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Mahjoubi Aherdan : « Je suis toujours une tête brûlée »

24.02.2014 - 14:12

Révélations. Les mémoires du fondateur du Mouvement populaire, récemment publiés, ont suscité l’ire de l’Istiqlal et 
de l’USFP. L’ Amghar des Amazighs n’en a cure : en racontant 
ses souvenirs, il veut contribuer à écrire l’histoire contemporaine.

Cloué à un fauteuil roulant suite à une mauvaise chute, le fondateur du MP nous reçoit dans sa villa à Rabat. Alerte malgré son âge très avancé, il tient à apporter sa pierre  à l’édifice de l’histoire avant de disparaître. Le premier tome de ses mémoires sera  bientôt dans les librairies marocaines (1942-1961) et les deux autres sont en cours d’impression. L’ Amghar des Amazighs, qui a toujours dérangé par ses prises de position, semble vouloir livrer une dernière bataille. Du moins ne craint-il pas de se faire traiter de tous les noms. Aujourd’hui, il n’a plus qu’un seul rêve : retourner dans son Oulmès natal et vivre tranquillement entre son atelier de peinture et ses chevaux.

Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour publier vos mémoires et pourquoi maintenant ?

Il fallait bien les publier un jour. C’est le fruit d’une compilation de notes que j’ai commencé à prendre dans les années 1940. Chaque jour, je couchais noir sur blanc les faits marquants, parfois à la minute près. Mon journal intime représente plusieurs centaines de cahiers. Il y a quelques années, ma femme, Meryem, avait commencé à faire la saisie mais elle est tombée malade. Je suis donc revenu à mes notes pour en tirer les faits les plus saillants. Avec l’âge, j’ai aussi peur de rater le coche.

L’Istiqlal et l’USFP vous accusent de vouloir régler des comptes plus d’un demi-siècle plus tard…

Ce sont eux qui pensent m’avoir réglé mon compte. Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, je n’ai ni assassiné, ni volé, ni dilapidé les biens de l’Etat. Les leaders de ces deux partis nous ont fait rater ce qu’on considérait comme des acquis démocratiques après l’indépendance. Ce n’est pas moi non plus qui ai essayé d’instaurer le parti unique, c’est Mehdi Ben Barka qui a tenté de nous imposer ce choix par tous les moyens.

A lire vos mémoires, on ressent une certaine rivalité entre Mehdi Ben Barka, Allal El Fassi et vous. Etait-ce vraiment le cas ?

Mehdi Ben Barka était un ami et, jusqu’à aujourd’hui, je n’ai aucune haine contre lui. Concernant Allal El Fassi, je ne fais que rapporter un témoignage de Abdelkrim Khatib. Ils étaient à Dar Bricha, le centre de torture de Tétouan administré par l’Istiqlal. Allal El Fassi écoutait « El ala » pendant que des personnes se faisaient torturer à côté. Aux protestations de Khatib, Allal El Fassi a répondu qu’il valait mieux que ces torturés crèvent sur ce fond sonore. D’ailleurs, qu’a fait concrètement Allal El Fassi dans la lutte pour l’indépendance ?

Vous sous-entendez qu’il n’a joué aucune rôle ?

A cette époque, il était en exil. Puis il est rentré au Maroc avant de partir en Egypte. Sa seule action a été de diffuser un appel à l’indépendance sur radio Le Caire. C’est ce que je lui avais rappelé, en présence du prince héritier Moulay Hassan et M’Barek Bekkay, le jour où il m’avait dit : « Vous êtes obligé de me respecter ».

Pourquoi vous accuse-t-on d’avoir été l’homme de la France au Maroc ?

Et pourquoi omet-on de dire que je m’étais juré de ne plus tirer une seule cartouche, à l’époque où j’étais dans l’armée française, au début des années 1940 ? Nous étions à Naples. Driss Benaïssa et le lieutenant El Fassi sont venus me trouver pour me dire qu’un colonel français les avait traités d’indigènes. « Même ici ? », me suis-je écrié. A partir de là, je n’ai plus pris aucune arme pour la France.

Officier de l’armée française, caïd, gouverneur et ministre de la Défense, n’avez-vous rien à vous reprocher ?

Je n’ai rien à me reprocher ou à regretter. Pas même mes réactions très violentes face à Hassan II, et à plusieurs reprises. Je m’étais par exemple opposé à ce que le médecin Jebli, un collaborateur, examine les membres de l’Armée de libération pour s’assurer qu’ils étaient aptes à rejoindre les rangs des FAR. J’étais et je suis toujours une tête brûlée.

Est-ce vrai que Hassan II, à l’époque où il était prince héritier, vous a aidé à créer le Mouvement populaire pour contrer l’Istiqlal ?

Pas du tout. Il ne nous a jamais aidés, même si nous étions là pour défendre la monarchie. Nous n’avions pas hésité à prendre le maquis au moment où les milices de l’Istiqlal imposaient la terreur et assassinaient au grand jour.

Vous dites connaître l’assassin de Abbas Messaâdi et qu’il est toujours vivant. Et si la justice vous convoquait pour en savoir plus ?

Je n’ai pas donné de nom, mais le concerné s’est dévoilé tout seul en publiant un démenti et en a dénoncé un autre. Je ne dis pas que c’est lui l’assassin, mais qu’il a tout supervisé à Fès. J’ai assisté à l’enquête aux côtés d’El Hamiani, inspecteur général du ministère de l’Intérieur. Si on veut connaître toute la vérité, il suffit de consulter les archives de ce ministère.

Comment pouvez-vous affirmer que Mohamed Oufkir était un grand patriote ?

C’était un des officiers qui comptaient. Un guerrier qui a beaucoup fait pour son pays et que Mohammed V et Hassan II ont utilisé jusqu’à la dernière minute. Il aurait pu prendre la fuite après le putsch, mais il a préféré affronter son destin. Même Mohammed VI n’a pas rejeté la famille Oufkir.

Vous souvenez-vous de votre dernière rencontre avec Hassan II ?

C’était au palais, en 1991. Hassan II, avec l’aide de Driss Basri, mettait en place le Conseil consultatif des droits de l’homme et voulait que j’y représente l’Armée de libération pour « laver le visage du Maroc », comme il disait. Au moment de partir, il a dit à Moulay Ahmed Alaoui, également présent, que Aherdan était le mousquetaire du roi. Il a compris que toutes mes réactions antérieures étaient pour son bien et le bien du pays.

La Haraka vous a-t-elle consulté avant de participer au gouvernement ?

Je n’ai plus de temps à perdre et je ne participe plus aux activités de ce parti. Avec Khatib, nous avons pris le maquis et obtenu la promulgation du Dahir des libertés publiques de 1958. Le parti a aussi contribué à faire avancer la question amazighe. Pour le soldat que je suis, je considère que ma mission est accomplie.

Vous qui considériez Khatib comme un frère, que pensez-vous de Benkirane, son héritier ?

Ce n’est pas un mauvais type. Il est surtout correct et sincère quand il se dit monarchiste. Quant à sa responsabilité gouvernementale, je laisse juger ceux qui sont dans l’action. Mais au moins, il nous change des autres.

Vous êtes quasiment centenaire, où puisez-vous toute cette énergie ?

Dans ma foi et la philosophie hindoue, dans laquelle je me suis réfugié à l’époque la plus dure de ma vie : hier, c’est du passé et demain n’est pas encore là. En plus, nous sommes créés pour 
une mission.

» Source de l'article: telquel

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