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Melilia. Le calvaire 
des femmes mules

18.03.2014 - 18:16

Des centaines de porteuses traversent chaque jour la frontière avec l’enclave espagnole, transportant jusqu’à 80 kg de marchandises sur leur dos. Parfois au péril de leur vie.

Il est 7h20 à la frontière marocaine de Melilia. L’heure fatidique à laquelle la police ouvre les barrières aux centaines de femmes qui font la queue dans les étroits tourniquets bleus à l’entrée du passage réservé aux piétons. Tous les jours, ces « femmes mules » vont chercher des marchandises dans la zone industrielle de l’enclave espagnole. Chaussures, briquets, couvertures, chips, couches pour bébé… elles chargent sur leur dos jusqu’à 80 kg d’articles qu’elles courent ensuite livrer en territoire marocain. Un parcours du combattant qui leur permettra d’empocher la modique somme de 50 dirhams.

Une avalanche humaine

Lorsque la frontière s’ouvre, c’est la ruée. Les femmes se précipitent pour pouvoir effectuer plusieurs trajets jusqu’à midi, heure à laquelle la frontière se ferme aux marchandises. L’angoisse se lit dans les regards et les veines apparaissent à fleur de peau. Au milieu de cette mêlée, certaines tombent, se font piétiner, risquant parfois leur vie. En novembre dernier, Safia Azizi, 41 ans, a péri sous cette avalanche humaine. Un policier du côté espagnol s’est aperçu de la bousculade et a tenté de l’atteindre. Sur place, il a découvert un amas de femmes et de colis écrasés par la puissance de la foule. Il a tiré en l’air pour se frayer un chemin, en vain. Le mal était fait. L’autopsie d’un médecin légiste le confirmera : Safia est morte des suites d’« une hémorragie pulmonaire provoquée par une compression violente du thorax ».

Originaire de Fès, Safia était diplômée de littérature arabe. Elle avait quitté sa ville natale à la recherche d’un emploi, n’importe lequel. Quelqu’un lui avait dit qu’il y avait moyen de gagner de l’argent à la frontière. Elle s’est donc fait recenser à Nador, dernière ville avant la frontière, car seuls les résidents de cette ville peuvent se rendre du côté espagnol sans passeport. Il fallait fournir un grand effort physique, mais cela rapportait suffisamment pour pouvoir vivre. Safia transportait des marchandises la semaine et le week-end, elle travaillait comme aide-cuisinière ou serveuse à Melilia. Avec son diplôme, elle faisait figure d’exception parmi les porteuses, dont la plupart sont illettrées. Beaucoup d’entre elles sont divorcées, d’autres ont été abandonnées par leur maris ou sont mères célibataires. Elles travaillent pour le compte de commerçants qui profitent de ce système pour se faire livrer des marchandises exonérées de taxes douanières. Il est en effet légal de faire passer des marchandises du moment qu’on les transporte sur soi en tant que bagage personnel.

» Source de l'article: telquel

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