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Ahmad Al Mansour ou le sultan saadien qui voulait conquérir l’Amérique

Conquérir le monde. C’était l’une des principales ambitions de Ahmad Al Mansour, de 1578 lorsqu’il est devenu sultan du royaume saadien, jusqu’à sa mort en 1603. Mais ses projets d’étendre son royaume au-delà des frontières historiques étaient freinés par les capacités du royaume de l’époque. Ainsi, après avoir conquis l’empire Songhaï, dans l’est actuel du Mali, pour mettre la main sur les mines d’or et sur les marchés d’esclaves, l’empereur marocain envisageait de peupler le Nouveau monde.

En effet, Ahmad Al Mansour cultivait une étonnante obsession pour l’Amérique. Ses projets d’invasion étaient partagés avec son alliée européenne, la reine d’Angleterre. Le sultan saadien avait ainsi étudié son plan de conquête des Amériques, en le basant sur l’inimitié commune qu’il avait avec l’Angleterre pour l’Espagne.

Son complot était même au cœur d’une mission diplomatique envoyée à Londres en 1600. Abdelouahed Anoun, se rendit ainsi en Angleterre afin de renforcer principalement l’alliance maroco-anglaise et porter une lettre à la reine. La correspondance expliquait les grandes ambitions du sultan, notamment pour vaincre les Espagnols et conquérir les Amériques.

Peupler l’Amérique par des Marocains

«Lors de la visite de l’ambassadeur marocain à Londres (…), Al Mansour avait secrètement proposé à Elizabeth une opération conjointe pour s’emparer des possessions espagnoles en Amérique», rapportent Gerald MacLean et Nabil Matar dans leur livre «Britain and the Islamic World, 1558-1713» (La Grande-Bretagne et le monde islamique, Editions OUP Oxford, 2011).

Le sultan saadien Ahmad Al Mansour. / Ph. DR

Dans sa lettre à la reine britannique, Ahmad Al Mansour explique que ses plans militaires pour envahir le Nouveau Monde reposent principalement sur l’aide des Anglais. Poussé par ses ambitions irréalisables, le sultan saadien déclare même qu’il «ne mettra en place une entreprise militaire commune avec elle que si l’objectif n’était pas seulement de combattre l’Espagne, mais également de coloniser le Nouveau Monde», poursuivent MacLean et Matar. Les deux historiens expliquent qu’Ahmad Al Mansour voulait aussi que «les Marocains peuplent la terre (les Amériques) sur le dos des Anglais».

Cependant, le plan d’Al Mansour n’était en réalité pas aussi clair que présenté dans sa lettre à la reine Elizabeth I. En fait, le sultan, à la tête d’une puissante armée, connaissait très bien le potentiel des terres américaines, les avantages qui en découleraient mais surtout ce que cela rapporterait aux trésoreries makhzaniennes.

La reine Elisabeth I. / Ph. DRLa reine Elisabeth I. / Ph. DR

Selon le livre de Mercedes Garcia-Arenal, intitulé «Ahmad al-Mansur : The Beginnings of Modern Morocco» (Ahmad al Mansour : les prémices du Maroc moderne, Editions Oneworld Publications, 2012), l’imbattable roi saadien était conscient de la «notion selon laquelle l’Amérique serait le théâtre où le futur serait joué entre les puissances mondiales».

Un rêve qui restera lettre morte

Mais l’obsession pour les Amériques montrait la grande «perspicacité politique» du sultan saadien, son «niveau extraordinaire d’intelligence» et sa vision futuriste, écrit Garcia-Arenal.

Le stratagème audacieux d’Al Mansour était trop «beau pour être vrai» ou «plutôt sans fondement pour être vrai». La même historienne affirme que, bien que le dirigeant ait voulu «prendre part à une joint-venture» pour conquérir l’Amérique, il «avait besoin de suffisamment d’argent pour être admis dans le groupe des nations engagées dans des missions de découverte et de conquête».

Et c’est exactement ce qui s’était passé avec la reine d’Angleterre, qui «semblait hésiter à construire un vaste empire outre-mer», rappellent MacLean et Matar. Elizabeth savait que la conquête du Nouveau Monde nécessiterait «des troupes bien entraînées pour l’aider contre l’Espagne», ce qu’elle ne pouvait se permettre.

Illustration. / DRIllustration. / DR

La reine avait fini par ne pas répondre à la lettre d’Al Mansour et les projets de construction d’un empire marocain dans les Amériques tombaient ainsi à l’eau. «Quand Elizabeth n’a pas offert d’assistance, Al Mansour a été convaincue qu’elle était inutile pour ses projets grandioses», ont révélé les deux historiens. Toutefois, même sans l’aide des Anglais, Ahmad Al Mansour était prêt à conclure un pacte avec l’un de ses ennemis jurés. Ainsi, en octobre 1602, il signe un accord de coopération militaire avec l’Espagne dans le but de se protéger de l’empire ottoman, sans écarter l’éventualité d’une coopération à destination du Nouveau Monde.

Et bien que la reine Elizabeth n’était pas d’accord avec ses plans à propos de l’Amérique et qu’elle a été irritée par son alliance avec les Espagnols, elle envoya une lettre à Ahmad Al Mansour, avant sa mort en 1603, où elle le qualifia de frère et de proche. Ahmad Al Mansour rendra aussi l’âme la même année, sans pouvoir réaliser son rêve de voir l’Amérique devenir un territoire appartenant au Maroc.


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