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« La reprise économique au Maroc tourne à sec » selon la Banque Mondiale

D’après le rapport de suivi[1], que vient de publier la Banque Mondiale (BM) sur l’économie marocaine, le Maroc subit l’impact d’une campagne agricole exceptionnellement sec qui l’oblige à importer des volumes plus importants de céréales à des prix sensiblement plus élevés, en raison de la conjoncture internationale. Dans ce contexte très défavorable, l’économie pourrait décélérer fortement en 2022 avec un taux de croissance de 1,3% en 2022.

Après la contraction de l’économie marocaine de 7,1% au cours de la 1ère année de la pandémie, les données des comptes nationaux révèlent que le PIB réel a enregistré une expansion de 7,9% en 2021. Avec ce niveau, le Maroc a surpassé ses pairs régionaux et récupéré les pertes de production subies au début de la pandémie.

Cette reprise a été soutenue par la bonne performance du secteur agricole (+17%) grâce à une récolte céréalière exceptionnelle (103 millions qtx). La croissance a également été tirée par la demande intérieure, la consommation privée ayant augmenté de 8,2%, soutenue par le dynamisme continu des transferts des Marocains Résidents à l’Etranger. La reprise de l’investissement a été solide (+15%), même si la formation brute de capital n’a pas encore retrouvé ses niveaux d’avant la pandémie.

Toutefois, les oscillations de croissance post-COVID ont été plus prononcées au Maroc que ceux observés en moyenne dans la région MENA. Cela est dû au fait que, d’une part, le Maroc a un secteur touristique important et est plus étroitement intégré aux marchés européens qui ont été affectés par des fluctuations extrêmes. D’autre part, le choc COVID-19 a été amplifié par une série de chocs climatiques, auxquels l’économie marocaine est particulièrement exposée.

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Et enfin, les politiques macroéconomiques de soutien adoptées à la suite de la pandémie et une campagne de vaccination réussie auraient pu entraîner une normalisation plus rapide de l’activité économique au Maroc. De même, le PIB réel demeure inférieur de 6,8% à la projection de la BM en Octobre 2019, ce qui suggère que le rebond n’a pas encore ramené le Maroc aux niveaux d’avant la pandémie. De plus, certains secteurs clés de l’économie sont encore loin d’avoir complètement récupéré, notamment le tourisme, qui a encore dû faire face à un faible nombre d’arrivées touristiques en 2021 (71 % en dessous du niveau de 2019).

S’agissant des perspectives et risques durant l’année en cours, l’économie marocaine a commencé à faire face à des vents contraires vers la fin de l’année, et des indicateurs à haute fréquence suggèrent qu’un ralentissement significatif est en cours en 2022. Ainsi, la chute projetée de la production céréalière à 32 millions de quintaux pour 2022, se traduira par une contraction de la VA agricole d’environ 15%. Cela affectera négativement les revenus et la consommation des ménages ruraux, tout en augmentant la dépendance du Maroc vis-à-vis des céréales importées.

De même, les chocs déstabilisateurs qui se déroulent à l’échelle mondiale devraient continuer d’alimenter les pressions sur les prix, avec des répercussions sur la consommation et sur les soldes extérieurs et budgétaires. Le Maroc étant très dépendant des importations énergétiques et alimentaires, il reste donc fortement exposé aux effets de la flambée des prix internationaux des matières premières.

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Cela se traduit par un environnement macroéconomique plus difficile dans lequel l’inflation érode le pouvoir d’achat des ménages et la hausse des subventions entraîne une nouvelle détérioration du déficit budgétaire. Ces impacts sont susceptibles d’être aggravés par d’autres chocs en cours, comme le ralentissement désormais prévu pour l’économie mondiale, et un resserrement potentiellement brutal de l’orientation de la politique monétaire dans les économies avancées.

Dans ce contexte, les experts de la BM prévoient une croissance du PIB réel en baisse à 1,3% en 2022, suivi d’une nette reprise en 2023 à mesure que la production agricole se normalise et que les chocs mondiaux commencent à s’atténuer. En effet, sous l’hypothèse d’une production céréalière moyenne, la croissance économique devrait s’accélérer à 4,3% en 2023, au-delà de l’expansion actuellement prévue pour la région MENA.

[1] Le Rapport de suivi de la situation économique au Maroc est un rapport semestriel préparé par l’équipe de la BM sur les dernières évolutions, politiques et perspectives économiques au Maroc. Ce rapport est produit par le département Macroéconomie, Commerce et Investissement de la région MENA du Groupe de la BM.

Le rapport de suivi de la BM contient aussi un « Chapitre spécial sur l’économie des sécheresses et de la rareté de l’eau au Maroc »

Ce chapitre spécial résume une partie du travail analytique qui a été produit pour le Rapport sur le climat et le développement du Maroc (CCDR), un diagnostic de base de la BM qui sera bientôt publié. Il se concentre sur les impacts des chocs pluviométriques sur l’économie marocaine, qui ont été rendus de plus en plus apparents par une succession récente de sécheresses : trois au cours des quatre dernières campagnes agricoles. Les niveaux de précipitations irréguliers restent une source importante de volatilité macroéconomique au Maroc, une tendance que le changement climatique pourrait aggraver. Ainsi, le Maroc est l’un des pays les plus touchés par le stress hydrique au monde, un problème qui devrait s’aggraver dans les décennies à venir.


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