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Comprendre pourquoi le Hajj coûte de plus en plus cher

Si chaque musulman en capacité physique et financière doit faire le Hajj une fois dans sa vie, ce nombre de fidèles remplissant les conditions risque de baisser de manière significative. En effet, de nombreux musulmans à travers le monde sont découragés face à la hausse constante des prix des circuits proposés par les agences qui proposent le Hajj, seul moyen de réaliser le pèlerinage.

Sur une simple comparaison entre 2018 et 2022, la hausse du prix du Hajj se fait sentir au Maroc. Pour cette année 2022, les tirés au sort devront ainsi débourser 63 800 dirhams, soit plus de 17 000 de plus qu’en 2018 (46 551 dirhams). Pour les pèlerins français, le pèlerinage coûtait entre 5 500 et 7 000 euros (58 200 à 74 000 dirhams) en 2018. En 2022, il dépasse les 11 000 euros (116 400 dirhams) pour les formules les plus «luxueuses».

«Les prix ont doublé en dix ans», regrettait déjà en 2019  le président de l’association France Hajj, Benabdellah Soufari dans Libération. Pour lui, le pèlerinage vers La Mecque est devenu un «véritable business».

Comment le Covid-19 a fait augmenter le prix du Hajj

Seulement, cette hausse qui était déjà conséquente, a encore augmenté avec la crise du Covid-19 et de nombreux facteurs conjoncturels. En effet, si l’Arabie saoudite recevait entre 1 et 3 millions de pèlerins chaque année depuis presque 30 ans, la pandémie a eu pour effet de faire voler en éclat cette économie, qui mobilisait chaque année plus de 190 000 travailleurs chaque année en Arabie saoudite.

Pour l’année 2020, marquée par les fermetures de frontières et l’explosion des cas de Covid-19, l’Arabie saoudite a été contrainte de réduire le nombre de pèlerins à 1 000, tous saoudiens. L’année dernière a été marquée de son côté par une hausse significative de pèlerins, qui seront 60 000, encore une fois tous saoudiens. Il faudra attendre ce Hajj 2022 pour que les étrangers puissent se rendre à la Mecque. Ainsi, près d’un million de croyants sont attendus cette année pour le retour du pèlerinage «grandeur nature», ou presque.

«C’est la crise pour tout le monde», a ainsi souligné une agence française, spécialisée dans le Hajj et la Oumra, contactée par Yabiladi. Selon elle, la hausse des prix est principalement le résultat de la hausse du coût des prestations pendant les rites en Arabie saoudite. Alors qu’ils coûtaient 1 600 euros (16 930 dirhams) par fidèle avant la pandémie, ils sont passés à 2 800 euros (29 600 dirhams) en 2022. Comme les fidèles, les agences sont laissées face au fait accompli, et aucune information sur cette augmentation des prix ne leur est communiquée par les autorités saoudiennes.

Les autres raisons de la hausse des prix

D’autres facteurs doivent cependant être pris en compte pour comprendre cette hausse des prix, notamment la date du Hajj. Pour l’agence, les vols en été sont naturellement plus chers, dépassant largement 1 500 euros (15 872 dirhams) durant le Hajj, contre 800 à 900 euros (8 465 à 9 523 dirhams) d’ordinaire.

Par ailleurs, le contexte en Arabie saoudite n’a pas aidé. En effet, depuis juillet 2020, le pays a mis en vigueur un nouveau calcul de la TVA, qui est passée à 15%, contre 5% jusqu’alors. Là encore, cela se fait sentir sur l’addition, comme le taux de change, pas forcément favorable aux européens ou aux Marocains.

Pour le site Al Kanz, spécialisé dans l’économie islamique, ces augmentations mondiales résultent aussi de la mise en œuvre de la «Vision 2030» par l’Arabie saoudite. Consciente que sa dépendance économique au pétrole est compromise par les enjeux climatiques, l’Arabie saoudite cherche à assurer le «succès économique du pays à long terme», notamment à travers la réforme de l’industrie du tourisme. Pour Al Kanz, l’Arabie saoudite chercherait, petit à petit, à mettre la main sur l’organisation du Hajj à travers «une sorte de nationalisation».

Quoi qu’il en soit, ce sont aujourd’hui les fidèles qui paient le prix fort du Hajj. Si le destin du Hajj semble être de devenir un luxe, que beaucoup de gens ne pourront plus se payer, les fidèles sont toujours contraints de «casser leur tirelire» et de se plier aux réalités économiques conjoncturelles et aux décisions politiques de l’Arabie saoudite.


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