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Sport

Le Mondial chiffré du Onze national

28.06.2018 - 21:00
La virée de l’équipe du Maroc sur terre russe est terminée, et avec elle, les espoirs, un chouia surréalistes, de tout un peuple se sont envolés. Avouer tout ce que l’on pense du parcours des Nationaux serait à la fois subjectif et à contre-courant, tant l’opinion publique s’est dite satisfaite de ses Lions de l’Atlas, à base de « nous avons été combatifs », « nous avons très bien joué », mais encore, « sans l’arbitrage défavorable on se serait qualifié ». De ce fait, nous avons courageusement décidé d’avancer masqués, en donnant la parole aux chiffres. A travers trois compartiments de jeu, on tentera de décrypter et d’évaluer ce que vaut vraiment la campagne de l’équipe nationale.

L’attaque :
L’attaque n’a jamais été l’atout numéro un de l’équipe nationale, il est donc normal pour les hommes d’Hervé Renard d’occuper la 20ème position (2 buts en 270 minutes). Certes, on ne peut pas les accuser d’avoir été timides, surtout quand ils ont tenté 35 tirs, soit plus de 10 par match, par contre, leur capacité à trouver le cadre est plus discutable (28%). Cette difficulté qui a fortement impacté leurs « Expected Goal » (Xg), à savoir le nombre d’occasions nettes créées par match (2,78 Xg), trouve également son origine dans la relative complexité éprouvée au moment d’entrer dans la surface de réparation (11ème du Mondial, avec 43 ballons touchés dans cette zone). Il existe deux autres motifs responsables du manque de danger créé par les Nationaux. D’abord, les centres. Seulement 42 tentés (18ème) dont la majorité ont penché côté droit (24), ce qui implique un déséquilibre, lequel ne les a pas aidés à tromper la vigilance de l’adversaire. Et même quand ils y sont arrivés, souvent ils ont raté près d’un centre sur trois. Ensuite, ils ont cédé à une dangereuse tentation, celle de l’action individuelle. Se muer en héros, nos joueurs ne savent pas le faire. Pour preuve, ils sont dans le Top 10 des équipes ayant le plus dribblé (84), mais la réussite n’a pas été au rendez-vous (73%).

La construction :  
Fortement lié au précédent, ce compartiment dit tout de l’inadéquation entre le style de jeu adopté par les Marocains et leurs capacités. Ok, nous avons eu majoritairement la possession (54%, taux plombé par un dernier match à 32%), et avons réalisé 1103 passes (18ème avec 86% de réussite) mais excepté cela, nous n’avons brillé dans aucune des catégories statistiques qui nous auraient fait croire que les Nationaux ont profité de la possession. Car avoir le ballon c’est bien, mais pour en faire quoi ? Si c’est pour le perdre 253 fois (21 ème), rater près de deux passes faciles sur huit et 80% des 144 passes en profondeur tentées, ou encore la moitié des 118 passes longues, non merci. D’ailleurs, cette absence de justesse se traduit à la fois par un faible total de passes dans le dernier tiers, 144 dont 65% réussies, ainsi qu’un nombre insignifiant de passes clés (7).

La défense :
Enfin un domaine que l’on maîtrise à la perfection. Mais en fait, non. En tout cas, pas en Russie.  Infranchissable lors des qualifications, la défense marocaine n’a pas sombré cet été, mais elle a vacillé plus que de coutume. 14ème défense avec quatre buts encaissés, sans l’imprécision des attaquants adverses, elle aurait pu en chercher beaucoup plus au fond de ses filets parce que les occasions nettes concédées, il y en a eu : au moins 3 toutes les 90mns (23ème), au même titre que les tirs subis ont été légion (32). Chercher les causes de cette fébrilité n’est pas ardu. Il suffit de constater que les hommes d’Hervé Renard n’ont réussi à gagner que 22% de leurs duels défensifs (204) et uniquement un duel aérien sur deux. Si l’on ajoute à cela un nombre dérisoire d’interceptions par match (39), tout prend sens quant à la perte de la solidité défensive de l’EN.
Cette rétrospective chiffrée conforte l’idée que les apparences sont souvent trompeuses. Quand bien même le Maroc du foot se dit plus que satisfait, les statistiques révèlent, elles, une réalité moins flatteuse et plus nuancée. Bien au-delà du résultat final, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce fut une épopée dans l’ensemble mitigée. On dit ça on dit rien.

 

» Source de l'article: liberation

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