culturelle où on assiste à beaucoup de changements. Il y a la nouvelle Constitution, la liberté d’expression, l’installation du mot démocratie…

«Il faut que la culture joue son rôle d’émancipation avec toujours le sens de la critique pour évaluer les choses. C’est bien qu’il y ait plusieurs genres de cinéma pour pouvoir faire l’équilibre des choses. Cela nous aidera à développer le sens critique. Ce n’est qu’avec une grande diversité que cela peut se faire. Le critique fait sa lecture, parce qu’il possède une vision et une culture cinématographique. C’est comme le réalisateur, il fait une lecture pour le spectateur. C’est pour cela que le réalisateur doit accepter la critique. Le cinéma c’est aussi l’émotion, la beauté de l’image, où tous les ingrédients du septième art sont présents», affirme le réalisateur Latif Lahlou. Le titre, pour lui, n’est qu’un prétexte. «Car, c’est chaque année qu’il revient nous rappeler des moments du passé et parfois nous interpeler pour une remise en question de notre vie. J’ai essayé d’attirer l’attention sur ces moments et appeler à la vigilance pour savoir où nous allons et ce que nous voulons». Donc, le choix de quatre couples n’est pas fortuit, puisque c’est à travers eux qu’il y a eu cette diversité de situations et de rapports humains. Mais, toujours est-il qu’il a fallu bien les gérer. . Chacun des personnages de Latif Lahlou est, en effet, arrivé à éprouver des sensations et exprimer des émotions susceptibles de définir sa personnalité dans le film.

C’est la première fois que je travaille avec le réalisateur Latif Lahou. C’est quelqu’un qui vous permet de discuter du rôle que vous allez interpréter. C’est vrai qu’en lisant le scénario, je l’avais trouvé un peu linéaire. Mais, au fur et à mesure de travailler et de pénétrer le personnage, j’ai découvert beaucoup de suggestions et de choses expressives. Il y avait des personnages avec des caractères différents. C’était une bonne fresque de sentiments qu’on a vécue ensemble, grâce à Latif Lahlou qui nous a mis dans des espaces et des relations du quotidien.

Une certaine sérénité s’est dégagée de votre rôle, on ne sent pas vraiment les séquelles de la maladie ?
Les séquelles étaient plus ressenties à travers l’émotion de Ghita, les souvenirs de son passé ; la maladie, elle, reste présente, mais pas avec une grande intensité. Je pense que la maladie est une épreuve de la vie qu’on accepte, surtout après son passage. On est moins dans le combat direct. Parce que la maladie est quelque chose qui nous dépasse. On se dit que c’est notre destin. Ghita a beau être universitaire et militante, elle est là dans une forme d’acceptation. Puis, elle est plus à la recherche d’harmonie au niveau de son foyer et avec ses amis, voulant surtout rester entourée de ceux qu’elle aime.

C’est toujours dans une continuité de ma vie artistique. On y apporte davantage de sensibilités. Un comédien se nourrit des expériences de la vie. Effectivement, si j’avais interprété ce rôle à l’âge de vingt ans, j’aurais été plus combative. Mais, aujourd’hui, avec la maturité de l’âge et tout ce qui se passe autour de nous, on constate qu’on peut apporter notre touche en essayant d’harmoniser avec ce qu’on a. En fin de compte, on gagne des moments de rencontre et d’amitié. On n’est plus dans le besoin de s’affirmer, mais dans celui de donner et de faire mieux.

» Source de l'article: lematin

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