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Pierre le Vénérable, l’abbé français qui qualifiait l’islam d’«hérésie chrétienne»

Au Moyen Âge, l’Europe occidentale avait fait quelques tentatives pour comprendre l’islam et les musulmans. Mais la plupart de ces interprétations étaient négatives. La compréhension de l’islam et de sa réputation en Europe avait créé un sentiment d’incertitude et parfois d’hostilité vis-à-vis de la religion musulmane.

L’un des grands noms de l’Europe médiévale ayant essayé d’étudier l’islam est Pierre le Vénérable, un abbé français de Cluny (Saône-et-Loire). Il est réputé pour sa contribution à la réévaluation des relations de l’Église avec l’islam, mais l’image qu’il dépeint de cette religion reste assez sombre. L’interprétation de Pierre le Vénérable sur l’Islam avait aggravé «le manque d’informations sur l’Orient mystérieux et mystique». Mais elle était surtout destinée à «le critiquer et non pas à le comprendre».

Dans son livre «History of the Apocalypse» (Histoire de l’Apocalypse, Editions Lulu Press, 2015), Catalan Negru a noté que ces intentions expliquaient les similitudes entre les deux religions, l’islam et le christianisme, sous «le plus mauvais éclairage possible».

Un résumé de l’islam par Pierre le Vénérable

Cette tendance était facile à lire dans le livre de Pierre le Vénérable sur l’islam, intitulé «Summa totius haeresis Saracenorum» (Résumé de l’hérésie des Sarrasins) qu’il écrivit au XIIe siècle pour «éclairer» les chrétiens sur la religion orientale.

Son livre a été compilé après qu’il «eut réussi à obtenir une traduction du Coran en latin et une collection d’informations sur Muhammad (le prophète Mohammed)», a écrit Negru. Les recherches de Pierre le Vénérable ont été principalement encouragées par le désir d’aider «les érudits chrétiens à réfuter doctrinalement les enseignements de l’Islam», rappelle le même livre.

Illustration. / DR

Cet état d’esprit a poussé l’abbé français à diaboliser le prophète Mohammed, le messager de l’islam. En expliquant les idées principales du livre de Pierre le Vénérable, Negru indique que pour le neuvième abbé de Cluny, le prophète «n’était pas l’Antéchrist, mais le précurseur de ce dernier et le successeur de l’hérétique Arius d’Alexandrie».

Ridiculiser l’islam et islamiser les hérésies chrétiennes

En d’autres termes, l’abbé français voyait le prophète Mohammed comme «un autre hérétique» ridiculisant l’Islam et ses enseignements, comme l’explique Christine Caldwell Ames dans son livre «Medieval Heresies» (Hérésies médiévales, Editions Cambridge University Press, 2015), qui évoque au passage une «réaction évidente contre les musulmans».

«Il ressort clairement de plusieurs traités anti-juifs et anti-musulmans de Pierre le Vénérable que le but était plutôt de  »mieux attaquer » l’islam au lieu de  »mieux le connaître ».»

Christine Caldwell Ames

En effet, dans son résumé de la religion, Pierre le Vénérable n’hésitait pas notamment à qualifier d’hérésie le récit musulman sur «le moine chrétien Bahira, qui a prédit que Mohammed deviendra prophète après l’avoir rencontré». L’abbé évoquait ainsi des «hérésies chrétiennes islamisées», poursuit Christine Caldwell Ames.

De plus, le livre de Pierre le Vénérable , qui devait apporter des informations supplémentaires sur l’islam pour l’Occident, transformait le prophète en une «véritable légende sombre», le dépeignant comme un «hérétique, faux prophète, cardinal renégat» et «le fondateur d’une religion violente».

Illustration. / DRIllustration. / DR

Dans un article de l’hebdomadaire britannique The Spectator, Tom Holland estime que «la plus ancienne caricature européenne de [Mohammed] a servi à illustrer» le livre de Pierre le Vénérable sur l’islam. Pour lui, la caricature qui accompagnait l’œuvre de Pierre le Vénérable et l’image sombre qu’il donna au prophète «héritaient d’une tradition encore plus ancienne».

Il a expliqué, citant un livre de John Tolan intitulé «Faces of Muhammad: Western Perceptions of the Prophet of Islam from the Middle» (Les visages de Mahomet: Perceptions occidentales du prophète de l’islam depuis le Moyen Âge, Editions Princeton University Press, 2019) que «la condamnation de l’islam en tant qu’hérésie découlait au moins d’une reconnaissance de la part des Chrétiens latins que ce n’était pas une foi totalement étrangère, mais qu’elle honorait les prophètes bibliques, qu’elle a revendiqué une loi divine tout en étant monothéiste».


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