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Programme d’urgence de l’éducation nationale : Beaucoup d’argent, peu de résultats

13.12.2018 - 15:01

La Cour des comptes livre son rapport

Entre 2009 et 2012, 43,1 milliards DH ont été mobilisés par l’Etat. Néanmoins, les paiements effectifs n’ont été que de 25,1 milliards DH, soit un taux de paiement de 58%

La Cour des comptes a dévoilé, mercredi 12 décembre, son rapport d’évaluation sur le programme d’urgence du ministère de l’éducation nationale. Dans son document, la Cour estime que le programme d’urgence n’a pas réalisé ses objectifs et n’a pas eu les impacts souhaités sur le système éducatif. L’évolution de plusieurs indicateurs après 2012 a montré une aggravation de la situation de l’éducation et de la formation. Côté budget, la Cour signale qu’entre 2009 et 2012, 43,1 milliards DH ont été mobilisés par l’Etat. Néanmoins, les paiements effectifs n’ont été que de 25,1 milliards DH, soit un taux de paiement de 58%, largement inférieur au taux d’exécution des budgets sectoriels constatés au niveau du budget général de l’Etat durant la période.

Ainsi, les partenaires du programme n’ont pas respecté leurs engagements en matière de financement. Au final, les 25 milliards DH qui ont été dépensés n’ont pas servi à grand-chose vu les multiples dysfonctionnements dont pâtit le système éducatif. L’insuffisance de la capacité d’accueil est pointée du doigt par la Cour des comptes. Sur un objectif de 1.164 établissements scolaires prévus par le programme d’urgence, seulement 286 ont été créés, soit 24,6%. Quant à l’objectif de l’extension des établissements existants prévu pour 7.052 nouvelles salles, les réalisations n’ont pas dépassé 4.062 salles, soit 57,6%. Cette situation a eu pour conséquence la non exploitation de 16.262 salles de classe pouvant servir pour les besoins de scolarisation, soit l’équivalent de 1.355 établissements de 12 salles chacun. L’autre conséquence a trait à l’aggravation du taux d’encombrement des classes pour le cycle primaire, collégial et qualifiant avec des taux de 21,2, 42 et 22,3% au titre de l’année scolaire en 2016-2017 contre 7,3, 16,5 et 26,1% en 2008. Le rapport signale que la couverture de l’ensemble des communes rurales par des collèges n’a pas été atteinte. Celle-ci est passée de 52,8% en 2008-2009 à seulement 66,5% en 2016-2017.

6.437 établissements sans réseaux d’assainissement et 9.365 salles délabrées

La dégradation des établissements scolaires constitue un problème de taille. La Cour des comptes précise qu’au cours de l’année scolaire 2016-2017, 6.437 établissements étaient sans réseaux d’assainissement, 3.192 non raccordés au réseau d’eau potable et 681 non branchés au réseau d’électricité, ainsi que 9.365 salles délabrées. Par ailleurs, la généralisation du préscolaire n’est pas pour demain.

Le programme d’urgence avait fixé un objectif de 80% en 2012 et la généralisation en 2015. Toutefois, cet objectif est loin d’être atteint. Sur les 7.667 écoles primaires, seulement 24% dispensent l’enseignement préscolaire.

La qualité de l’enseignement remise en cause

Pour combler le déficit des ressources humaines, le ministère de l’éducation nationale a procédé au recrutement de 54.927 enseignants par voie de contrat, durant la période 2016 – 2018. L’affectation de ces derniers directement aux classes d’enseignement, sans formation pédagogique requise, remet en question la qualité des enseignements dispensés. Il faut aussi noter que le programme d’urgence avait prévu un budget d’environ 12 milliards DH pour la mise en œuvre de dix projets inscrits dans le pôle pédagogique. Cela dit, certaines composantes de ce pôle portant sur la réforme des curricula, la mise en place d’un système d’information et d’orientation efficient, le renforcement de la maîtrise des langues, et l’amélioration du dispositif pédagogique n’ont pas été réalisées. Par ailleurs, la mise en œuvre de certains projets, bien qu’entamée, a été suspendue faute d’une vision intégrée de la réforme souhaitée.

Abandon scolaire : Plus de 270.000 élèves par an

L’abandon scolaire constitue un défi de taille auquel fait face le système éducatif. Malgré une amélioration du taux d’abandon scolaire qui a nettement diminué entre 2008 et 2012 , ce dernier a de nouveau enregistré une augmentation en 2017 pour dépasser les 279.000 élèves. La Cour des comptes signale que la persistance de l’abandon scolaire est estimée à plus de 270.000 élèves par an. Au final, la Cour des comptes a relevé l’absence d’un diagnostic précis de l’état des lieux et des préalables nécessaires à la mise en œuvre de tout programme, de l’évaluation des risques et des solutions alternatives. De même, il n’a pas été tenu compte en particulier des capacités de gestion des différentes parties prenantes impliquées dans la mise en œuvre du programme eu égard à la consistance et à la nature des actions à entreprendre. La Cour a noté l’absence d’un système d’information et du pilotage intégré et fiable dédié au programme d’urgence avec des outils adéquats susceptibles de donner une visibilité sur les progrès réalisés et accompagné d’un dispositif d’évaluation approprié.

Appui social : Absence d’une stratégie intégrée

La Cour des comptes relève dans son rapport que les mesures d’appui social destinées aux élèves issus de milieux défavorisés ont touché en 2016-2017, 1.085 110 bénéficiaires des cantines, 113.632 bénéficiaires de l’hébergement et de la restauration dans les internats, 138.995 bénéficiaires du transport scolaire ainsi que 859.975 bénéficiaires du programme Tayssir.

En outre, 3.835.833 élèves ont bénéficié de fournitures scolaires. Malgré l’amélioration de ces indicateurs, les mesures n’ont pas produit l’impact souhaité sur l’amélioration des conditions de scolarité et la rétention des élèves.

La Cour fait remarquer que les insuffisances de ces mesures sont liées à la défaillance de la planification, aux conditions d’hébergement et de restauration dans les internats et les cantines. Ainsi  qu’à l’absence d’une stratégie intégrée en matière d’appui social ciblant les élèves issus des familles démunies, au système de ciblage des bénéficiaires, et à l’insuffisance des moyens alloués.

» Source de l'article: aujourdhui

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