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Hakim El Amrani veut introduire le design biophilique au Maroc

Brouiller les frontières entre l’espace bâti et la nature est un concept de plus en plus en vogue, notamment pour ce qui est du design d’intérieur. Hakim El Amrani, Néerlando-marocain, est aujourd’hui l’un des rares designers – et le seul Marocain aux Pays-Bas- à faire du concept de design biophilique son fer de lance.

Sa famille, originaire de Marrakech, est arrivée aux Pays-Bas dans les années 1970. Contrairement à plusieurs Marocaines qui ont été contraintes de rester au foyer, la mère de Hakim El Amrani a choisi d’intégrer le monde du travail. «Elle travaillait dans la cantine de Rijksakademie van Beeldende Kunsten, l’Académie royale des arts visuels à Amsterdam pendant plus de 12 ans», nous confie-t-il. Pendant les congés scolaires et les vacances, Hakim l’accompagnait sur son lieu de travail. «C’était tout un monde au sein de cette prestigieuse école. Pour m’occuper, les artistes des beaux-arts me donnaient de la peinture, des crayons, du matériel de découpe ou de l’argile», se remémore-t-il.

Côtoyer des artistes dès son plus jeune âge influera ainsi sur la carrière de Hakim El Amrani qui opte, plus tard, pour l’architecture d’intérieur et le design spatial au sein de la Willem de Kooning Art Academy in Rotterdam, l’Académie des arts de Rotterdam. «Une fois ma formation achevée, j’ai intégré des bureaux d’architectes mais j’ai remarqué qu’ils font un focus sur la beauté du rendu final alors que beaucoup de matériaux sont utilisés», explique-t-il.

L’architecte d’intérieur néerlando-marocain Hakim El Amrani. / Ph. David Meulenbeld

«Intégrer la nature à l’environnement bâti»

Cela le pousse à s’intéresser aux nouveaux concepts plaçant les liens entre protection de l’environnement et bien-être au cœur de ses préoccupations. «J’ai passé 8 ans à étudier de nouveaux concepts, comme le design biophilique qui consiste à intégrer la nature à l’environnement bâti», indique-t-il. Le terme biophilie a été utilisé pour la première fois par le psychanalyste américain d’origine allemande Erich Fromm, nous rappelle le Néerlando-marocain, ajoutant que ce psychanalyste avait «remarqué que les patients se trouvant dans des chambres avec une fenêtre donnant sur les arbres ou de la verdure guérissaient plus rapidement que d’autres».

C’est ainsi que le Néerlando-marocain commence à développer des designs d’intérieur et d’extérieur qui s’inspirent de ce concept. «Aux Pays-Bas, je suis sollicité pour concevoir l’extérieur, l’intérieur ou la partie entre les deux afin d’intégrer des éléments de la nature», déclare-t-il.

Après plusieurs expériences réussies, l’architecte d’intérieur finit par créer Studio NousNous, spécialisé dans le design biophilique. «Le studio opère à différentes échelles, de l’intérieur à l’extérieur dans un contexte de design urbain et d’architecture, en préconisant des espaces rénovés. Nous promouvons la croissance verte pour une société saine et inclusive», nous dit-il.

«Notre travail n’est pas fixe mais vise à intégrer des plantes naturelles dans le design, de la chambre à coucher jusqu’à l’extérieur. Notre ambition est de créer des villes biophiliques, en mettant en œuvre un design basé sur la nature dans l’environnement construit, à une époque où les villes deviennent de plus en plus grandes alors que tous les éco-systèmes que nous avons, deviennent de plus en plus en souffrance.»

Hakim El Amrani

Une pièce repensée par Hakim El Amrani. / Ph. Studio NousnousUne pièce repensée par Hakim El Amrani. / Ph. Studio NousNous

Alors que le concept est en vogue aux Pays-Bas, le Néerlando-marocain confie être sollicité par des écoles et des institutions pour exposer ses idées. «Plusieurs personnes qui viennent demander conseil auprès de mon studio veulent connaître les prix. Je leur réponds souvent avec les recherches menées dans des hôtels, qui ont montré que 36% de la clientèle restent plus souvent dans les halls d’accueil de ces établissements qui comprennent des plantes», ajoute-t-il. «Cela me ravie de penser que mon travail aide les gens à se sentir bien chez eux, à se sentir reposé et guérir de leur maux», confie-t-il encore.

Introduire le design biophilique et des villes biophiliques au Maroc

Le Néerlando-marocain confirme aussi être contactés par des clients marocains à la recherche de conseils. «Récemment, j’ai aidé une clinique privée à Marrakech qui souhaitait mettre en œuvre un concept biophilique pour sa cour et ses chambres. J’ai également assisté un Belge propriétaire d’un célèbre riad à Marrakech à travers le design de la terrasse de l’établissement», précise-t-il.

Une pièce repensée par Hakim El Amrani. / Ph. Studio NousnousUne pièce repensée par Hakim El Amrani. / Ph. Studio NousNous

Notre interlocuteur ne cache pas son envie de développer des designs au Maroc, déplorant que le concept ne séduise pas encore comme aux Pays-Bas. Or il rappelle que les maisons traditionnelles, construites sous forme de riads, intégraient déjà ce concept.

«L’architecture arabo-amazighe et musulmane étaient pionnières. Les anciens riads au Maroc ont des cours sans plafonds, avec un jardin et des arbres autour desquels les chambres sont construites. Leur décoration intègrent aussi des dessins et des zelliges qui s’inspirent de la nature.»

Hakim El Amrani

Pour l’architecte d’intérieur, «il est possible de travailler aujourd’hui depuis les Pays-Bas pour la refonte d’un espace avec un design biophilique dans n’importe quelle région du monde, et notamment au Maroc, grâce aux nouvelles technologies». Il rappelle, dans ce sens, avoir déjà eu l’expérience avec un ami au Japon ainsi que le client belge installé à Marrakech.

L'architecte d'intérieur néerlando-marocain Hakim El Amrani. / Ph. David MeulenbeldL’architecte d’intérieur néerlando-marocain Hakim El Amrani. / Ph. David Meulenbeld

Le Néerlando-marocain étudie actuellement la possibilité de donner des conférences au Maroc, grâce au partenariat de Studio NousNous avec ClimateLaunchpad Morocco. «L’un des ambitions de Studio NousNous et ClimateLaunchpad est d’introduire le concept de design biophilique et de villes biophiliques au Maroc», annonce-t-il fièrement. Animé par ses ambitions, le Néerlando-marocain plaide pour l’adoption au Maroc de concepts et de matériaux naturels et écologiques pour protéger l’humain et l’environnement. Un retour aux sources pour le Marocain d’origine mais aussi pour l’architecture marocaine.


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