Devant le camp de Ouled Ziane, des jeunes, surtout des mineurs, font bande à part. Ils refusent leur situation et réclament haut et fort leur «droit» à l’assistance. plus connu de ces jeunes est «Bambino». Ce mineur rejette le mot «migrant». Pour lui, le Maroc est un pays de transit pour passer en Europe, mais cette mission ne semble pas facile : «J’ai quitté mon pays avec le rêve d’améliorer ma vie et accéder à une meilleure éducation. Mes parents ont donné de l’argent et j’ai quitté l’école pour vivre mieux alors que je me retrouve à mendier. Les associations nous donnent du savon, mais on n’est pas venus au Maroc pour ceci». Bambino rêve de réunir 2.000 euros (plus de 22.000 DH) pour «dormir 
en Espagne». 
Parmi les jeunes qui ont pris la route pour le Maroc, un autre Camerounais dans les vingtaines. Chancelin a traversé sept pays à pieds pour arriver au Maroc en 2016 : «J’ai quitté mon pays en juin 2015. J’ai dépensé environ 800 euros (9.000 dirhams) pour arriver au Maroc». Chancelin a tenté «plus de 20 fois d’entrer en Europe via Sebta en vain». Il a été blessé trois fois et s’est cassé le bras en août dernier. «J’ai envie de travailler, mais la vie au Maroc est difficile. J’aimerais être traité comme un SDF et avoir un logement et une formation afin de survivre et m’intégrer dans la société marocaine». Étant un sportif, Chancelin rêve de «devenir un footballeur professionnel en Europe, c’est plus facile d’être formé et d’atteindre ses 
objectifs». 
Si le rêve d’atteindre l’Eldorado européen hante la majorité des jeunes africains subsahariens installés près de Ouled Ziane, d’autres attendent avec impatience d’être appelés pour avoir le récépissé leur permettant de circuler librement. 


Entretien Avec Mohamed Skim, directeur des Affaires de la migation au ministère délégué auprès du ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, chargé des Marocains résidant à l’étranger et des affaires de la migration

«Un dispositif permanent d’assistance humanitaire pour les migrants en situation de vulnérabilité, y compris les mineurs, a été mis en place

Le Matin : Quelles sont les actions menées par le ministère pour protéger les migrants ?
Mohamed Skim : La politique migratoire du Maroc, adoptée en 2013, apporte de nouvelles réponses aux enjeux stratégiques posés par la question de l’immigration, tant sur les plans humain, économique, culturel et social, qu’en termes de gouvernance générale. Nous disposons ainsi d’une Stratégie nationale d’immigration et d’asile, élaborée en 2014 avec une vision stratégique claire déclinée en 11 programmes opérationnels et 81 actions. Elle est guidée dans sa vision, dans ses objectifs et dans ses plans d’actions par six principes directeurs, dont l’approche humaniste qui vise à garantir le respect de la dignité humaine et l’approche droits de l’Homme qui implique la levée des obstacles discriminatoires, d’ordre réglementaire ou autre, pouvant limiter l’accès des migrants aux services de base : santé, éducation, logement, justice, etc. 
Ainsi, la mise en œuvre de cette politique a concerné trois axes principaux : la régularisation de la situation administrative des migrants en séjour illégal, qui a permis de régulariser plus de 23.000 personnes dans sa première phase, et pour laquelle près de 27.000 dossiers ont été déposés pour la seconde phase ; la mise à niveau du cadre réglementaire sur la migration et l’asile qui a permis l’adoption de la loi sur la lutte contre la traite des êtres humains et l’élaboration de deux projets de loi sur l’asile et la migration qui sont prêts à entamer leur parcours d’adoption législative ; l’ouverture de l’accès des migrants et des réfugiés aux services publics, notamment la santé, l’éducation, l’assistance sociale et humanitaire, la formation professionnelle et l’emploi ; et enfin l’accompagnement à travers la mise en œuvre de programmes d’intégration en partenariat avec les acteurs institutionnels, la société civile et les organismes internationaux.

Est-ce que le ministère offre une assistance sociale et humanitaire aux migrants, notamment les mineurs ?
Depuis 2014, dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie nationale d’immigration et d’asile, un dispositif permanent d’assistance humanitaire, pour les migrants en situation de vulnérabilité y compris les mineurs a été mis en place, et ce, en partenariat avec le Croissant-Rouge et la société civile. Ce dispositif permet de subvenir aux besoins immédiats des migrants vulnérables en leur apportant un accompagnement social : Soins médicaux – alimentation – don des vêtements – accompagnement juridique – hébergement temporaire et en les référant vers les différents services (Formation professionnelle – Recherche d’emploi – insertion éducative des enfants…) ouverts à leur égard.
Par ailleurs, les migrants peuvent bénéficier des différentes prestations sociales fournies par le ministère de la Famille, de la solidarité, de l’égalité et du développement social et l’Entraide nationale, et ce, notamment à travers, l’ouverture de tous les programmes de développement social aux migrants, l’intégration des enfants de migrants dans le Plan national de protection de l’enfance au Maroc et l’ouverture des Centres d’assistance sociale de l’Entraide nationale aux migrants.