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El Hassan El Mansouri : «L’équité sociale et territoriale, clef du nouveau modèle de développement»

04.03.2019 - 12:02

Entretien avec El Hassan El Mansouri, secrétaire général de l’ONDH

La réflexion sur le futur modèle de développement au Maroc est intimement liée à un travail de fond sur la révélation des inégalités socio-économiques et territoriales induites par le modèle de développement actuel du pays, mis en œuvre durant les cinquante dernières années. L’Observatoire national du développement humain (ONDH) s’intéresse depuis sa création à l’exploration des différentes facettes de ces inégalités et leur poids sur le développement à long terme du pays. Il s’agit de regarder de près les réalités de cette lutte contre les indicateurs de pauvreté et les écarts laissés en termes d’inégalités. Dans cette interview nous explorons avec le secrétaire général de l’ONDH, El Hassan El Mansouri, les différentes facettes de cette problématique.

ALM : Pourquoi l’ONDH s’intéresse-t-il à la problématique des inégalités au moment même où sur la place publique se pose la réflexion collective sur l’imagination d’un nouveau modèle de développement voulu plus inclusif? Est-ce une manière pour vous de rappeler les fondamentaux de l’équité socio-économique en mettant en avant les inégalités socio-spatiales induites par le modèle de développement actuel? 

El Hassan El Mansouri: Vous savez sans nul doute que l’ONDH a, depuis sa création, inscrit dans ses différents travaux et programmes de recherche la question de l’évaluation de l’impact socio-économique des politiques publiques. De là émerge la mise en avant de la question des inégalités socio-spatiales comme une réalité à prendre en charge.   

Il faudrait savoir aussi que dans la littérature sur les politiques publiques, l’équité sociale est intimement associée au principe qui fonde la correction des retombées des inégalités sur les individus ou les groupes sociaux démunis. Il ne s’agit pas de l’égalité proprement dite, mais d’une convergence progressive et perceptible, de la société vers une répartition équilibrée des ressources, pouvoirs et opportunités, socialement et économiquement acceptable. L’équité ainsi définie tend à structurer, partout au monde, les plaidoyers, les fondements et les référentiels des modèles de développement durable et équitable. Mais elle se limite souvent à la lutte contre la pauvreté, voire à la garantie d’un minimum requis pour des raisons liées, entre autres, au rendement politique de la satisfaction immédiate des besoins urgents des populations en situation difficile.

Qu’est-ce qui explique l’engouement pour la réflexion sur la question de l’équité sociale aussi bien au Maroc qu’à travers le monde?

Vous savez certainement que les transitions démographiques, économiques, politiques et socioculturelles, plus rapides que de par le passé, font que l’équité sociale cesse d’être perçue comme un luxe ou une utopie mais plutôt comme une exigence sociale et sociétale. Les raisons sont liées aussi bien à l’équilibre social du développement qu’à son efficacité politique et son efficience économique et financière. En effet, de nouvelles formes de revendication de l’équité sociale émergent ces dernières années aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement.

Souvent spontanées mais justifiées, pareilles revendications expriment une demande sociale de dignité humaine, de vie décente et de protection des démunis des retombées économiques et écologiques des options passées de développement. Elles n’épargnent que les pays où l’extrême pauvreté bat de l’aile et où l’échelle des priorités est encore à l’état primaire.Partout où la pauvreté absolue recule, l’éducation se généralise et l’accès aux réseaux sociaux s’élargit.

Cette nouvelle forme de revendication se nourrit des inégalités, des frustrations qui en résultent et du populisme qui s’en sert à volonté. Aujourd’hui, l’équité sociale va au-delà de la réduction du chômage et des inégalités, en faisant du partage de l’emploi disponible une demande sociale concrète.

  

Pour des pays comme le Maroc où la pauvreté absolue et la faim sont quasiment éradiquées, les politiques publiques devraient être jugées non seulement par rapport à leur impact sur la vulnérabilité, le chômage et l’exclusion, mais aussi et surtout par rapport à l’allègement des inégalités sociales et des disparités territoriales.

» Source de l'article: aujourdhui

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