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Quand les salariés nuisent à la «e-réputation» de leur entreprise

09.03.2016 - 12:30

En s’exprimant sur les réseaux sociaux, les salariés peuvent, volontairement ou pas, nuire à leur entreprise. Mode d’emploi à destination des employeurs pour se prémunir de tels dommages.

Avec 11 millions de pages Facebook, les Marocains sont bien présents sur les réseaux sociaux. Des outils utilisés à titre personnel qui constituent « de haut-parleurs très puissants », pour reprendre les termes de Raja Bensaoud, consultante en communication stratégique et de crise, intervenant ce 8 mars lors d’une conférence de la Chambre de commerce et d’industrie du Maroc portant sur l’usage des réseaux sociaux par les salariés.

Comme l’explique Raja Bensaoud, les propos d’un employé sur un réseau social, même s’il s’exprime en son nom propre, peuvent avoir des conséquences directes sur l’entreprise, qu’il s’agisse d’informations sur la stratégie, le management ou même des collègues. Et les enjeux sont de taille : fuite d’informations confidentielles (volontairement ou pas), escroquerie ou encore affectation de l’e-réputation de la société, que Raja Bensaoud qualifie de « capital immatériel stratégique et vulnérable ». Crise médiatique, baisse des ventes, chute du prix de l’action… les conséquences peuvent être graves. L’internaute, à partir du moment où il identifie la personne concernée comme appartenant à l’entreprise, ne fera pas forcément la distinction entre les deux. La directrice du cabinet Capstrat explique que « le salarié est le prolongement de l’entreprise ».

Liberté d’expression versus devoir de loyauté

Mais peut-on encadrer de tels comportements sans nuire à la liberté d’expression des salariés ? La publication de contenus concernant l’entreprise par un salarié est-elle soumise à des règles juridiques ? C’est ce à quoi tente de répondre Sylvain Alassaire, conseil juridique, bien qu’il n’y ait pas encore de jurisprudence marocaine en la matière. Le législateur n’a pas encore élaboré de texte spécifique à la question, mais le droit commun donne déjà des éléments de réponse quant à la responsabilité du salarié en la matière et, lors de cas extrêmes, l’arsenal juridique que l’employeur peut invoquer s’il décide de le poursuivre.

Parmi eux, l’article 77 du code des obligations et des contrats portant sur les dommages, l’article 39 du Code du travail qui définit la divulgation d’un secret professionnel comme faute grave motif de licenciement, le premier article de la loi relative à la protection des données personnelles, ou encore le Code pénal et le code de la presse qui punissent la diffamation.

Hormis le code du travail, un arsenal à brandir y compris lors de « revanche électronique », lorsque les attaques proviennent d’un ancien salarié licencié. Mais pour le moment, un salarié marocain n’est pas prêt de se faire condamner, estime pour sa part Nawal Ghaouti, avocate. « Au Maroc, le juge regarde surtout le fait, l’auteur du fait et le préjudice causé. Ce préjudice doit être chiffrable (manque à gagner…). Or, dans ces cas-là, ce sera très difficile à faire ». L’avocate ajoute : « Certaines actions en justice ne valent pas la peine d’être menées. Même si l’arsenal juridique vous le permet, les gens risquent de se dire ‘ ils doivent avoir quelque chose à se reprocher ‘ ».

Comment se protéger ?

En attendant que la justice ne se positionne, Raja Bensaoud conseille bien sûr d’anticiper. Parmi les suggestions qu’elle évoque : différencier publiquement auprès des salariés ce qui est confidentiel ou pas, sensibiliser les salariés aux enjeux pour l’entreprise et aux risques qu’ils encourent, préciser des clauses de confidentialité dans les contrats de travail, développer les prises de parole en interne (pour inciter au « défoulement »), former les salariés à l’utilisation des réseaux sociaux, ou encore, élaborer une charte en la matière.

Lire aussi : Comment élaborer le règlement intérieur de son entreprise ?

Concernant la « e-réputation » d’une entreprise, qu’elle soit liée ou non à des personnes internes à la société, il existe également des prestataires chargés de réaliser des revues du web quotidiennes de ce qui se dit sur telle entreprise sur la toile. Et pour Raja Bensaoud, une ultime recommandation qui témoigne de l’importance du sujet : posséder deux community maganagers, pour avoir une veille nuit et jour, « parce que les internautes ne dorment jamais ».

» Source de l'article: telquel

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