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Abdelkrim Ragoun, un Tétouanais à Constantinople

En 1766, le sultan alaouite Moulay Mohammed Ben Abdellah, dit Mohammed III dépêche Abdelkrim Ragoun, l’un de ses premiers ambassadeurs, en Turquie auprès du sultan ottoman Moustapha III. L’occasion pour le 18ème sultan du royaume chérifien et l’ancien calife de Marrakech pour exprimer sa solidarité avec le plus fort empire islamique de l’époque, suite au début de l’agression russe.

Nous sommes en 1748. Le futur Mohammed III vient d’être nommé calife de Marrakech par son père le sultan Moulay Abdallah. Une nomination qui facilitera son intronisation en 1757, 9 ans après, suite au décès de son père. Sans opposition aucune, il devient ainsi le 18e sultan du royaume, après Moulay Rachid. Roi itinérant, il sera l’un des sultans alaouites ayant choisi Rabat comme capitale impériale, sans pour autant y élire domicile fixe.

Porteur d’une lettre de solidarité du Maroc à l’empire ottoman

Son règne est surtout marqué par les bonnes relations diplomatiques qu’il entretiendra avec presque toutes les puissances d’Orient ou d’Occident, de l’empire ottoman aux Etats-Unis d’Amérique. Pour cela, il déploie plusieurs ambassadeurs et consuls notamment en Europe et dans les pays voisins du royaume chérifien. «Le sultan Sidi Mohammed multiplia les envois d’ambassadeurs en Suède, en Angleterre et à Constantinople. A ses émissaires, il confiait invariablement le soin de rapporter des agrès de navires, de la poudre, des canons et bronze», rapporte Roger Coindreau dans «Les corsaires de Salé» (Editions Eddif, 2006).

Le sultan alaouite choisira un bon timing pour dépêcher, en 1766, Abdelkrim Ragoun, un homme de confiance originaire de la ville de Tétouan, à la cour du sultan ottoman Moustapha III. Selon un article du magazine arabophone Al Bayan, Mohammed III répondra plutôt par cette nomination aux «cadeaux envoyés par le sultan ottoman Moustapha III avec Taher Ben Abdesslam Slaoui et Taher Bennai Rbati».

Moulay Mohammed Ben Abdellah et Moustapha III. / Photomontage

Il existe d’autres versions de l’histoire sur les raisons de l’envoi d’Abdelkrim Ragoun. Un article paru dans Maroc Hebdo en 1997 affirme que «l’ambassade de Raïs Abdelkrim Ragoun en 1766 apporta le soutien du Maroc aux Turcs, aux prises avec la flotte russe». Toutefois, le seul événement non daté et qui pourra être derrière l’envoi d’un message de Moulay Mohammed Ben Abdellah pour apporter le soutien du royaume chérifien à l’empire ottoman est l’attaque de la ville Balta sur le territoire ottoman, par des Ukrainiens pro-Russie peu avant 1768. Une date à laquelle l’empire ottoman déclarera la guerre à la Russie, ce qui déclenchera la sixième guerre russo-truque de 1768-1774.

Le Raïs Abdelkrim Ragoun Tetouani arrivera donc à Constantinople, porteur d’un message royal qui fera preuve de la solidarité de l’empire chérifien avec les Ottomans. L’ambassadeur passera un an dans la capitale turque avant de rentrer au Maroc. Il sera même «particulièrement heureux dans son ambassade», comme le rapporte Roger Coindreau.

Porteur de cadeaux de Moustapha III à Mohammed III

En 1667, Abdelkrim Ragoun Tetouani ne reviendra pas bredouille. Si la coutume était d’envoyer aux rois des cadeaux encore plus importants que ceux qu’on venait de recevoir d’eux, Moustapha III ne réfléchira pas deux fois avant de décider d’offrir à Mohammed III un navire. Le sultan alaouite était connu pour son amour du matériel naval et exceptionnellement des navires de guerre. C’est la raison pour laquelle l’ambassadeur marocain reviendra avec un bateau de guerre et plusieurs matériaux.

«Le Raïs Abdelkrim Ragoun Tetouani (…) revient, ramenant un navire chargé de canons et de mortiers de bronze avec leurs munitions et de tous les agrès nécessaires pour les bateaux corsaires, comme mâts, ancres, voiles, câbles, cordage, barils et autre matériels naval».

Roger Coindreau

Le sultan ottoman veillera également à dépêcher des «maîtres très experts dans la fonte de canons et des mortiers, bombes et boulets et dans la construction des navires» pour accompagner l’important bijou offert à Mohammed Ben Abdellah.

Illustration de Constantinople, capitale de l'empire ottoman. / Ph. DRIllustration de Constantinople, capitale de l’empire ottoman. / Ph. DR

L’histoire ne retient malheureusement que peu d’informations sur Abdelkrim Ragoun Tetouani tout comme sur d’autres ambassadeurs. Mais une chose est sûre, il est, aux côtés de Hadj El Khiyat (dépêché en Turquie en 1761), Tahar Ben Abdeslam Slaoui et Tahar Bennani Rbati (dépêchés probablement vers 1765), l’un des diplomates de Mohammed III ayant réussi à stabiliser une relation tumultueuse entre le Maroc et l’empire ottoman.


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