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Le Roi, les MRE, le Peuple : Une révolution ?

L’attention royale portée aux citoyens Marocains à l’étranger est devenue un incontournable des discours du souverain. Chaque année, la diaspora est évoquée, soit pour réaffirmer ses liens indéfectibles avec le pays, soit pour tancer les responsables qui ont failli dans leur mission au service des MRE.

Déjà le roi Hassan II veillait à ce que les Marocains à l’étranger demeurent une composante inaliénable du peuple marocain. Ainsi, les centaines de milliers, puis les millions de Marocains installés aux quatre coins du monde, restaient des sujets du monarque. «Les immigrés marocains ne pourront pas s’intégrer (….) Ce seront de mauvais Français», avait-il ainsi répondu à Anne Sinclair lors d’un mémorable entretien pour TF1 en 1993. L’histoire lui donnera tort, puisque les exemples de Franco-marocains parfaitement intégrés et ayant fait rayonner la France ne manquent pas. Il en va de même pour les Marocains dans de nombreux autres pays : Etats-Unis, Canada, Espagne, Italie, Royaume-Uni, Allemagne, Finlande, Côte d’Ivoire…

A l’époque, le prince héritier Mohammed qui accueillait les MRE lors de l’opération Marhaba a dû sentir très tôt que l’intégration dans les sociétés d’accueil était inéluctable. La binationalité et la bicitoyenneté ont progressivement infusé dans l’appareil administratif et les textes de loi du Royaume au début des années 2000. Pour autant, ce passage du sujet marocain à l’étranger au citoyen binational ne s’est pas fait sans heurts. Les résistances dans le paysage politique comme dans l’administration se sont exprimés et continuent à le faire. Aucune avancée par exemple dans le droit de vote et d’éligibilité pour les MRE, malgré le discours royal de 6 novembre 2005 et la nouvelle Constitution de 2011. De même, la justice patine sur les affaires de spoliation immobilière malgré les directives contenues dans la lettre royale du 30 décembre 2016.

Les responsables saluent le discours, oubliant leurs échecs

Inutile d’égrainer les rendez-vous manqués pour comprendre que le dernier discours royal arrive comme une sorte de bilan d’étape pour pointer les dysfonctionnement des institutions en charge de la diaspora. Plus grave encore, la machine institutionnelle semble grippée : des lois organiques sont perdues dans les limbes du circuit législatif, le ministère délégué à la communauté marocaine à l’étranger a sauté lors de l’accouchement du gouvernement Akhannouch, le CCME quant à lui est en hibernation depuis près d’une décennie, après 4 premières années dynamiques.

Triste paysage qui explique le coup de pression royal. Car le Maroc ne peut se passer de la contribution des 5 millions de MRE, qui ont envoyé au pays plus de 93 milliards de dirhams en devises en 2021, l’essentiel étant orienté vers le soutien familial, allégeant de facto les contraintes financières de l’Etat en pleine crise sanitaire mondiale.

Le Maroc ambitionne aussi d’aller au-delà de cette «simple» contribution financière, en mobilisant les compétences marocaines à l’étranger pour travailler, former, investir, ou plus largement contribuer au développement du pays. Cette ambition qui a été au centre du discours royal, n’est pourtant pas nouvelle. Dès 2007, une plateforme baptisée FINCOME, a été annoncée par Nezha Chekrouni, la ministre déléguée en charge de la communauté marocaine à l’étranger. 15 ans plus tard, aucune plateforme centralisée ne sert à référencer les compétences de la diaspora. Tout juste avons-nous quelques fichiers -voire parfois des fiches-, pas forcément mis à jour, et éparpillés entre différentes institutions.

L’accompagnement des investisseurs MRE est tout aussi lacunaire. Si Bank Al Amal a été un fiasco lors de l’ancien règne, le programme MDM Invest a été un flop monumental de l’actuel. C’est dire le défi qui attend le gouvernement pour mettre en pratique les orientations royales en la matière.

Se projeter dans l’avenir

Résumons. Nous avons des partis qui n’ont aucune volonté d’appliquer la Constitution de 2011, en accordant des sièges au Parlement pour des élus MRE, comme beaucoup de pays le font aujourd’hui. Nous avons un gouvernement qui a rayé le ministère délégué aux MRE alors que les dysfonctionnements de l’administration sont régulièrement pointés du doigt par nos compatriotes à l’étranger. Nous avons enfin un CCME qui attend depuis 10 ans de trouver un second souffle.

Le discours royal est peut-être l’occasion de mettre à plat le mille-feuille institutionnel en fusionnant le défunt ministère, la Fondation Hassan II et le CCME dans une seule et même institution aux pouvoirs élargis. Et s’il nous est permis de rêver, pourquoi ne pas intégrer dans cette grande agence, un conseil d’administration composé de représentant de la communauté marocaine à l’étranger élus démocratiquement ?


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