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Le site archéologique de Ksar Sghir, prélude du port Tanger Med

Ksar Sghir, cette petite agglomération au nord du Maroc, à dix kilomètres du port Tanger Med, est un passage incontournable pour les Marocains résidant à l’étranger qui se rendent en Europe ou qui rentrent au royaume. Une agglomération sereine et à l’effervescence particulière pendant l’été. Au cœur même de la ville se trouve un site archéologique de seulement trois hectares, un trésor caché à l’histoire riche, une escale pour les grands conquérants qui ont marqué l’histoire marocaine.

La région de Ksar Seghir a connu la succession des civilisations appartenant à la préhistorique, à l’époque mauritanienne, à la période romaine et aux époques médiévale et moderne. Le site archéologique de Ksar Seghir, quant à lui, n’incarne que ces deux dernières.

Le site archéologique est connu sous plusieurs appellations pendant l’époque médiévale. «Avant le Xème siècle, il abritait un Ribat, et été identifié, par les chroniqueurs d’avant le Xème siècle : Kasr Sad, Marsa Bab al Yem (mouillage de la porte de la mer), Marsa al-Yem (mouillage de la mer), Bab al Kasr (Porte du château), Madinat al Yem (Ville de la mer) et al Kasr al Awwel (le premier château).

Pendant l’époque almohade, on l’appelait Kasr Masmouda (Château des Masmouda). Et au cours de la période mérinide, a été baptisé Kasr al Majaz et Ksar al Jawaz (Château de la traversée). Quant à l’appellation de Ksar Seghir, celle avec laquelle est actuellement, identifié, elle remonte probablement à la fin du XVème siècle», indique Abdelatif El Boudjay, conservateur du site archéologique de Ksar Sghir à Yabiladi.

La ville médiévale de Ksar Seghir a une originalité particulière due à l’urbanisme et l’architecture qui diffère des autres sites marocains. «Ce n’était pas une grande ville. Elle fut construite à base d’un projet urbain établit et réfléchi à l’amont. Elle a une enceinte parfaitement circulaire construite sous le règne du sultan mérinide Youssef Ibn Abd al Haq en 1287. C’est une muraille haute de presque 8 mètres, large de 1,60 mètres, défendue par 29 tours semi-circulaires et percée par trois portes monumentales (Bab al-Bahr, Bab Fès et Bab Sebta). Un tel projet urbain ne pouvait être réalisé que par un pouvoir central», précise la même source.

La ville médiévale était dotée de tous les équipements nécessaires à la vie urbaine quotidienne, «à savoir la mosquée, le hammam, mais aussi des quartiers résidentiels, dont les certaines maisons décorées avec du zellij et équipés de puits à margelle en céramique appartenaient à des gens riches. La construction raffinée de ces maisons dénote d’un mode de vie citadin et aisé», ajoute Abdelatif  El Boujday.

La mosquée/église du site archéologique de Ksar Sghir. / Ph. Abdellatif El Boujday

Occupation par les Portugais

Les éléments architecturaux datent principalement de l’époque médiévale. En 1458, la ville est occupée par les Portugais, qui commencent à y bâtir une grande forteresse, «la citadelle portugaise». Le monument le plus connu de cette architecture est la Coracha. «C’est un chemin qui lie l’espace urbain (la ville) avec l’espace marin (la mer)», explique le spécialiste.

«Les Portugais façonnent peu à peu la ville pour l’adapter à leur culture et mode de vie. Ils font de la mosquée, une église, et du hammam, une prison. Ils adaptent l’espace de chaque maison à leur mode de vie et renforcent l’enceinte circulaire avec d’autres systèmes défensifs, notamment les bastions. Les portes de Bab Sebta et Bab El Bahr ont été intégrées à l’intérieur des grands bastions, pour adapter l’architecture militaire à l’arme de feu», poursuit-il.

Le hammam mérinide transformé en prison par les Portugais. / Ph. Abdellatif El BoujdayLe hammam mérinide transformé en prison par les Portugais. / Ph. Abdellatif El Boujday

Le site archéologique de Ksar Sghir était une ville portuaire dédiée au commerce et au contrôle du détroit – une fonction militaire. «A partir de la nature des trouvailles, la céramique, les objets de parure et les monnaies, nous en avons déduit que la ville avait des relations commerciales avec tout le bassin méditerranéen à travers les produits céramiques. On a trouvé de la céramique provenant d’Italie, d’Espagne, d’Egypte. On a même retrouvé de la porcelaine de Chine», s’enthousiasme Abdellatif El Boujday.

«Le Tanger Med du XIIIème/XVème siècle»

La toute première traversée des Marocains pour diffuser la religion de l’Islam en terre européenne a eu lieu à partir des criques de la contrée de Ksar Sghir. «Les ports exploités à l’époque (début du VIIIème siècle) par Tarik Ibn Ziyad (un des principaux acteurs de la conquête de la péninsule ibérique, ndlr) sont les petits ports actuels, c’est-à-dire Ksar Sghir, l’ex-plage Oued Rmal (là où se trouve Tanger Med, ndlr), Oued El Marssa et Ceuta», explique Abdellatif El Boujday. Tarik Ibn Ziyad organisait ses périples, les préparatifs logistiques et stratégiques, à partir de ces points de départ. «La traversée de Tarik Ibn Ziyad en 711 vers l’Espagne était un grand évènement qui a changé l’histoire du monde», assure le conservateur.

Les dynasties marocaines des Idrissides, des Almoravides, des Almohades et des Mérinides ont utilisé ce port pour rejoindre l’Andalousie. «Les sultans qui ont marqué l’histoire du Maroc ont fait la traversée, dont Youssef Ibn Tachfine (en 1088). En1195, Yaakoub Ben Youssef Ben Abd Al Moumen Ben Ali traversa le Détroit à partir de Ksar Seghir vers Algéciras pour ‘battre’ Alphonse VIII dans la bataille de los Alarcos. En fait, le port Tanger Med existait bien avant dans la région, à Ksar Sghir. On peut qualifier cette ville de Tanger Med du XIIIème/ XVème siècle», s’amuse Abdellatif El Boujday.

Le rempart ouest de l'enceinte circulaire. / Ph. Abdellatif El BoujdayLe rempart ouest de l’enceinte circulaire. / Ph. Abdellatif El Boujday

Les premières fouilles ont été effectuées entre 1974 et 1984 par une mission maroco-américaine. Abandonné par la suite, le site se retrouve alors dans un état déplorable. Le ministère de la Culture, dans le cadre d’un partenariat avec la Société nationale des autoroutes du Maroc, a réalisé en 2007-2008, un projet de restauration et d’aménagement pour de récupérer le site en vue de de sa mise en en valeur et sa promotion. Le site a par la suite été inauguré au grand public en 2011.

Quatre ans plus tard, le Fonds des ambassadeurs pour la préservation culturelle (Ambassadors fund for cultural preservation), en partenariat avec la Direction du patrimoine culturel et l’Association du patrimoine du littoral marocain, a financé la restauration de la muraille circulaire (le rempart ouest) et une partie du site.

Toutefois, un habitat non réglementaire, sis à l’intérieur du site,  demeure le point noir perturbant l’intégralité historique de ce patrimoine archéologique. «On a hérité ce problème de l’état d’abandon dont à souffert le site plusieurs années. Il s’agit d’occupants sans aucun fondement juridique. Le foncier du site appartient à l’Etat. Jusqu’ici nous ne sommes pas parvenus à résoudre le problème, et ce ; malgré nos efforts au niveau du Ministère de la Culture», conclut le conservateur du site archéologique de Ksar Seghir.


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