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La gouvernance dans la conception de Abdelilah Benkirane : Des convictions… en chocolat !

24.02.2014 - 14:20

Quel est, au juste, le référentiel idéologique sur lequel s’appuie le chef du gouvernement et secrétaire général du Parti Justice et Développement ? C’est la question que n’a pas dû manquer de se poser l’assistance à la 5ème rencontre de la première édition de la Table ronde de la gouvernance des partis politiques, à laquelle l’organisateur, l’Association des Lauréats de l’Institut Supérieur de l’Administration, a invité, jeudi soir à Rabat, M. Abdelilah Benkirane. Tout le monde a paru stupéfait, en effet, d’entendre le chef du parti islamiste à la tête du gouvernement déclarer: «Un référentiel qui n’apporte pas de solution aux problèmes présents, à quoi sert-il ? Nous ne sommes pas les compagnons du Prophète !».
Et vlan ! Des années à intoxiquer l’esprit des gens de la fausse croyance en des lendemains meilleurs, du simple fait d’appliquer la Charîa, comme du temps glorieux du Prophète sws et des quatre premiers califes. «L’Islam EST la solution» a quand même été le slogan phare de tous les mouvements islamistes du Monde arabe depuis que Hassan El Banna a fondé le mouvement des Frères Musulmans en Egypte, en 1928. Des tas de pauvres naïfs y ont cru, certains se sont même sacrifiés pour cette cause «sacrée». Puis, après deux années (seulement) de «difficile» confrontation avec la profane réalité, tant de «belles» convictions ont tout bonnement fondue comme… du chocolat !
«Le fqih, dont on souhaite la baraka, est entré dans la mosquée avec ses babouches» dit, à juste titre, le proverbe marocain.
On serait tenté de dire, il n’est jamais trop tard pour bien faire, reconnaître ses errements passés et revenir sur le droit chemin, celui éclairé par la raison dont le créateur a doté l’humanité et qui a mené vers l’âge d’or de la civilisation islamique. Sauf que le temps que nos islamistes s’en rendent compte aurait été du temps perdu pour les Marocains. Car, pendant que les tenants du pouvoir exécutif dans ce pays se demandent encore quelle voie emprunter, après la preuve de la vacuité de celle jusqu’ici suivie, les pays concurrents vont à l’essentiel, le développement socioéconomique et la conquête de nouvelles parts des marchés mondialisés.
Les propos de M. Benkirane ont constitué un cumul énuméré des difficultés rencontrées dans l’exercice du gouvernement. Il a été difficile de former l’équipe gouvernementale, tout aussi difficile d’engager les réformes et les promesses données aux électeurs, encore plus difficile de convaincre les Marocains des «bienfaits» de l’indexation des prix des carburants et du gasoil industriel, non moins difficiles ont été les relations avec la presse, dont une partie serait coupable d’intox. A chaque fois que l’on entendait dire M. Benkirane «les Marocains doivent comprendre…», on ne pouvait s’empêcher de penser que le chef du gouvernement connaît, en fait, bien mal ces concitoyens, dont il feint pourtant d’être très proche. Les Marocains n’ont jamais été ignorants des difficultés de gouverner, c’est une évidence à la portée même des moins politisés. Les électeurs qui ont voté pour le PJD l’ont fait en croyant que ce parti était justement capable de surmonter toutes ces difficultés, pas pour l’entendre s’en plaindre. Tout l’art de gouverner consiste justement à présenter aux citoyens les pires difficultés comme parfaitement surmontables, à force de volonté, de mobilisation et de solidarité. Faute de pouvoir convaincre les gens d’y croire, il ne serait pas possible d’en venir, effectivement, à bout.
Mais peut être est-ce trop demander à M. Benkirane? Quand on l’entend répondre à une question de L’Opinion sur la publication sans suite de la liste des bénéficiaires d’agréments d’autocars de transport, que l’idée lui en ai venu après avoir entendu quelqu’un le réclamer lors d’une émission de télévision, a quelque chose de consternant. A en croire M. Benkirane, il a pris son téléphone pour appeler le ministre de l’équipement, M. Abdelaziz Rabbah, et lui demander pourquoi est-ce qu’il devait supporter des critiques à propos de gens qui jouissent d’agréments de transport et qu’il n’y avait qu’à en publier une liste ? C’est tout !
Sauf que par la suite, il s’est avéré peu évident d’ôter ces agréments à ceux qui ne les méritent pas, faute de pouvoir les identifier… Car, il y a des veuves et des orphelins qui seraient ainsi privés de leur unique source de revenu. N’était-il donc pas possible d’y penser avant ? Avant de faire croire aux gens, au tout début de la nouvelle expérience gouvernementale, que l’on allait procéder au grand nettoyage des écuries d’Augias. Et puis… c’est le flop monumental !
Et après ça, on se demande encore pourquoi les citoyens perdent confiance en la politique et les politiciens.
Pourquoi se plaindre d’intox dans une «certaine» presse quand le gouvernement est aux abonnés absents quand se propagent des rumeurs sur la véracité des diplômes de certains ministres de l’actuel gouvernement ou sur un autre titulaire de maroquin ministériel qui aurait offert du chocolat à sa femme qui vient d’accoucher. La bonne gouvernance ne passe t-elle pas par une communication transparente ?
«Je ne me prononce pas à propos d’affaires actuellement examinées par la justice», s’est exclamé le chef du gouvernement. C’est correct, rien à en dire. Passons donc au «chocolat» !
«Je vous jure que le ministre en question est venu me montrer lui-même la facture du chocolat acheté. Il l’a payé de sa propre poche», a affirmé avec véhémence M. Benkirane. Mais la question est plutôt de savoir pourquoi ne pas avoir étouffé dans l’œuf la propagation de ces rumeurs par une communication adéquate, de manière à éviter le climat malsain qu’elles ont suscité au sein de l’opinion publique nationale. Surtout que le PJD a fait de la lutte contre la prévarication et du principe de la reddition des comptes les piliers de son programme électoral et, ensuite, gouvernemental.
Trébucher sur une simple affaire d’éventuel «détournement de chocolat» !
Et puis, il y a toutes les «perles» du discours du chef du gouvernement. Le SMIC, qui serait une entrave à la dynamisation des activités économiques dans certaines moyennes et petites villes et régions reculées du Royaume, n’est pas à régionaliser, mais à éliminer tout simplement ! Et ce n’est pas fini. Allant plus loin encore que la décision de régulariser la situation des marocains détenteurs de biens et capitaux à l’étranger, jusqu’alors en non-conformité avec la législation des changes, M. Benkirane a soutenu une libéralisation totale des mouvements de capitaux !
Le chef du gouvernement, qui déclare sans ambages craindre le mécontentement de ses nouvelles références idéologiques que sont les institutions financières internationales, semble prêt à exaucer les pires de leurs souhaits. On a déjà assisté à la mue de fervents socialistes en des défenseurs du libre marché, mais ils s’évertuaient au moins à le maquiller en «socialisme de marché». Dans le cas d’islamistes en perte totale de repères, nul artifice oratoire. On se doit bien de reconnaître qu’avec eux, c’est la vérité toute crue. La survie est le privilège des plus forts dans la jungle du marché complètement déréglementé. Les plus faibles ? Les plus pauvres ? «Ils doivent comprendre»…
Peut être que le chef du gouvernement doit sérieusement reconsidérer la question qu’il a indiquée se poser souvent au tout début de son mandat, celle de savoir s’il devait rester à son poste ou partir…
Peut être que ce serait bien pour tout le monde, au moins le temps d’apprendre à différencier un ancien ministre et brillant intellectuel d’un comédien.

» Source de l'article: lopinion

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